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12/01/2011

DRAPEAU NOIR.

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"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle – Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, - Et que de l'horizon embrassant tout le cercle – Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

 

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, - Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, - Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, - Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. (Baudelaire. Spleen)

 

Qui pouvait, mieux que Baudelaire, décrire mon état d'esprit ? " L'espoir, vaincu, pleure et l'Angoisse, atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."

 

Ce 11 janvier, le roi a donc décidé de reconduire le conciliateur Johan Vande Lanotte, encadré de Bart De Wever et d'Elio Di Rupo. Victoire des deux ténors. De Wever voulait négocier uniquement avec Di Rupo, il l'obtient. Di Rupo voulait que Johan Vande Lanotte soit reconduit dans sa mission, malgré sa démission, il l'obtient. Les deux hommes souhaitaient revenir au premier plan, c'est fait. Johan Vande Lanotte, lui, l'est-il ?

 

Je sais que le roi a demandé au conciliateur : "de prendre toute initiative utile, en dialogue privilégié avec les présidents des deux grands partis, en vue de sortir le plus vite possible de l'impasse politique actuelle" mais déjà, les journalistes s'interrogent sur le pouvoir qu'aura réellement le conciliateur mis sous tutelle des deux ténors.

 

Il n'y aura pas de discussion socio-économique, pas de page blanche, le trio repartira de la note du conciliateur, qu'il devra affiner, corriger jusqu'à ce que les deux tuteurs donnent leur accord. Alors seulement, un retour à la négociation à sept sera possible.

 

Cette décision est-elle une réponse à ce que les citoyens, fortement mobilisés réclamaient ? Non, évidemment, la formation rapide d'un gouvernement est utopique. Comment croire qu'un accord qui n'a pas pu se concrétiser en 213 jours pourrait, par miracle, aboutir maintenant ?

 

Nous sommes bel et bien dans la même impasse malgré la mobilisation citoyenne, les sonnettes d'alarme des patrons et des économistes. Un tour de passe-passe pour éviter le pire : le gouvernement provisoire est chargé de rétablir la confiance des investisseurs et des agences de notations, de limiter les dégâts. Le hic c'est que leur message était clair : seule la formation d'un gouvernement pouvait rétablir la confiance. On en est loin.

 

Le déni de démocratie est de plus en plus flagrant. Les partis francophones vont continuer à négocier une réforme qui n'était pas dans leur programme électoral. Et, sans doute, faire de plus en plus de concessions, en vain. La discrétion invoquée comme gage de réussite est perçue comme un paravent bien utile pour tenir les citoyens à l'écart.

 

L'ouverture aux libéraux faite par Di Rupo est, comme le soulignaient déjà les spécialistes, un leurre habile, je dirais moi, un mensonge habile. Tactiquement, c'est bien joué. Un hommage appuyé aux CDH et ECOLO, une habileté supplémentaire, récompensée puisque ces deux partis se réjouissent en choeur de la décision royale.

 

Les attaques de Nollet, oubliées. Les sarcasmes des partis flamands sur les nombreux amendements du CDH, oubliés. Tout va très bien...

 

Et pourtant ! En admettant l'improbable, que les négociations à 7 réussissent, qu'un gouvernement soit formé, la Belgique sera-t-elle sauvée ? Les Bruxellois auront-ils ce qu'ils désirent, être une région à part entière et non une ville cogérée par les deux grandes régions ? Probablement pas. Les Wallons seront-ils à même de gérer des compétences supplémentaires avec le bonus/malus suspendu comme une épée de Damoclès sur leur tête ? Probablement pas. Le Fédéral gardera-t-il assez de compétences substantielles pour assurer sa survie indispensable à l'unité du pays ? Probablement pas.

 

Le souverain a beau affirmer "De cette manière, le bien-être de tous les citoyens de notre pays pourra être préservé", je n'y crois pas. Pour moi, cet espoir s'est envolé et, je le crains, définitivement. Ce dont je suis sûre, c'est que la note payée par les Belges sera salée.

 

Quand je regarde les images de Haïti, d'Algérie, de Tunisie, je ne puis m'empêcher de penser que ce qui se passe chez nous est scandaleux. Malgré la crise, les problèmes du chômage, de la pauvreté, malgré tout, nous étions un pays privilégié. Les politiques en ont décidé autrement. Sans nous.

 

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