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28/01/2011

JACQUELINE HARPMAN.

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Jacqueline Harpman est née le 5 juillet 1929 à Bruxelles. Elle a vécu cinq ans à Casablanca. Elle est revenue à Bruxelles en 1945 et a fait des études de médecine et de psychologie à l'ULB. Elle est aussi psychanalyste (Société belge de psychanalyse). Elle a écrit de nombreux romans : "La plage d'Ostende", "Orlanda", "La Dormitions des amants", "Du côté d'Ostende", "Ce que Dominique n'a pas su". En 1996, elle a reçu le Prix Médicis pour "Orlanda" et en 2003, le Prix triennal du roman de la Communauté Française pour "La Dormition des amants".

 

RECIT DE LA DERNIERE ANNEE.

 

La dernière année, c'est celle de l'héroïne, Delphine Maubert, qui meurt d'un cancer du poumon.

 

L'histoire commence par son anniversaire qu'elle fête avec sa mère, Pauline, sa fille Mathilde, son gendre, Louis et son fils Paul. Elle a cinquante ans. Elle fait un voyage en Italie et au retour souffre d'une mauvaise grippe qui ne guérit pas. Son médecin va diagnostiquer un cancer des poumons, avancé et irrémédiable.

 

L'auteur qui est aussi la narratrice du roman va suivre Delphine dans cette dernière année. "Qui est cette Delphine Maubert qui vient de tomber sous la plume ? J'allais tranquille vers mon vieil âge, je pensais avoir oublié l'inquiétude des cinquante ans et regarder calmement mes chevaux grisonner, est-ce un dernier remous de regret?"

 

Lorsque Delphine apprend par son médecin qu'elle n'a plus que six mois à vivre, elle ne manifeste pas d'émotion. Elle pose des questions techniques : va-t-elle souffrir ? Comment meurt-on ? Son médecin s'étonne de sa réaction : "il est plus ému que moi, se dit-elle". L'auteur se dit "confusément choquée par le peu d'émotion".

 

Delphine est surtout préoccupée par l'annonce qu'elle devra faire de sa maladie à sa mère et à ses enfants. Sa mère, qui est selon moi, le personnage le plus intéressant du roman, va être bouleversée, choquée de savoir que sa fille va mourir avant elle.  "Pauline pensa que l'ordre des choses n'allait pas être respecté, où la mère meurt avant la fille. (...) Moi, qui prenais plaisir à vivre longtemps, pensa Mme Ferrand, comme on est berné ! (...) Elle sentit poindre la douleur, comme on devine une tornade qui dévastera tout." Elle va permettre à Delphine de sortir de son "armure". D'où ce dialogue émouvant : "Je crois qu'il faut pleurer, dit-elle. – Je ne peux pas. (...) Delphine, tremblante, laissa les bras de sa mère se poser doucement sur ses époules et sentit monter une vague de faiblesse. (...) Delphine, appuyée contre elle, était toujours crispée, parcourue de sanglots secs qui s'achevaient en petits gémissements. – Là... murmurait Pauline, là... doucement... Comme jadis, pour les chagrins de petite fille, l'aidant patiemment à rejoindre sa tristesse et Delphine redit, sans l'entendre, les mots de son enfance: - Oh ! Maman ! Tu ne peux pas savoir..."

 

Mathile prendra très mal l'annonce de la maladie de sa maman. "Dans la cuisine, Mathilde sentit monter la colère : - Qu'est-ce que je fais là ? Puis retourna au salon : - Je voudrais être seule, dit-elle sans regarder Delphine. Excuse-moi. Je te téléphonerai plus tard."

 

Sa colère, elle l'exprimera à son mari : "Je veux taper, tempêter, je veux être en colère, lui crier après, lui dire qu'elle n'a pas le droit, qu'est-ce qui lui permet ?" Une réaction violente qu'elle arrivera à surmonter pour aider sa maman.

 

C'est le docteur Letellier qui se chargera de prévenir Paul, pour épargner Delphine. "Le dire à votre mère, je veux bien, elle pouvait vous consoler, mais comment voulez­-vous que vos enfants se fassent consoler par vous ?" Le docteur s'éprend de Delphine bien qu'elle dise : "On ne s'appartient pas. On est la proie de ceux dont on est aimé. Ne m'aimez pas, je vous en prie." Il l'accompagnera, faisant tout pour lui éviter de souffrir, s'étonnant de la transformation qu'opère en lui cet amour inattendu.

 

Jacqueline Harpman n'a pas voulu écrire un roman morbide. Le lecteur ne trouvera pas de longues descriptions de la maladie ni de la mort. Delphine s'en ira doucement, entourée des siens.

 

Ce qui est assez étrange, c'est le rôle joué par la narratrice, l'auteur elle-même. Une réflexion sur la vieillesse, sur la vie, sur la mort. Je pourrais dire qu'elle s'approprie son personnage. Ses monologues sont tragiques, comme l'est le regard désabusé qu'elle promène sur sa vie.

 

J'ai été un peu déroutée par le roman. Il se lit facilement mais les disgressions sont nombreuses. Les réflexions philosophiques sont intéressantes mais ralentissent le rythme du roman. Le parti-pris de nier la réalité de ce qu'est un cancer du poumon - Delphine s'affaiblit mais ne souffre pas - donne au livre un ton un peu superficiel. L'émotion n'est pas absente mais peut-être moins présente que je ne l'aurais souhaité.

 

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