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01/03/2011

PHILIP ROTH.

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Philip Roth, né en 1933 à Newark, dans le New Jersey, est l'auteur d'une trentaine de romans. Il est considéré par les critiques comme un de meilleurs écrivains américains contemporains. (voir billets du 9 avril 2008 et 8 avril 2010.)

 

INDIGNATIONS.

 

Le héros du livre, Marcus Messner, est le fils d'un boucher casher. Gentil, excellent étudiant, il étudie à Robert Treat, un petit collège universitaire du centre de Newark. Il a 19 ans. Il aide son père à la boucherie avec une certaine répugnance pour le sang, la brutalité du métier de boucher. Son père lui apprend l'abattage rituel des poulets, comment les plumer, les vider. "Je détestais faire cela. Ecoeurant, dégoûtant, mais il fallait que cela soit fait. C'est cela que j'avais appris de mon père, et que j'avais aimé apprendre de lui : que ce qui doit être fait, on le fait."

 

Il est heureux et plein d'admiration pour ce père, jamais fatigué, plein de force qui lui donne aussi des leçons de vie. "Je me rappelle ces sept mois comme une période merveilleuse – sauf la partie qui consistait à vider les poulets. Et cela était merveilleux d'une certaine façon, car c'était quelque chose qu'on faisait et qu'on faisait bien, alors qu'on n'avait pas envie de le faire. Il y avait donc une leçon à en tirer. Et j'aimais les leçons – allons-y. Et puis j'aimais mon père, et il m'aimait plus qu'on ne s'était jamais aimés."

 

Tout va basculer au moment où son père va s'inquiéter, sans raison, pour ce que son fils va devenir, allant même jusqu'à craindre qu'il ne fréquente des endroits où il se fera tuer. "Un combat mortel". Il fallait qu'il parte. Il va s'inscrire à l'université à Winesburg, au centre-nord de l'Ohio. Pour payer ses études, il travaille le week-end dans une auberge.

 

Marcus est obsédé par la réussite de ses études, car l'histoire se passe en 1951, au moment de la guerre de Corée et il sait que s'il est enrôlé, son statut lui permettra d'être officier et d'échapper plus facilement à la mort, comme celle de ses deux cousins morts pendant la guerre de 1940. L'auteur fait un rapprochement entre la guerre de Corée et la vie de Marcus : "Chaque fois que je lisais des récits sur les combats à la baïonnette contre les Chinois, en Corée, je voyais les couteaux et les couperets de mon père. Je savais à quel point une lame effilée pouvait être meurtrière."

 

A l'université, il va partager sa chambre avec trois garçons juifs, dont l'un Bertram Flusser, va lui rendre la vie impossible, en se moquant de lui "le gentil garçon, si bien élevé." Un soir, excédé parce que Flusser met sa musique aussi fort que possible et l'empêche ainsi de dormir, il casse son disque. Il promet de lui en racheter un autre mais décide de chercher une autre chambre. Elle est habitée par Elwyn, un grand gaillard laconique qui possède une voiture. "Vivre avec Elwyn revenait pratiquement à vivre tout seul."  Pourtant il refuse d'entrer, comme c'est l'usage, dans une fraternité.

 

Il tombe amoureux d'une jeune étudiante, Olivia Hutton, qu'il invite à dîner. Dans la voiture, prêtée par Elwyn, elle lui fait une fellation et il se demande comment cela a pu se passer. "Sur ce qui eut lieu ensuite, je passai plusieurs semaines à m'interroger, perplexe. Et même mort, comme je le suis, depuis combien de temps je ne saurais le dire, j'essaie de reconstruire les moeurs qui régnaient sur ce campus et de récapituler les efforts tâtonnants pour y échapper qui engendrèrent la série de mésaventures dont la conclusion fut ma mort à l'âge de dix-neuf ans."

 

Ainsi, à la page 55, le lecteur apprend que le récit est fait par un narrateur, mort, qui d'un endroit non défini, intemporel  "un endroit de remémoration sur remémoration, rien d'autre que la remémoration" regarde sa vie et essaie de comprendre.

 

Une vie faite de choix parfois anodins qui vont déboucher sur une tragédie. Marcus quitte une nouvelle fois sa chambre, après une dispute avec Elwyn, pour atterrir dans un réduit sous les combles.

 

La convocation de Marcus par le Doyen, le long entretien où celui-ci lui reproche de ne pas s'intégrer, de détester les offices religieux, de vouloir rester seul, va donner à Philip Roth l'occasion de décrire, comme il l'aime tant le faire, l'Amérique puritaine, conservatrice, imprégnée de religiosité.

 

A force de rébellion et d'impuissance, Marcus va s'isoler et d'incidents en incidents, il sera exlu et partira à la guerre où il sera tué.

 

Philip Roth a donné comme titre à son roman "Indignation". Il aurait pu l'appeler "Le destin" car c'est bien de cela qu'il s'agit. La vie est faite de choix qui vont  conduire Marcus de catastrophe en catastrophe jusqu'à la mort.

 

"Indignation" celle de Marcus, qui refuse le conformisme, l'embrigadement, qui veut rester lui-même, le garçon qui désirait réussir, vivre comme son père le lui avait appris, mais que le milieu intégriste va pousser à la révolte, au  "va te faire foutre" qui amènera son exclusion et sa mort.

 

"Indignation"de l'auteur envers un pays qui envoie ses jeunes gens à la guerre.

 

Pour l'anecdote, le mot "indignation" est aussi repris d'un hymne militaire appris à l'école primaire que Marcus chante pendant les offices religieux auxquels il est obligé d'assister alors qu'il est athée : " je mettais tout particulièrement l'accent sur chacune de ces quatre syllabes, qui, réunies, formaient le mot "indignation".

 

Un très grand roman.

 

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