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28/01/2011

JACQUELINE HARPMAN.

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Jacqueline Harpman est née le 5 juillet 1929 à Bruxelles. Elle a vécu cinq ans à Casablanca. Elle est revenue à Bruxelles en 1945 et a fait des études de médecine et de psychologie à l'ULB. Elle est aussi psychanalyste (Société belge de psychanalyse). Elle a écrit de nombreux romans : "La plage d'Ostende", "Orlanda", "La Dormitions des amants", "Du côté d'Ostende", "Ce que Dominique n'a pas su". En 1996, elle a reçu le Prix Médicis pour "Orlanda" et en 2003, le Prix triennal du roman de la Communauté Française pour "La Dormition des amants".

 

RECIT DE LA DERNIERE ANNEE.

 

La dernière année, c'est celle de l'héroïne, Delphine Maubert, qui meurt d'un cancer du poumon.

 

L'histoire commence par son anniversaire qu'elle fête avec sa mère, Pauline, sa fille Mathilde, son gendre, Louis et son fils Paul. Elle a cinquante ans. Elle fait un voyage en Italie et au retour souffre d'une mauvaise grippe qui ne guérit pas. Son médecin va diagnostiquer un cancer des poumons, avancé et irrémédiable.

 

L'auteur qui est aussi la narratrice du roman va suivre Delphine dans cette dernière année. "Qui est cette Delphine Maubert qui vient de tomber sous la plume ? J'allais tranquille vers mon vieil âge, je pensais avoir oublié l'inquiétude des cinquante ans et regarder calmement mes chevaux grisonner, est-ce un dernier remous de regret?"

 

Lorsque Delphine apprend par son médecin qu'elle n'a plus que six mois à vivre, elle ne manifeste pas d'émotion. Elle pose des questions techniques : va-t-elle souffrir ? Comment meurt-on ? Son médecin s'étonne de sa réaction : "il est plus ému que moi, se dit-elle". L'auteur se dit "confusément choquée par le peu d'émotion".

 

Delphine est surtout préoccupée par l'annonce qu'elle devra faire de sa maladie à sa mère et à ses enfants. Sa mère, qui est selon moi, le personnage le plus intéressant du roman, va être bouleversée, choquée de savoir que sa fille va mourir avant elle.  "Pauline pensa que l'ordre des choses n'allait pas être respecté, où la mère meurt avant la fille. (...) Moi, qui prenais plaisir à vivre longtemps, pensa Mme Ferrand, comme on est berné ! (...) Elle sentit poindre la douleur, comme on devine une tornade qui dévastera tout." Elle va permettre à Delphine de sortir de son "armure". D'où ce dialogue émouvant : "Je crois qu'il faut pleurer, dit-elle. – Je ne peux pas. (...) Delphine, tremblante, laissa les bras de sa mère se poser doucement sur ses époules et sentit monter une vague de faiblesse. (...) Delphine, appuyée contre elle, était toujours crispée, parcourue de sanglots secs qui s'achevaient en petits gémissements. – Là... murmurait Pauline, là... doucement... Comme jadis, pour les chagrins de petite fille, l'aidant patiemment à rejoindre sa tristesse et Delphine redit, sans l'entendre, les mots de son enfance: - Oh ! Maman ! Tu ne peux pas savoir..."

 

Mathile prendra très mal l'annonce de la maladie de sa maman. "Dans la cuisine, Mathilde sentit monter la colère : - Qu'est-ce que je fais là ? Puis retourna au salon : - Je voudrais être seule, dit-elle sans regarder Delphine. Excuse-moi. Je te téléphonerai plus tard."

 

Sa colère, elle l'exprimera à son mari : "Je veux taper, tempêter, je veux être en colère, lui crier après, lui dire qu'elle n'a pas le droit, qu'est-ce qui lui permet ?" Une réaction violente qu'elle arrivera à surmonter pour aider sa maman.

 

C'est le docteur Letellier qui se chargera de prévenir Paul, pour épargner Delphine. "Le dire à votre mère, je veux bien, elle pouvait vous consoler, mais comment voulez­-vous que vos enfants se fassent consoler par vous ?" Le docteur s'éprend de Delphine bien qu'elle dise : "On ne s'appartient pas. On est la proie de ceux dont on est aimé. Ne m'aimez pas, je vous en prie." Il l'accompagnera, faisant tout pour lui éviter de souffrir, s'étonnant de la transformation qu'opère en lui cet amour inattendu.

