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04/01/2011

LUCIEN JERPHAGNON.

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Lucien Jerphagnon est né en 1921 à Nancy. Historien de la philosophie, il est professeur émérite des Universités. Spécialiste de la pensée grecque et romaine, il a assuré l'édition des oeuvres de  Saint Augustin dans la Pleiade. Son oeuvre est très nombreuse. Je citerai : "Le mal et l'existence : réflexions pour servir à la pratique journalière","Pascal et la souffrance", "Le petit livre des citations latines" et, en collaboration avec Luc Ferry, "La tentation du christianisme".

 

LA...SOTTISE ? (Vingt-huit siècles qu'on en parle).

 

Le livre est un florilège d'auteurs les plus divers. Dans son avant-propos il explique : "C'est ainsi que, cherchant tout autre chose dans les bibliothèques, je découvrais au fil des pages la présence lancinante de la sottise. On l'évoquait au détour d'un paragraphe; on y revenait un peu plus loin à propos d'autre chose. Stupéfait, je la trouvais là, partout et toujours, dans l'espace comme dans le temps, chez les auteurs les plus divers : Hébreux des âges bibliques, Grecs des temps homériques, Romains de la République ou de ce que nous appelons l'Empire, poètes italiens du Moyen Age, érudits français de la Renaissance, romanciers contemporains de Napoléon III, journalistes de nos républiques."

 

L'auteur n'a pas choisi l'ordre chronologique mais il a regroupé les citations sous différents thèmes : Les sots seraient-ils si nombreux ? La sottise est dans tous les milieux.  L'opinion ou la sottise atmosphérique. Sottise et savoir. Au fait, qu'est-ce qu'au juste qu'un sot ?Mais alors, que penser et, que faire ?

 

Tout un programme ! L'auteur a choisi d'introduire très brièvement chaque chapitre, sans véritable réponse à la question posée. Au lecteur de se faire une opinion en s'appuyant sur les citations.

 

Avec humour, il dit que ses collègues, qui ne manqueront pas de se demander pourquoi il a écrit ce livre, répondront : "C'est qu'il s'est beaucoup observé". C'est vrai, il l'avoue, mais, pour lui, c'est une chance qu'il souhaite à tous.

 

A la question d'un journaliste (L'Express - 9/12/2010) qui lui demande pourquoi il ne donne pas de définition de la sottise, il répond :"Le faire m'aurait exposé à dire moi-même une sottise. La bêtise ne s'enferme pas dans un concept exhaustif. C'est d'abord une subjectivité qui regarde une autre subjectivité : quand on qualifie l'autre de "sot", on s'affirme d'abord soi dans toute sa supériorité. "Les imbéciles sont ceux qui ne pensent pas comme nous" : ce n'est pas de moi, mais de Flaubert, dans son "Dictionnaire des idées reçues". On est toujours l'imbécile de quelqu'un... Je préfère par conséquent me contenter d'en donner une image, celle de la" sphère" de Pascal, qu'il a lui-même empruntée à l'image médiéval "Le livre des XXIV philosophes" : la sottise est une sphère dont le centre est partout et la circonférence, nulle part."

 

Humour quand il déclare que la sottise est tellement répandue qu'elle fait naître quelque inquiétude sur la nature humaine... Il qualifie l'opinion de "sottise atmosphérique", car pour lui, "c'est ce que tout le monde a en tête à propos de tout et de n'importe quoi." Ainsi, dira-t-il, le "politiquement correct" est une marque d'inféodation à l'idéologie ambiante, un refus de penser par soi-même. A méditer !

 

Autre constatation, la sottise n'a ni domaine particulier, ni temps précis. Et après avoir affirmé qu'on n'a jamais vu un imbécile douter de soi, il ajoutera malicieusement que personne n'est à l'abri de faire partie des sots.

 

Pourtant, même si la sottise est si répandue, il faut cependant être en alerte, se tenir aux aguets, voire tirer parti de la sottise d'autrui, comme le disait Lénine, il y a "des idiots utiles". Plus simplement, la sottise peut distraire "(...)comme il ressort du savoureux "Dîner de cons" que nous devons à Francis Veber, où le con n'est pas toujours celui qu'on pense. Un film qu'il faut revoir de temps en temps, ne serait-ce que par hygiène."

 

Plus polémique peut-être cette opinion exprimée dans un entretien au Figaro. A la question du journaliste qui lui demande où se niche aujourd'hui la sottise atmosphérique, il répond : Probablement dans des opinions proférées avec solennité dans certaines émissions de télévision. Ou encore dans l'idéologie de l'égalitarisme qui décrète par exemple que 80 % des lycéens auront leur bac." Je ne suis pas certaine que tout le monde appréciera mais ce qui est indéniable c'est que cette idéologie est bien dans l'air du temps.

 

J'ai beaucoup aimé le livre et ce long voyage. Dans un autre post, je reprendrai quelques citations, un choix difficile. Je citerai ces répliques de  Molière dans Les Femmes savantes, en guise de conclusion :

 

"TRISSOTIN : J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance qui faisait les grands sots et non pas la science. CLITANDRE : Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant."

 

 

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