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11/11/2010

ELIE WIESEL.

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Elie Wiesel est né à Sighet, en Roumanie, le 30 septembre 1928. A quinze ans, il a été déporté avec sa famille à Auschwitz-Birkenau, puis à Buchenwald. Il y perdra notamment ses parents et sa soeur. Libéré par les Américains, il passe une dizaine d'années en France, durant lesquelles il fait des études de philosophie à la Sorbonne. François Mauriac l'aidera à publier sa première oeuvre "La Nuit". Il y relate son expérience de la shoah. En 1963, il devient citoyen américain et obtient une chaire en sciences humaines à l'université de Boston. Il a reçu le prix Nobel de la paix, en 1986. Avec son épouse, il a fondé la Fondation Elie Wiesel pour l'humanité.

 

Son oeuvre est très nombreuse : romans, essais, commentaires de la Bible. Il a reçu le prix Médicis en 1968 pour "Le mendiant de Jérusalem" et le prix du Livre Inter en 1980 pour "Le testament d'un poète assassiné". Je citerai aussi "Job ou Dieu dans la tempête" avec Josy Eisenberg, "Mémoires à deux voix" avec François Mitterand, "Se taire est impossible" avec Jorge Semprun. "Un désir fou de danser" a été publié en 2006 et "Le cas Sonderberg" en 2008.

 

OTAGE.

 

L'auteur situe l'histoire de son roman en 1975. Shaltiel Feigenberg, juif américain, est enlevé en plein jour à Brooklyn. L'événement fait la une des médias internationaux : c'est la première fois qu'une prise d'otage de se type se produit sur le sol américain.

 

Shaltiel est enfermé dans une cave : "Dans une cave négligée, des odeurs nauséabondes, quelques chaises dépareillées, des poutres et des bancs renversés..." Il est gardé par deux activistes palestiniens, Ahmed, l'Arabe et Luigi, l'Italien. A la question de Shaltiel :   pourquoi suis-je ici, moi, un simple conteur, un vendeur de mots ? Ils répondent : parce que tu es juif. "Nous exigeons la libération de trois de nos combattants : l'un en Amérique et les autres en Israël." Ils espèrent forcer les maîtres de Tel-Aviv et de Washington à accepter leurs exigences politiques, sinon, ils tueront l'otage.

 

Les yeux bandés, torturé, pour survivre, Shaltiel sa plonger dans ses souvenirs : la déportation en 1942 des habitants du ghetto de Davarowk, sa ville natale, la libération de la ville par les soldats de l'armée rouge mais surtout son enfance. Il trace un portrait émouvant de son père, Haskel, "un pur", marchand ambulant de vieux livres et de documents anciens à Brooklyn avec qui il a appris à jouer aux échecs, sa mère, sa femme, Blanca "sa fierté, son espérance"  à qui il n'a pas fait d'enfant. Va-t-il mourir sans avoir assuré sa descendance ? Son frère Pinhas, membre d'une cellule du Parti communiste juif, parti pour l'URSS dès 1941. Shaltiel pense que, lui aussi, comme ses gardiens, croyait en la révolution.

 

Shaltiel se rappelle sa rencontre avec un SS Friedrich von Waldenshon, qui l'a caché dans une cave d'un immeuble voisin du sien, pour jouer aux échecs. Il lui doit la vie mais ne lui pardonnera pas de ne pas avoir empêché la déportation de sa mère et de son père. "Ce qui l'intéressait dans la vie, c'était jouer. Le pouvoir de battre son adversaire. Simplement de gagner. Les vies humaines ne comptaient pas pour lui. Les Juifs, il marchait sur eux comme sur des déchets."

 

Peu à peu, un dialogue va s'établir avec Luigi. Shaltiel veut comprendre la brutalité d'Ahmed, sa haine. "Il est né dans un camp de réfugiés palestiniens. Son père et son grand-père sont apatrides et vivent d'aumônes. Ils sont constamment humiliés, d'un jour à l'autre, d'un mois à l'autre, d'une génération à l'autre."

 

Luigi se défend d'être cruel mais justifie son engagement : "Ce qui nous unit tous, c'est la foi en la violence comme seul moyen d'agir sur l'événement." "Ton monde a échoué. C'est sur ses ruines que nous bâtissons le nôtre. Je sais, nos méthodes te répugnent, mais elles fonctionnent. Pourquoi ? A cause de la peur que nous suscitons. La peur est plus tangible que les promesses. Au Moyen Age, on pensait pouvoir combattre le Mal par le Mal; nous, nous voulons éteindre le feu par le feu, c'est-à-dire en augmentant le volume et l'ampleur de l'incendie.""Si le révolutionnaire est prêt à sacrifier sa propre vie pour son idéal, pourquoi renoncerait-il à sacrifier celle de son ennemi ?"

 

Shaltiel va refuser d'écrire la lettre que ses bourreaux lui réclament pour faire pression sur les gouvernements. La négociation échoue. Ahmed est fou de rage. "Avec ces damnés mécréants et infidèles, il n'y a que la haine, la force brutale et une mort atroce qui les feront fléchir." Shaltiel, qui l'entend, comprend qu'il va mourir. Mais Luigi s'oppose à Ahmed qui accepte de solliciter l'avis de leurs supérieurs.

 

Luigi avec qui Shaltiel a pu, peu à peu tisser des liens, presque proches de l'amitié, va le libérer. "Pour ton père." Pour Haskel, victime des Nazis.

 

Elie Wiesel situe, je l'ai dit, son roman en 1975. Mais, je ne peux pas m'empêcher de penser que l'actualité est présente dans tout le livre. La haine aveugle des fanatiques, la justification de la violence, le peu de prix accordé à la vie humaine. Elie Wiesel qui a lutté pour la mémoire de l'Holocauste mais aussi contre l'indifférence, l'intolérance, l'injustice, qui a organisé des actions de dialogue international pour sensibiliser la jeunesse est inquiet. "Le jour n'est pas loin où le terrorisme suicidaire sera global" dira Luigi.

 

Dans un entretien paru dans Paris-Match en septembre 2010, Elie Wiesel répondra au journaliste : "L'actualité m'interpelle. Je reconnais aujourd'hui qu'il y a une souffrance palestinienne mais, avec mon passé, je ne me permets pas d'être le juge d'Israël."

 

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