 

Jacqueline Harpman n'a pas voulu écrire un roman morbide. Le lecteur ne trouvera pas de longues descriptions de la maladie ni de la mort. Delphine s'en ira doucement, entourée des siens.

 

Ce qui est assez étrange, c'est le rôle joué par la narratrice, l'auteur elle-même. Une réflexion sur la vieillesse, sur la vie, sur la mort. Je pourrais dire qu'elle s'approprie son personnage. Ses monologues sont tragiques, comme l'est le regard désabusé qu'elle promène sur sa vie.

 

J'ai été un peu déroutée par le roman. Il se lit facilement mais les disgressions sont nombreuses. Les réflexions philosophiques sont intéressantes mais ralentissent le rythme du roman. Le parti-pris de nier la réalité de ce qu'est un cancer du poumon - Delphine s'affaiblit mais ne souffre pas - donne au livre un ton un peu superficiel. L'émotion n'est pas absente mais peut-être moins présente que je ne l'aurais souhaité.

 

27/01/2011

A CHACUN SA VERITE.

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Vincent Van Gogh. Les sillons.
 
 

 

Je n'ai pas l'intention d'analyser la situation politique et encore moins de faire des propositions. J'en suis bien incapable. Par contre, je peux émettre quelques réflexions, très personnelles, sur ce qui se passe aujourd'hui.

 

Première constatation, d'où le titre de mon post, une fois de plus, tout le monde accuse l'autre. Le dire devient une lapalissade car nous l'entendons à chaque échec. "Les Francophones sont unis, ils sont d'accord, le problème vient de la N-VA et du CD&V."

 

Quelques remarques sur cette affirmation : trois partis francophones parlent au nom de tous les Francophones. Cela me semble abusif. D'autant plus abusif, que les négociateurs ne sont pas en phase avec ce que veulent les citoyens. Je l'ai dit et je le répète, les négociateurs sont partis des demandes flamandes, pas de leur programme électoral. Etait-ce vraiment ce qu'il fallait faire ?

 

Autre affirmation : la discrétion est seule gage de réussite. Pour moi, je l'ai déjà dit, c'est un déni de démocratie et contre-productif. Un exemple : la scission des allocations familiales. Une fuite, comme ils disent, et les citoyens apprennent qu'elle est envisagée. Réactions immédiates de la société civile : Ligue des Familles, patronat, syndicats et d'autres. Très vite, le démenti et sans doute, je l'espère, le retrait.

 

Autre effet pervers de cette fameuse discrétion, les journalistes, qui veulent savoir, publient quand même des informations et surtout poussent les politiciens à parler et souvent à en dire plus qu'ils n'auraient voulu. Je pense aux déclarations d'Onkelinx, sur le plan B et les contorsions qu'il a fallu pour réparer ces propos qui, je le crois maintenant, étaient plus vrais que ce que nous pensions. Ce matin, son cher mari, ne cachait pas que la scission de la Belgique pouvait être la solution... Et, bizarrement, Rudy Demotte ressuscite la fédération Wallonie-Bruxelles. Au cas où, dit-il....

 

Un effet aussi du "j'ai la vérité" est qu'il faut toujours trouver un bouc émissaire pour expliquer l'échec. Pour les Francophones, c'est évidemment Bart De Wever, nationaliste, et le CD&V, incapable de prendre ses responsabilités.

 

Evidemment, du côté flamand, la même logique fera accuser les Francophones, avec le même discours : ils ne veulent pas s'engager, ils ont peur. C'est encore ce que l'on entend aujourd'hui par exemple chez Caroline Genest et chez les éditorialistes flamands. "Est-ce que les Francophones veulent encore aller autour de la table avec la N-VA ? Ils disent oui mais pensent non" (Eric Donkier) "Paroles et paroles et paroles, ils sont très forts." (Paul Geudens).

 

Ainsi, l'incompréhension est totale, la méfiance aussi car c'est une caractéristique constante dans l'histoire : être certain de détenir la vérité empêche d'écouter et surtout de chercher à comprendre. Je ne vais pas avoir la cruauté de rappeler tout ce qui s'est fait et se fait encore au nom de la vérité religieuse ou autre.

