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28/04/2011

COMMENT PEUT-ON ETRE BELGE ?

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Charles Bricman pose la question dans un petit livre publié chez Flammarion - Café Voltaire. Ecrit d'abord pour expliquer la Belgique aux étrangers il intéressera aussi les Belges.

 

Juriste de formation, Charles Bricman a été journaliste à La Libre Belgique, Le Vif, Le Soir. Il est actuellement journaliste indépendant et consultant.

 

Le livre débute par une assertion amusante : "Je suis belge. C'est une drôle d'idée mais je n'y peux rien, c'est de naissance". Le ton est donné. Il ajoutera immédiatement qu'il est Wallon par sa filiation francophone, a en commun avec les Flamands notamment l'amour de Jacques Brel et de Verhaeren et est aussi Bruxellois puisqu'habitant Ixelles.

 

Dès le départ, il précise son objectif : "J'entends rester "au-dessus de la mêlée" et tenter de comprendre pour aider à comprendre. Aussi honnêtement que possible, comme disait Raymond Aron, sans jamais perdre conscience des limites de mon savoir".

 

Charles Bricman part d'un souvenir personnel. Il a dix-sept ans en 1970 et, à la télévision, il écoute Gaston Eyskens, chef du gouvernement, qui s'exprime devant la Chambre.

 

"L'Etat unitaire, tel que les lois le régissent encore dans ses structures et dans son fonctionnement, est dépassé par les faits. Les Communautés et les Régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l'Etat, mieux adaptés aux situations spécifiques du pays."

 

Pour beaucoup, la déclaration est un choc car elle porte sur un concept qui suscite bien des réserves : le fédéralisme. Mais, la réforme passe le 18 février 1970.

 

C'est le début des réformes constitutionnelles. Il y en aura d'autres et quarante après, nous sommes dans un blocage dont tout citoyen se demande quand et comment on en sortira. Ne dit-on pas, alors que nous sommes dans l'impasse, que ce ne sera peut-être pas la dernière !

 

Charles Bricman rappelle ses souvenirs mais aussi des faits importants dans l'histoire de la Belgique, donne son opinion, combat certaines idées qu'il trouve fausses.

 

Ainsi explique-t-il que contrairement à ce que l'on dit, l'Etat qui proclame son indépendance le 3 octobre 1830 "ne sort pas tout à fait de nulle part, comme il est de bon ton de l'affirmer aujourd'hui" et rappelle très à propos, que la Belgique a tenu pendant près de cent quatre-vingts-ans.

 

Je renvoie le lecteur à l'analyse, très pertinente, qu'il fait de l'évolution de la Belgique au cours du temps : opposition entre catholiques et libéraux, puis affrontement entre catholiques (la droite) et libres-penseurs (les gauches socialiste et libérale) à partir de 1958; division des grandes familles traditionnelles en un parti flamand et un parti francophone; l'importance du suffrage universel qui a changé les partis en les obligeant à ratisser large; le refus par les Wallons du bilinguisme qui les aurait obligés à apprendre le flamand pour garder leurs emplois publics; la fixation de la frontière linguistique en 1963, la bataille des Fourons, l'influence de plus en plus grande des partis politiques. Je cite pêle-mêle en priant le lecteur de m'en excuser.

 

Sous le titre "Pauvre Wallonie" il rappelle le reportage qu'il a fait au Borinage en 1985. Un métallo lui dira – paroles qu'il n'oubliera jamais – "Bientôt, j'irai pointer au chômage. Qu'est-c qu'elle va dire, ma p'tite fille, de c'papa qui n'sert plus à rin ?" L'auteur reproche aux dirigeants politiques wallons, qu'à trop vouloir restructurer l'industrie wallonne pour tenter de préserver l'emploi, ils ont laissé passer l'occasion de la reconvertir.

 

Je rejoins Charles Bricman dans la critique qu'il fait du reportage de la RTBF sur la fin de la Belgique, de la très mauvaise idée "du plan B" car, il est évident, que la scission de la Belgique serait bien difficile à négocier et se heurterait à l'Union européenne.

 

Et maintenant ? La Belgique est condamnée à survivre. Entre Flamands et Francophones, il y a un large fossé, mais de l'incompréhension plus que de la haine.

 

"Il est temps de s'interroger, non pas sur ce que l'Etat fédéral doit abandonner aux entités fédérées, mais sur ce que celles-ci souhaitent gérer en commun, dans le cadre d'un Etat fédéral."

 

J'ai beaucoup aimé le livre. J'ai relu, avec intérêt, les réformes constitutionnelles successives et j'ai apprécié l'analyse qu'en fait l'auteur.

 

Des anecdotes m'ont intéressée. Ainsi, je n'ai jamais vu la tour de l'Yser. L'inscription : "Tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ" fait sourire. De même, je ne connaissais d'Henri Conscience que le titre de son livre "De Leeuw van Vlaanderen", apprendre qui il était m'a plu.

 

Bref, je conseille vivement la lecture du livre. Ecrit d'une plume alerte, il n'est jamais ennuyeux et toujours intéressant.

 

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