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04/11/2010

JEAN d'ORMESSON.

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Jean d'Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Il est licencié en lettres et histoire et agrégé de philosophie. Romancier, chroniqueur, journaliste, il est membre de l'Académie française depuis 1973. Il a été l'artisan de l'entrée sous la coupole de la première femme, Marguerite Yourcenar et a prononcé le discours de réception de Simone Veil le 18 mars 2010. Son oeuvre est très nombreuse. Je citerai mes livres préférés : "Au plaisir de Dieu" "Le Rapport Gabriel" "C'était bien" "Une fête en larmes" "Une autre histoire de la littérature française".

 

C'EST UNE CHOSE ETRANGE A LA FIN QUE LE MONDE.

 

Le titre est emprunté à un vers d'un très beau poème de Louis Aragon intitulé "Que la vie en vaut la peine". "C'est une chose étrange à la fin que le monde – Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit – Ces moments de bonheur ces midis d'incendie – La nuit immense et noire aux déchirures blondes."

 

Pourquoi ce livre ? Il le précise dans le prologue :

 

"Un beau matin de juillet, sous un soleil qui tapait fort, je me suis demandé d'où nous venions, où nous allions et ce que nous faisions sur cette Terre."

 

La première partie "Que la lumière soit ! " est consacré à l'histoire, pas celle de la philosophie ou des religions, ni celle des sciences mais un peu tout cela : une histoire de la compréhension du monde. De l'Antiquité, où les hommes ont recours aux dieux pour essayer de comprendre l'univers, au big bang.

 

Jean d'Ormesson confronte la pensée de Platon, Socrate, Aristote ou encore de Saint Augustin et de Saint Thomas. Il rappelle la controverse sur la place de la terre dans l'univers, l'apport de Copernic, Képler et Galilée. L'importance de la découverte de la gravitation universelle par Newton. Il relate le scandale provoqué par la théorie de l'évolution de Darwin. Il consacre un chapitre à Einstein et sa théorie de la relativité et de la mécanique kantique.

 

Un long exposé, des explications claires, un ton allègre. Peu de citations ou d'anecdotes, pas de notes en bas de pages, ce n'est pas un essai.

 

L'originalité réside dans les réflexions de Dieu intercalés entre les chapitres. Dieu, que Jean d'Ormesson appelle "Le Vieux", terme emprunté à Albert Einstein. Dieu qui observe les explications des hommes avec beaucoup d'humour.

"Les hommes, j'ai pitié d'eux, ils m'amusent, je les admire. La plus belle des prières, c'est leur ardeur à me connaître. Et à m'inventer.""Parce qu'ils me cherchent, sans me trouver, parce qu'ils me nient, parce qu'ils m'espèrent, la seule pensée de Dieu ne cesse jamais de les occuper tout entiers. Je suis un Dieu caché. Dieu vit à jamais parce que les hommes doutent de lui.""Ce qui m'est ôté par Darwin m'est rendu par Einstein." "Je danse avec le monde. On peut toujours me mettre dehors et me jeter à la porte. Voilà que je rentre par la fenêtre."

 

La seconde partie du livre est intitulée : "Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?"

Une longue interrogation qui débute par un hymne à la vie : "Le monde est beau." Le lecteur retrouvera le Jean d'O connu, qui se raconte, qui confesse la chance qu'il a eue mais continue la réflexion entamée dans la première partie.

 

Le début de son interrogation sur le monde, il l'appelle un coup de foudre, un jour d'été, sur la plage : "Qu'est-ce que je fais là ?"  

 

Suivra un long développement sur le sens de la vie, la mort, le temps, l'amour, l'histoire,  l'existence de Dieu.

 

"Je ne sais pas si Dieu existe mais, depuis toujours, je l'espère avec force. Parce qu'il faudrait qu'existe tout de même ailleurs quelque chose qui ressemble d'un peu plus près que chez nous à une justice et à une vérité que nous ne cessons de rechercher, que nous devons poursuivre et que nous n'atteindrons jamais. De temps en temps, je l'avoue, le doute l'emporte sur l'espérance. Et, de temps en temps, l'espérance l'emporte sur le doute. Ce cruel état d'incertitude, cette "fluctuatio animi" pour parler comme Spinoza, ne durera pas toujours. Grâce à Dieu, je mourrai." "Je mourrai. J'aurai vécu. Je me suis souvent demandé ce que j'avais fait de cette vie. La réponse était assez claire : je l'ai aimée."

 

Le livre est sous-titré "roman" Jean d'Ormesson en donne l'explication : "L'univers tout entier, avec tout ce qu'il contient, est un roman fabuleux. C'est pour cette raison, et non pour attirer le chaland, que les pages que vous lisez se présentent sous la rubrique : roman."

 

Jean d'Ormesson, dans sa longue quête du sens de l'univers, rejoint Einstein qui disait : "Ce qui est incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible." Ou encore : "La plus belle expérience que nous pouvons faire est celle du mystère."

 

Un très beau livre. De l'érudition sans pédanterie. Un raisonnement rigoureux. De la sincérité. Même sur la possible existence de Dieu, l'auteur évite les clichés. Admiration, enthousiasme, gaieté, Jean d'Ormesson reste, dans ce livre sérieux, le romancier que j'ai aimé.

 

Pour terminer, cet aveu émouvant : "Je doute en Dieu." "Je ne sais pas si ce livre est bon ni s'il aura changé, si peu que ce soit mes lecteurs. Il m'a changé, moi. Il m'a guéri de mes souffrances et de mes égarements. Il m'a donné du bonheur, une espèce de confiance et la paix. Il m'a rendu l'espérance."

 

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