 

Il est vrai et c'est paradoxal, que de chaque côté, on appelle à faire des compromis et on répète qu'aucun parti ne peut avoir tout ce qu'il désire. Pourtant, cela bloque. Les Francophones ne veulent pas et, ils ont raison, franchir la ligne rouge, par exemple la scission de la sécurité sociale ou le droit du travail. Je pense qu'ils seraient plus forts s'ils nous disaient clairement ce que veulent Flamands et Francophones. Ils auraient sans doute l'appui de leurs électeurs, des organisations patronales ou syndicales. Alors pourquoi s'en tenir à des allusions au lieu de mettre tout sur la table ?

 

Je dirais la même chose du côté flamand. Si les éditorialistes disaient que Bart De Wever est en train de préparer la scission du pays, je suis certaine, que beaucoup de Flamands, y compris les électeurs de la N-VA s'interrogeraient. Ils ne le disent pas et ils ne peuvent pas le dire car Bart De Wever l'a toujours nié. "La Belgique s'évaporera d'elle-même " Point-barre.

 

Que va-t-il se passer ? Nul ne le sait. Les politologues sont très prudents et énumèrent les solutions possibles, sans grande conviction, je les comprends.

 

La balle est une fois de plus renvoyée au Palais. Mais, le souverain ne peut faire que ce que les partis politiques lui conseillent. J'espère que, cette fois, il n'écartera plus les Libéraux même si je suis sceptique. Malgré les affirmations répétées de "nous n'avons pas d'exclusive" tout le monde sait que ce n'est pas vrai. De plus, les "rebelles" ont mis le MR dans une situation difficile.

 

Si j'avais un conseil à donner au Souverain, je lui dirais : "De grâce, Sire, évitez les noms en eur. La malédiction a frappé éclaireur, préformateur, conciliateur et j'en oublie. La langue française est riche, touvez une autre déclinaison."

 

Moi, je pense à "bulldozer" malheureusement je ne crois pas qu'il existe un équivalent assez noble pour cette fonction même si le dictionnaire précise : " Fam. personne décidée." Je vais cogiter. Il y a peut-être quand même là matière à creuser...

 

18/01/2011

FRANCIS VEBER.

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QUE CA RESTE ENTRE NOUS.

 

J'avoue que je ne connaissais pas Francis Veber quand j'ai reçu ce livre.  Il est pourtant un dramaturge, dialoguiste, scénariste célèbre. "Le jouet", Le Dîner de cons", "Le Placard", "L'Emmerdeur"," Le téléphone rose", "Le grand blond avec une chaussure noire", "Le Magnifique". Il est aussi le scénariste de "La cage aux folles" d'Edouard Molinaro.

 

D'emblée, moi, qui d'habitude, n'aime pas ce genre de livres, j'ai été séduite par le ton, l'humour, les portraits parfois féroces des nombreuses célébrités, réalisateurs ou acteurs. Il faut y ajouter des anecdotes de cinéma ou de théâtre, ses réflexions sur la difficulté d'un scénariste toujours en quête d'inspiration.

 

SA FAMILLE.

 

Francis Veber est né à Neuilly, en 1937, d'un père juif et d'une mère arménienne. "Ma mère était une jolie femme. Elle avait des yeux superbes et un peu trop de nez, mais elle disait elle-même que les Arméniennes avaient les yeux qui lançaient des éclairs et le nez qui servait de paratonnerre". Elle écrit des romans à l'eau de rose pour faire vivre sa famille. Quant à son père : "Nous sommes quasi arrivés ensemble dans sa vie, les Allemands et moi. C'était trop pour lui. Les Allemands ne s'en sont pas rendus compte, moi si. Emprisonné dans sa chambre, il avait des réactions violentes de taulard et l'enfant que j'étais en souffrait. Il m'a fallu longtemps pour cesser de le détester et commencer à le plaindre." Francis Veber est l'héritier d'une longue lignée d'écrivains dont l'un des plus célèbres est son grand-oncle Tristan Bernard.

 

LES DEBUTS.

