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15/03/2011

YASMINA KHADRA.

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Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehout. Il n'a révélé son identité masculine qu'en 2001 lors de la parution de son roman autobiographique "L'Ecrivain". Yasmina Khadra sont les prénoms de son épouse. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Son oeuvre abondante a été traduite dans quarante pays. Il a obtenu de nombreux prix. (voir billets du 5 octobre 2009 et du 30 mars 2010.)

 

L'ATTENTAT.

 

Amine Jaafari est un arabe, naturalisé israélien. Chirurgien, il est chef de service dans un hôpital près de Tel-Aviv. Il est très amoureux de sa femme, Sihem, qu'il a épousée il y a quinze ans. Ils vivent heureux dans une très belle demeure à Tel-Aviv, dans un des quartiers les plus huppés.

 

Alors qu'il est de service, un attentat se produit dans un restaurant de Tel-Aviv où une quinzaine d'enfants fêtent leur anniversaire : un kamikaze s'est fait exploser. Les blessés affluent et il y a au moins onze morts."Ce n'est pas la première fois qu'un attentat secoue Tel-Aviv, et les secours sont menés au fur et à mesure avec une efficacité grandissante. Mais un attentat reste un attentat. A l'usure, on peut le gérer techniquement, pas humainement. L'émoi et l'effroi ne font pas bon ménage avec le sang-froid. Lorsque l'horreur frappe, c'est toujours le coeur qu'elle vise en premier."

 

Après avoir opéré toute la journée, Amine rentre chez lui. Sa femme est partie depuis trois jours rendre visite à sa famille, près de Nazareth. Le téléphone le réveille à trois heures vingt du matin. Son ami policier, Naveed lui demande de revenir à l'hôpital. Il va lui apprendre l'impensable : c'est sa femme qui s'est fait exploser et il doit identifier le corps. "J'ai vu des corps mutilés dans ma vie, j'en ai raccomodé des dizaines; certains étaient tellement abîmés qu'il était impossible de les identifier , mais les membres déchiquetés qui me font face, là sur la table, dépassent l'entendement. C'est l'horreur dans sa laideur absolue... Seule la tête de Sihem, étrangement épargnée par les dégâts qui ont ravagé les restes de son corps, émerge du lot, les yeux clos, la bouche entrouverte, les traits apaisés, comme délivrés de leur angoisse... On dirait qu'elle dort tranquillement, qu'elle va soudain ouvrir les yeux et me sourire."

 

Même après avoir vu le corps de sa femme, Amine ne peut pas admettre qu'elle soit le kamikaze. La police israélienne l'interroge et il ne cesse de répéter : "Ce n'est pas elle, ce ne peut pas être elle." Pour lui, elle est allée manger dans le restaurant et c'est à tort que la police l'accuse d'être le kamikaze. Il pense que l'explosif devait être dissimulé près d'elle mais la police est formelle : des témoins l'ont identifiée. Les policiers fouillent sa maison, ne trouvent rien, il est relâché.

 

Le lendemain, une lettre arrive qui a été postée à Bethléem. C'est sa femme qui lui écrit : "A quoi sert le bonheur quand il n'est pas partagé, Amine, mon amour ? Mes joies s'éteignaient chaque fois que les tiennes ne suivaient pas. Tu voulais des enfants. Je voulais les mériter. Aucun enfant n'est tout à fait à l'abri s'il n'y a pas de patrie... Ne m'en veux pas."

 

Pour Amine, le doute n'est plus permis, mais une question l'obsède : pourquoi ? Comment n'a-t-il rien vu ? Comment sa femme a-t-elle pu devenir "une tueuse d'enfants" ?

 

Il va se lancer dans une enquête pour essayer de comprendre. Il se rend dans sa famille, en Palestine, mais ils ne savent rien. Sa femme est bien passée, elle cherchait à voir l'iman pour une bénédiction, ils ne savent rien de plus.

 

Son séjour en Palestine va tourner au cauchemar. Les Palestiniens le prennent pour un espion, son enquête les met en difficulté et ils lui demandent de partir.

 

Amine, rentré chez lui, va reprendre contact avec son ami Naveed, à qui il repose la question : pourquoi ? Pour Naveed aussi, la mort volontaire de Sihem est incompréhensible : "Comment, bordel ! un être ordinaire, sain de corps et d'esprit, décide-t-il, au détour d'un fantasme ou d'une hallucination, de se croire investi d'une mission divine, de renoncer à ses rêves et à ses ambitions pour s'infliger une mort atroce au beau milieu de ce que la barbarie a de pire ?"

 

Amine ne renonce pas à essayer de comprendre. Il retourne en Palestine et apprendra que sa femme avait depuis longtemps embrassé la cause des Palestiniens, sa maison était même devenue une  de leur base. "Ta femme avait choisi son camp. Le bonheur que tu lui proposais avait une odeur de décomposition. Il la répugnait... "

 

Amine sera même enfermé par les Palestiniens, dans des conditions horribles, pour qu'il comprenne pourquoi sa femme a choisi de se faire exploser dans un restaurant : "J'ose espérer que tu as appris à haïr. Sinon cette expérience ne servira à rien. Je t'ai enfermé la-dedans pour que tu goûtes à la haine, et à l'envie de l'exercer. (...) Quand les rêves sont éconduits, la mort devient l'ultime salut... Sihem l'avait compris, docteur. Tu dois respecter son choix et la laisser reposer en paix."

 

Pour Amine, c'est impossible : "Je suis chirurgien. Et Adel me demande d'accepter que la mort devienne une ambition, le voeu le plus cher, une légitimité; il me demande d'assumer le geste de mon épouse, c'est-à-dire exactement ce que ma vocation de médecin m'interdit."

 

Amine ne saura rien de plus...

 

C'est un sujet difficile que traite Yasmina Khadra. Pour moi, ce roman est un livre sur l'incompréhension. J'ai envie de redire : "A chacun sa vérité". D'un côté, le respect absolu de la vie; de l'autre, la mort justifiée par la guerre.

 

L'incompréhension se retrouve dans le couple. Amine se sent trahi. Comment sa femme a-t-elle pu lui faire cela ? Pourquoi n'a-t-elle rien dit ? Pourquoi n'a-t-il rien vu ? Ses frères arabes lui répondent : elle ne pouvait rien dire. Elle a mis l'amour pour son peuple au-dessus de l'amour qu'elle lui portait. Elle a choisi.

 

Malgré l'horreur, le talent de Yasmina Khadra rend le livre captivant. L'auteur a choisi d'épingler les arguments des uns et des autres. La haine est très présente mais l'amour aussi.

 

Commentaires

J'ai jusqu'ici reculé devant ce sujet terrible, mais votre billet m'encourage à lire "L'attentat" un jour ou l'autre - pour y trouver sans doute des questions qui croisent les miennes plutôt que des réponses.

Écrit par : Tania | 15/03/2011

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