Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

14/02/2011

MARIE-ROSE MOREL.

pict_297212.jpg
 
 

 

"La connaissance d'autrui ne s'instaure pas sur l'analogie avec le moi, car la sympathie (ou l'amour, ou la haine) permet une compréhension lucide d'un sujet extérieur. Elle doit également comprendre les communautés au même titre que les individus." (Scheler, philosophe allemand 1874-1928 – citation reprise du dictionnaire de philosophie de Durozoi/Roussel).

 

Ce matin, j'apprenais la violence des propos des éditorialistes flamands, notamment de Luc Van der Kelen, à propos d'une séquence du journal télévisé de la RTBF diffusée samedi soir, soit le jour des funérailles de Marie-Rose Morel. Le journaliste l'aurait traitée de"xénophobe pure et dure" ajoutant qu'elle avait utilisé son cancer pour "renforcer ses idées d'extrême-droite". Ces propos ont évidemment indigné la presse flamande qui  accuse la RTBF d'avoir commis "une faute". La RTBF s'est excusée mais réfute la notion de faute et reconnaît simplement ne pas avoir saisi l'émotion qu'avait suscitée l'histoire de Marie-Rose Morel en Flandre. (d'après l'article de L'Avenir du 14/2 - "Une émotion à deux vitesses".)

 

Je trouve l'explication inacceptable. Le respect des morts est une valeur universelle et si l'émotion était plus vive en Flandre qu'en Wallonie où la plupart des citoyens ne connaissaient pas son existence, ni son combat, non seulement pour vaincre son cancer mais aussi pour aider les autres femmes victimes de cette terrible maladie, le journaliste, lui, devait être au courant.

 

Je suis d'ailleurs aussi choquée par l'exploitation des funérailles, faite par certains  journalistes francophones. Le Soir titre "L'adieu à Marie-Rose Morel, ou le nationalisme émotionnel". Olivier Mouton, qui relate la cérémonie, affirme : "Bart De Wever ému aux larmes. C'est l'image politique que l'on retiendra des funérailles de Marie-Rose Morel, samedi matin à Anvers" et encore "Le nationalisme flamand a trouvé son égérie et son martyr".

 

Ainsi, parce qu'elle a fait partie du Vlaams Belang, parce qu'un drapeau flamand recouvrait son cercueil, parce que Bart De Wever, qui l'avait connue pendant ses études et dont elle était l'amie avant une dispute politique, a fait son éloge, ayant le courage de dire "J'ai pu te dire pardon" les journalistes font une analyse politique que je trouve absolument indécente.

 

Récupération par Bart De Wever ? Il n'a pas le droit de pleurer une amie ? Ne peut-on, une seule fois, admettre qu'il puisse, sans calcul politique, éprouver des sentiments humains ? Cordon sanitaire rompu. L'accent est mis sur le politique plutôt que sur le drame qu'est la mort, pour n'importe qui. Et d'analyser le plus sérieusement du monde que la médiatisation de personnalités est un phénomène flamand, pire qu'elle est exploitée pour vendre ! Je ne peux pas nier que le people fait monter les tirages des journaux, mais vraiment, ce n'était pas à cette occasion qu'il fallait le dire. Et, affirmer sans rire qu'elle n'existe que du côté flamand, c'est vraiment du n'importe quoi. Daerden ? Noeud papillon porté ou pas, moues des politiciens, photos choisies avec soin pour rendre quelqu'un de sympathique ou le contraire, ce n'est pas une exploitation people ?

 

Ce que je trouve le plus grave, c'est d'affirmer comme ils le font, que ces funérailles montrent le fossé qu'il y a entre le nord et le sud. C'est injurieux pour les Wallons. Une telle émotion ne serait pas possible en Wallonie ? Faut-il donc rappeler toutes les manifestations de sympathie qui ont lieu quand un drame se produit ? Buizingen, morts d'enfants – encore tout récemment Amélia et Alison – la catastrophe à Liège, n'ont-elles pas suscité, dans la population, une grande émotion, des manifestations de sympathie ?

 

J'en arrive à penser que les journalistes cherchent constamment à creuser un fossé entre le nord et le sud. Ce n'est pas ainsi que nous arriverons comme ils le disent si bien "à vivre ensemble". Rien de tel pour pourrir l'atmosphère que de sauter sur chaque occasion pour en faire une analyse blessante pour les uns ou pour les autres.

 

J'userai donc de ma liberté de pensée pour rendre hommage à Marie-Rose Morel, à son courage, pour présenter mes condoléances virtuelles à son mari et ses enfants.

 

Puisse l'empathie remplacer quelquefois la méfiance constante que nous vivons actuellement ! 

 

Commentaires

Bonjour,

Est-ce donc manquer de respect à un mort que de rappeler ses opinions politiques qu'il n'a jamais reniées ?

M Herzet

Écrit par : Maggy Herzet | 14/02/2011

Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire que je viens de lire...j'ai été indignée par l'instrumentalisation faite par la rtbf de l'enterrement de Marie-Rose Morel....les journalistes n'ont pas pour rôle de distribuer les bons et mauvais points, ou de donner leur opinion, ils sont là pour donner l'information, et c'est tout....il serait bon et urgent de le leur rappeler!!!ils ne représentent qu'eux-mêmes, et pas l'opinion publique du sud du pays.....Moi aussi, je présente mes sincères condoléances à la famille de Madame Morel...

Écrit par : titelive | 14/02/2011

Bonjour, (@herzet)
Je peux comprendre que mon post choque. J'ai été élevée dans le respect absolu d'un mort. "On ne dit pas de mal d'un mort" est un adage bien de chez nous. Elle avait quitté la politique donc personne ne sait ce qu'elle pensait avant de mourir. Par contre, son débat pour aider les personnes atteintes du cancer était réel. De plus, "xénophobe et raciste" sont des mots très durs. Les journalistes ont assez d'occasions pour critiquer l'extrême droite que pour le faire le jour même de ses funérailles.

Écrit par : mado | 14/02/2011

Le jour où Le Pen trépassera ne pourra-t- on rappeler qu'il était d'extrème droite?

Écrit par : Pierre | 14/02/2011

Bonjour à tous,
Je comprends votre colère. Bien sûr que la RTBF pouvait rappeler son appartenance politique. Bien sûr qu'il faut condamner l'idéologie de l'extrême droite. Ce que j'ai voulu dire, c'est qu'en Flandre, comme elle avait quitté le parti, comme elle avait expressément demandé que certains responsables n'assistent pas à ses funérailles, comme les gens avaient suivi son combat pour aider les femmes atteintes du cancer et ne la voyaient plus que comme cela, il fallait être prudent dans l'expression. On peut rappeler l'idéologie de l'extrême droite sans dire "elle est xénophobe et raciste". Croyez-vous que si Monsieur X, homme politique mourait, on rappellerait tous ses propos injurieux le jour de ses funérailles ? On mettrait l'accent sur le mal qu'a pu faire son parti ? Alors tous les enterrements d'hommes politiques seraient des scènes haineuses.
Je regrette d'avoir choqué mais c'est mon droit de voir la personne telle qu'elle est devenue sans la diaboliser à cause de ses idées politiques qu'évidemment je ne partage pas. C'est votre droit de penser autrement.
J'ai dû supprimer des commentaires haineux parce que je suis responsable de ce qui s'écrit sur mon blog.

Écrit par : mado | 15/02/2011

Les commentaires sont fermés.