 

Il fait des études médiocres : "En fait, si j'apprenais tout par coeur, ce n'était pas seulement par peur des professeurs, mais parce que je n'aimais pas apprendre. Mémoriser, c'est juste un exercice. Ca ressemble à mâcher du chewing-gum, les mâchoires travaillent, mais on n'avale rien."  Bac en poche, il commence la médecine, son père voulait absolument lui éviter une carrière littéraire. Quatre années, qui ne le mènent à rien, il est dégoûté par la chirurgie : "En un coup de bistouri, la jeune fille a cessé d'être une statue pour devenir une pièce de boucherie." Il bifurque à la Faculté des sciences où il restera deux ans avant d'arrêter ses études. Le service militaire fera de lui un reporter. Il rencontre Philippe Labro et Jacques Séguéla. Il entrera ensuite comme stagiaire à RTL, trois années pendant lesquelles Armand Jammot, le rédacteur en chef, n'arrêtait pas de répéter :"J'attends qu'il soit près de la porte pour le virer." Il écrira pourtant un spectacle avec Jacques Martin "Petit patabon" qui sera un bide mais pour lui, une entrée dans le monde du spectacle. Philippe Labro lui présentera Gilbert Goldschmidt, un producteur de feuilletons télévisés. Echec de la série projetée puis pour d'autres feuilletons mais rencontre avec Edouard Molinaro et Alain Poiré, rencontres décisives pour sa carrière.

 

LE THEATRE – LE CINEMA.

 

Il avait envie d'écrire, il se décide pour le théâtre. Il travaillera six mois à "L'enlèvement" dont il dira lui-même que c'était une mauvaise pièce. "Je ne connaissais rien au théâtre et je me suis vite trouvé confronté au problème le plus torturant de la dramaturgie : la construction." Echec jusqu'au miracle, une bonne critique de Jean-Jacques Gautier. Puis, ce sera "L'Emmerdeur", la création de son personnage, devenu culte, François Pignon, qui sera interprété par sept comédiens différents.

 

SON DESTIN.

 

Je trouve intéressant de reproduire ce qu'il dit de son destin, en parlant de son personnage : "Comme lui, j'ai été précipité dans une aventure qui m'a toujours dépassé. Si je n'avais pas été chassé de Radio Luxembourg, je serais devenu d'abord un vieux journaliste, puis un journaliste à la retraite. Je doute que j'aurais eu le courage d'écrire une première pièce en ayant un travail à plein temps. Je suis arrivé dans le showbiz comme Pignon dans la banque des "Fugitifs". J'étais aussi maladroit que lui et comme lui, j'ai été entraîné dans des situations imprévues. Dans mon cas, ce fut le théâtre, le scénario, la mise en scène, l'Amérique, autant d'épisodes que j'ai traversés sans avoir jamais l'impression de tenir le volant de ma vie dans mes mains."

 

SES PORTRAITS.

 

Ils sont innombrables : Lino Ventura "un homme exceptionnel mais incroyablement chiant";  Jacques Brel : "Brel a eu beaucoup de mal à entrer dans "L'Emmerdeur". N'étant pas du tout un acteur de comédie, il avançait à tâtons dans le rôle, malgré le soutien de Ventura et de Molinaro"; Philippe Labro : "un ami"; Jacques Séguéla : "un sourire de lézard dans une peau qui s'écaillait"; Jean Poiret : "un des hommes les plus drôles que j'aie rencontré"; Alain Poiré : "exceptionnellement intelligent"; Luc Besson ; "un homme très attachant qui avait l'air d'un gros nounours"; Claude Berri : "Petit, trop vite chauve, au bord du bégaiement, il n'avait rien pour plaire et c'était un séducteur"; Philippe de Broca : "mon plus mauvais souvenir de scénariste" Et tant d'autres : Pierre Richard, Gérard Depardieu, Dany Boon... Impossible de les citer tous.

 

REFLEXIONS.

 

" les producteurs n'aiment pas les auteurs, qu'ils considèrent comme des traits d'union caractériels entre leurs profits et eux-même."

 

"Ce n'est pas simple d'adapter sa propre pièce. Je l'ai fait pour L'Emmerdeur et Le Dîner de cons et, chaque fois, j'ai eu l'impression de m'emparer d'un corps vivant, l'oeuvre théâtrale, et de le dessécher pour le mettre dans cette boîte de conserve qu'est le cinéma."

 

"On sait à quel point le théâtre est une loterie."

 

Le livre de Francis Veber m'a fait entrer dans un monde que je ne connaissais pas. Un monde de showbiz, de rivalités, de jalousies mais aussi d'amitié. J'ai compris combien le métier de scénariste ou d'acteur pouvait être éprouvant.

 

Le lecteur appréciera la galerie de photos qui se trouve au milieu de l'ouvrage : affiches de films, photos d'acteurs et de sa famille. Plusieurs pages émouvantes du livre sont consacrés à sa femme Françoise, ses enfants, ses grands-parents, ses oncles qui ont joué un rôle important dans sa vie.

