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25/11/2010

DELPHINE de VIGAN.

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Delphine de Vigan est née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Elle était directrice dans un institut de sondages. Mère de deux enfants, elle vit à Paris. Elle a publié son premier roman, autobiographique "Jours sans faim" en 2001, sous un pseudonyme, Lou Delvig. En 2005, paraissait "Les jolis garçons". C'est le succès de "No et moi" qui va lui permettre de se consacrer entièrement à la littérature. Le roman obtient le Prix des Libraires. Le livre sera traduit dans une vingtaine de langues. "Heures souterraines" a été récompensé par le Prix des lecteurs de Corse.

 

NO ET MOI.

 

La narratrice est Lou Bertignac, âgée de treize ans, une surdouée. Ses compagnons de classe l'ont surnommée "le cerveau". Mais, elle est mal dans sa peau. "en dehors, en décalage" et en quête d'affection.  Sa mère depuis la mort de son bébé Thaïs s'enfonce de plus en plus dans la dépression. "Nous l'avons vue s'éloigner, petit à petit, sans pouvoir la retenir, nous avons tendu la main sans pouvoir la toucher, nous avons crié sans qu'elle semble nous entendre. Elle ne parlait plus, ne se levait plus, elle restait au lit toute la journée, ou dans le grand fauteuil à somnoler devant la télé." Son père, n'arrive pas à aider sa femme et Lou le retrouve souvent pleurant dans la cuisine.

 

Le livre commence par un incident en classe. Monsieur Marin demande à Lou pourquoi elle ne s'est pas inscrite pour un exposé. Elle n'ose pas dire la vérité "j'ai horreur des exposés, j'ai horreur de prendre la parole devant la classe". Comme elle ne peut plus reculer, elle dit qu'elle va faire un exposé sur les sans-abris.

 

Lou avait l'habitude d'aller à la gare d'Austerliz, pour voir les trains, observer les gens, c'est là qu'elle va rencontrer No. "Elle portait un pantalon kaki sale, un vieux blouson troué aux coudes, une écharpe Benetton comme celle que ma mère garde au fond de son placard, en souvenir de quand elle était jeune."

 

Pour les besoins de son exposé, elle va lui demander si elle peut la revoir et lui parler. No accepte et peu à peu des liens d'amitié très forts se nouent entre-elles. "Je donnerais tout, mes livres, mes vêtements, mon ordinateur pour qu'elle ait une vraie vie, avec un lit, une maison et des parents qui l'attendent." L'auteur ne cache pas la violence de No : "Barre-toi, Lou, je te dis. Tu me fais chier. Tu n'as rien à faire là. C'est pas ta vie, ça, tu comprends, c'est pas ta vie." Lou va s'obstiner à "apprivoiser" No, malgré la mise en garde de la femme du kiosque : C'est une fille qui vit dans un autre monde que le tien."

 

Lou va réussir à persuader ses parents d'accueillir No chez eux. Tout se passe bien, même sa mère reprend goût à la vie. Lou est enchantée de voir que sa nouvelle amie ne trouve pas idiot qu'elle découpe des emballages de surgelés ou collectionne les étiquettes des vêtements, qu'elle fasse ce qu'elle appelle "des tests comparatifs intermarques". Heureuse qu'elle lui dise, à brûle-pourpoint, sans raison apparente : "On est ensemble, hein, Lou, on est ensemble ?"

 

Le soir, elles se rendent toutes les deux chez Lucas, un compagnon de classe de Lou, qui vit seul. Mauvais élève, plus âgé que Lou, celle-ci admire son aisance qui lui fait tant défaut. Lui l'appelle, "pépite", ils sont amis au grand étonnement des profs.

 

No cherche du travail, finit par devenir femme de chambre dans un hôtel, puis par tenir le bar, la nuit. Peu à peu, elle va basculer dans l'alcool, les médicaments et les parents de Lou ne désirent plus qu'elle reste chez eux. Ils exigent qu'elle aille dans un centre.

 

No s'en va mais revient très vite chez Lucas qui l'héberge. Ensemble, ils vont essayer de s'occuper d'elle, dans le plus grand secret. Malheureusement, la mère de Lucas revient et No est de nouveau obligée de partir. Elle appelle Lou et celle-ci décide d'aller avec elle, en Irlande, retrouver son ami d'enfance, Loïc. No partira sans elle...

 

Un beau roman sur l'amitié, un sujet grave traité avec grâce et légèreté. Le véritable intérêt du livre, très attachant, est le regard que Lou porte sur le monde. L'auteur réussit l'exploit de faire parler l'adolescente d'un ton qui sonne juste. Le lecteur ne s'étonnera pas des propos de Lou, utopiques ou naïfs, peut-être, mais combien pertinents.

 

EXTRAITS.

 

On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'information On est capable de laisser mourir des gens dans la rue.

 

Je pense à l'égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu'on apprend à l'école et qui n'existent pas. On ne devrait pas faire croire aux gens qu'ils peuvent être égaux, ni ici, ni ailleurs. Ma mère a raison. C'est la vie qui est injuste et il n'y a rien à ajouter

 

Dans la vie il y a un truc qui est gênant, un truc contre lequel on ne peut rien : il est impossible d'arrêter de penser.

 

On est capable d'ériger des gratte-ciel de six cents mètres de haut, de construire des hôtels sous-marins et des îles artificielles en forme de palmiers, (...) on est capable de créer des aspirateurs autonomes et des lampes qui s'allument toutes seules quand on rentre chez soi. On est capable de laisser des gens vivre au bord du périphérique.

 

La vérité c'est que les choses sont ce qu'elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne s'en qu'on s'en rende compte. (...) Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous.

 

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