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22/03/2011

TATIANA de ROSNAY.

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Née en 1961, Tatiana de Rosnay est franco-anglaise. Elle vit à Paris avec sa famille. Journaliste, elle est l'auteur de dix romans, dont "Elle s'appelait Sarah", récompensé par plusieurs prix et "Boomerang" traduit de l'anglais et publié en 2009 aux Editions Héloïse d'Ormesson. (voir billet du 21 mai 2010).

 

LE VOISIN.

 

Epuisé depuis l'an 2000, le roman vient d'être republié, dans Le livre de Poche, aux Editions Héloïse d'Ormesson.

 

Colombe Barou est marié à Stéphane et a deux enfants, Balthazar et Oscar. Elle travaille à temps partiel comme nègre dans une maison d'édition. Son travail ne la satisfait pas car elle  rêve d'être écrivain. Son mari voyage beaucoup. C'est une femme ordinaire : "Longue et mince, Colombe frise le mètre quatre-vingts, se tient un peu voûtée, comme si elle avait honte de sa taille, que pourtant on remarque rarement¸ tant elle s'évertue à passer inaperçue."

 

L'histoire débute par un déménagement. Colombe est heureuse d'avoir trouvé un magnifique appartement. Sa vie va pourtant basculer. Son voisin du cinquième, le docteur Faucleroy, apprécié de tous, la réveille toutes les nuits, à 3 heures 17,  en passant des disques de Mick Jagger. Elle n'ose pas aller lui demander d'arrêter et, comme elle le fait d'habitude, quand elle a un problème, elle insiste pour que son mari intervienne. Stéphane l'assure qu'il a tout arrangé avec la concierge. Pourtant, la musique ne cesse pas et Colombe constate que le voisin ne passe ses disques que quand elle est seule.

 

Ce qui ne devrait être qu'un différend avec un voisin va profondément changer la vie de Colombe. Elle va passer de la déprime à une véritable addiction à cette musique : "La journée entière, elle pense à la nuit. Elle ne pense qu'à ça. A son rendez-vous avec Jagger. Bien sûr qu'il viendra. Mick sera là, fidèle au poste, à trois heures quinze pétantes. Il ne lui reste qu'à l'attendre."

 

Colombe ira jusqu'à cesser son travail, se détacher de son mari, visiter l'appartement de son voisin pour accomplir des gestes stupides de vengeance. Son comportement deviendra de plus en plus bizarre.

 

L'auteur va accumuler une série de faits étranges qui entraîne le lecteur à se poser des questions : que se passe-t-il vraiment ? Est-elle la proie d'un délire paranoïaque ou la victime d'une  simple malveillance ? Comment tout cela se terminera-t-il ? La fin du thriller est inattendue mais le lecteur a été tenu en haleine pendant tout le livre.

 

Thriller, oui, mais aussi étude psychologique du personnage principal. Un événement parallèle va avoir une grande importance dans l'évolution de Colombe. Elle écrit une biographie d'une actrice, Rebecca Moore. Son éditeur lui reproche son travail : "Le hic, Colombe, c'est que ce roman doit être celui de Rebecca Moore. Il raconte sa vie, ses aventures. Rebecca Moore, à l'écran, dans la vie, utilise un langage cru, naturel. Vous me comprenez ? (...) C'est trop littéraire pour être du Rebecca Moore. (...) Il faut vous mettre dans la peau de cette fille. (...) Vous devez surtout reprendre les passages "chauds", les épicer davantage. (...) Il faut vous lâcher voilà tout."

 

Cet épisode est important car c'est le début de l'évolution de Colombe: "Le front humide, les doigts fébriles sur le clavier, Colombe jonglait avec toutes les expressions du désir, tous les mots de la passion, du sexe, de l'amour, avec une habileté qui l'effrayait autant qu'elle l'excitait. Elle était devenue Rebecca Moore."

 

Colombe est devenue une autre. Le cauchemar vécu a fait d'elle une autre femme. La preuve, nous l'aurons dans l'épilogue. Deux ans plus tard, nous la retrouvons à une rencontre-décidace de son livre. Elle a enfin ! réalisé son rêve : devenir écrivain et non plus écrire pour les autres. Elle a acquis sa liberté.

 

Je ne suis pas fan de ce genre de livres. Mais, je vais être honnête, je l'ai lu d'une traite et j'ai été complètement emportée par l'ambiance du roman. Ce n'est qu'après la lecture que les invraisemblances qu'accumule l'auteur pour maintenir le suspense m'ont, disons, gênée. C'est, le livre refermé, que j'ai mis en doute que le cauchemar qu'elle avait vécu ait pu la débarrasser de son complexe d'infériorité vis-à-vis de sa soeur, faire d'elle une femme libre, mieux l'écrivain qu'elle avait toujours rêvé d'être.

 

Une étude intéressante du Figaro révèle que Tatiana de Rosnay apparaît en cinquième place des livres français les plus vendus en 2010. Marc Lévy occupe toujours la première place, suivi d'Anna Gavalda. Elle est devant Michel Houellebecq  et Fred Vargas. Dans le palmarès, on retrouve sans surprise Eric-Emmanuel Schmitt, Amélie Nothomb et Bernard Weber.

 

Mais, comme le dit très bien, le journaliste du Figaro, des écrivains très vendus à un certain moment, disparaissent complètement du paysage littéraire vingt ans après...

 

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