 

12/01/2011

DRAPEAU NOIR.

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"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle – Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, - Et que de l'horizon embrassant tout le cercle – Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

 

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, - Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, - Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, - Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. (Baudelaire. Spleen)

 

Qui pouvait, mieux que Baudelaire, décrire mon état d'esprit ? " L'espoir, vaincu, pleure et l'Angoisse, atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."

 

Ce 11 janvier, le roi a donc décidé de reconduire le conciliateur Johan Vande Lanotte, encadré de Bart De Wever et d'Elio Di Rupo. Victoire des deux ténors. De Wever voulait négocier uniquement avec Di Rupo, il l'obtient. Di Rupo voulait que Johan Vande Lanotte soit reconduit dans sa mission, malgré sa démission, il l'obtient. Les deux hommes souhaitaient revenir au premier plan, c'est fait. Johan Vande Lanotte, lui, l'est-il ?

 

Je sais que le roi a demandé au conciliateur : "de prendre toute initiative utile, en dialogue privilégié avec les présidents des deux grands partis, en vue de sortir le plus vite possible de l'impasse politique actuelle" mais déjà, les journalistes s'interrogent sur le pouvoir qu'aura réellement le conciliateur mis sous tutelle des deux ténors.

 

Il n'y aura pas de discussion socio-économique, pas de page blanche, le trio repartira de la note du conciliateur, qu'il devra affiner, corriger jusqu'à ce que les deux tuteurs donnent leur accord. Alors seulement, un retour à la négociation à sept sera possible.

 

Cette décision est-elle une réponse à ce que les citoyens, fortement mobilisés réclamaient ? Non, évidemment, la formation rapide d'un gouvernement est utopique. Comment croire qu'un accord qui n'a pas pu se concrétiser en 213 jours pourrait, par miracle, aboutir maintenant ?

 

Nous sommes bel et bien dans la même impasse malgré la mobilisation citoyenne, les sonnettes d'alarme des patrons et des économistes. Un tour de passe-passe pour éviter le pire : le gouvernement provisoire est chargé de rétablir la confiance des investisseurs et des agences de notations, de limiter les dégâts. Le hic c'est que leur message était clair : seule la formation d'un gouvernement pouvait rétablir la confiance. On en est loin.

 

Le déni de démocratie est de plus en plus flagrant. Les partis francophones vont continuer à négocier une réforme qui n'était pas dans leur programme électoral. Et, sans doute, faire de plus en plus de concessions, en vain. La discrétion invoquée comme gage de réussite est perçue comme un paravent bien utile pour tenir les citoyens à l'écart.

 

L'ouverture aux libéraux faite par Di Rupo est, comme le soulignaient déjà les spécialistes, un leurre habile, je dirais moi, un mensonge habile. Tactiquement, c'est bien joué. Un hommage appuyé aux CDH et ECOLO, une habileté supplémentaire, récompensée puisque ces deux partis se réjouissent en choeur de la décision royale.

 

Les attaques de Nollet, oubliées. Les sarcasmes des partis flamands sur les nombreux amendements du CDH, oubliés. Tout va très bien...

 

Et pourtant ! En admettant l'improbable, que les négociations à 7 réussissent, qu'un gouvernement soit formé, la Belgique sera-t-elle sauvée ? Les Bruxellois auront-ils ce qu'ils désirent, être une région à part entière et non une ville cogérée par les deux grandes régions ? Probablement pas. Les Wallons seront-ils à même de gérer des compétences supplémentaires avec le bonus/malus suspendu comme une épée de Damoclès sur leur tête ? Probablement pas. Le Fédéral gardera-t-il assez de compétences substantielles pour assurer sa survie indispensable à l'unité du pays ? Probablement pas.

 

Le souverain a beau affirmer "De cette manière, le bien-être de tous les citoyens de notre pays pourra être préservé", je n'y crois pas. Pour moi, cet espoir s'est envolé et, je le crains, définitivement. Ce dont je suis sûre, c'est que la note payée par les Belges sera salée.

 

Quand je regarde les images de Haïti, d'Algérie, de Tunisie, je ne puis m'empêcher de penser que ce qui se passe chez nous est scandaleux. Malgré la crise, les problèmes du chômage, de la pauvreté, malgré tout, nous étions un pays privilégié. Les politiques en ont décidé autrement. Sans nous.

 

06/01/2011

LA SOTTISE : FLORILEGE.

Un bon jour pour me replonger dans le livre de Lucien Jerphagnon. Pas parce que c'est l'Epiphanie, mais le lendemain du cirque d'hier. Je ne veux pas en parler car ma colère est tellement forte que je risquerais, moi aussi, de dire des bêtises... Une citation quand même : "Qu'ils sont donc mesquins, ces pygmées qui jouent les politiques, et qui se figurent agir en philosophes... Petits morveux ! " (Marc Aurèle).

 

J'avais, un moment, regretté que Lucien Jerphagnon n'ait pas suivi l'ordre chronologique pour ses citations. A la relecture, je trouve qu'il a choisi la bonne méthode en les regroupant d'après des thèmes. Je mettrais quand même un bémol. Il est clair que chaque auteur est influencé par son temps, par ce qu'il est. Ainsi, même si Lucien Jerphagnon retrouve des citations sur le même thème de l'antiquité à nos jours, il faut garder à l'esprit les différences temporelles. La vision de la sottise qu'ont des auteurs aussi différents qu'Aristote, Saint Augustin, Cicéron ou Chateaubriand, Céline, Mauriac, Jean d'Ormesson, est bel et bien à remettre dans leur contexte. Par contre, beaucoup de citations anciennes restent tellement actuelles que je les qualifierais d'universelles. "Innombrable est le peuple des sots" (Ecclésiaste, I, 15) "On a rarement à traiter avec des personnes parfaitement raisonnables"  (Descartes).  "Ainsi, au lieu de se donner la peine de rechercher la vérité, on préfère généralement adopter des idées toutes faires." (Thucydide). "Ce qu'il y a précisément de fâcheux dans l'ignorance, c'est que quelqu'un qui n'est pas intelligent se figure l'être dans la mesure voulue." (Platon) "Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire." (Boileau)

 

C'est le chapitre consacré à l'opinion, qualifiée de sottise atmosphérique, qui m'a le plus intéressée par son actualité. "Si on te demande, ne va pas répondre : "C'est de ce côté-là que paraît aller le plus grand nombre, car c'est justement pour cela que c'est le moins bon avis !" (Sénèque). Fameux débat sur la vérité que croient toujours détenir les majorités ! "Soixante-deux mille quatre cents répétitions font une vérité". (Huxley). "La fausseté n'a jamais empêché une vue de l'esprit de prospérer quand elle est soutenue et protégée par l'ignorance" (Jean-François Revel)

 

Hélas, toujours actuelle, cette citation de Chateaubriand : "Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu'un terroriste."

 

Sévère et polémique sans doute cette remarque désabusée de François Mauriac : "Que d'enfants bourgeois ont eu par leur naissance accès à une culture dont ils étaient indignes ! Que d'ânes qui n'avaient pas soif et que les maîtres ont forcé à boire ! En est-il beaucoup parmi eux qui, au cours de leur vie, auront rouvert un seul des livres que le maître essayait de leur faire aimer ?" Pas tendre non plus, cette fois pour les adultes, cette citation : "Il existe une sottise d'époque à laquelle tous les contemporains, grands et petits, et eussent-ils du génie, participent."

 

"Si nos écoles crétinisent la jeunesse, à mon avis, c'est à cause de ca : on n'y voit ni n'y entend rien de la vie de tous les jours."  Dit par un contemporain? Non, par Pétrone !

 

Amusante cette définition du sot : "Et à quoi peut-on reconnaître un sot ? A ceci, qu'il n'explique pas quand il faudrait et qu'il explique quand il ne faudrait pas." (Alain). Ou de Paul Valéry : "Un état bien dangereux : croire comprendre." Encore plus fort, Céline : "Pour que dans  le cerveau d'un couillon la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et des bien cruelles." Et toujours la férocité de François Mauriac : "Moins les gens ont d'idées à exprimer, plus ils parlent fort."

 

Le lecteur aura compris. Le livre de Lucien Jerphagnon est une source inépuisable de réflexions. A mettre entre toutes les mains, à méditer !

 

Je ne résiste pas à l'envie de terminer par un de mes auteurs préférés, Jean d'Ormesson :

"J'admire beaucoup les imbéciles qui de doutent pas d'eux, qui avancent tout droit sans regarder ni à droite ni à gauche, enfermés dans leurs certitudes."