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28/10/2010

PASCAL BRUCKNER.

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Pascal Bruckner est né à Paris le 15 décembre 1948. Romancier et essayiste, il a enseigné dans les universités américaines. Il est maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris et collabore au Nouvel Observateur et au Monde.

 

"La tentation de l'innocence" a obtenu le Prix Médicis en 1995. Ont suivi "L'euphorie perpétuelle ou le devoir de bonheur" en 2000 , "Misère de la prospérité" ( Prix du meilleur livre d'économie, prix Aujourd'hui 2002), "La tyrannie de la pénitence" en 2006 et "Le paradoxe amoureux"  en 2009.

(voir mon billet du 27 août 2009).

 

LE MARIAGE D'AMOUR A-T-IL ECHOUE ?

 

Le premier chapitre du livre en donne la synthèse : "La révolte contre le mariage d'autrefois se marque par une inversion des priorités : il était d'intérêt ou de raison, il sera d'inclination. (...)Il  était chaste, il sera voluptueux pour les deux sexes.  (...) Contraint, il sera libre. Il marquait une rupture, il est précédé désormais d'une période plus ou moins longue de vie commune à l'essai. Il était l'école du renoncement, il se veut la porte d'entrée de l'épanouissement personnel. Il nécessitait l'accord des familles, il se moque maintenant de leur veto même s'il préfère encore leur approbation."

 

Le thème posé, Pascal Bruckner va le développer dans son essai. Détour historique d'abord. Le mariage d'amour n'existe que depuis une quarantaine d'années. Et la route a été longue. Combat de Balzac, Stendhal, Hugo, Léon Blum contre la chasteté obligatoire des jeunes filles. Il faudra pourtant plus d'un siècle après Balzac pour que les sociétés occidentales admettent la réalité de l'Eros féminin.

 

En 1664, le poète anglais John Milton défend l'idée que l'union maritale peut être suspendue en cas de mésintelligence grave. Il sera suivi par les meilleurs esprits des Lumières : Diderot, Montesquieu, Voltaire. En 1792, le citoyen Cailly à l'Assemblée nationale défend le divorce, mais paradoxe, comme sauveur du mariage : "Le divorce rendra au mariage sa dignité; il écartera le scandale des séparations; il tarira la source des haines; il leur fera succéder l'amour et la paix."

 

Ces prévisions optimistes ont été démenties. Le nombre de mariages a décliné depuis quarante ans alors que le taux de divorces a explosé. Ce sont surtout les femmes qui rompent ayant acquis leur indépendance financière.

 

Dans le chapitre intitulé "De l'amour interdit à l'amour obligatoire" j'ai retrouvé l'auteur de "L'euphorie perpétuelle ou le devoir du bonheur". Même raisonnement pour le mariage d'amour : "Hier empêché, voici l'amour encensé, devenu impératif. On est passé d'un dogme à l'autre : l'union d'affaires est désormais prohibée, hors de la réciprocité des émois, point de salut !"

 

L'auteur va nuancer ses propos. Mais il insiste : "Nulle nécessité de s'adorer au sens canonique du terme pour vivre côte à côte; il suffit de s'apprécier, de partager les mêmes goûts, de chercher tout le bonheur possible à partir d'une coexistence harmonieuse".

 

Bien entendu, le mariage d'amour est compatible avec la définition qu'il donne d'une union heureuse. Mais, il est vrai, que ceux qui attendent trop du mariage d'amour "plénitude et volupté"  seront enclins à y mettre fin contre les intérêts les plus élémentaires. Selon les statistiques, la perte de revenus lors d'une séparation serait de 15 à 20 % pour chacun des conjoints. Et que dire de ce que Pascal Bruckner appelle les abandons abjects comme de quitter une compagne en proie à une maladie grave ou encore de quitter l'épouse avec qui on a tout partagé pour une plus jeune...

 

Pascal Bruckner souligne un autre paradoxe de notre société : le succès du Pacs, à l'origne destiné aux homosexuels qui devient presque l'équivalent des fiançailles. Peur de s'engager, dit l'auteur. Et d'ajouter :  "Notre embarras lexical lorqu'il s'agit de présenter aux autres la personne avec laquelle nous vivons sans être marié est révélateur : compagne, compagnon, amie, fiancé, amoureux, tous ces termes qui ressortissent aux registres de l'euphémisme, de la pudeur disent notre difficulté à penser en dehors du lien conjugal au moment où nous semblons le récuser."

 

L'auteur lance un plaidoyer pour les enfants, parfois victimes innocentes du divorce de leurs parents. "La liberté dont nous jouissons de nos jours implique une responsabilité accrue. Une fois désunis, les parents doivent s'entendre assez pour ne pas rater leur divorce : se partager l'éducation des descendants, tisser pour eux un filet de sécurité, voire assumer la logistique d'une famille recomposée avec ses risques d'allergie mutuelle."

 

Il ne faut pas se fier au titre du livre, provocateur, pour en déduire que le mariage d'amour a échoué. Mais, je crois qu'il est bon qu'un essayiste nous rappelle que "construire un couple sur la seule base du coeur, c'est bâtir sur le sable" Ou encore : "Le bonheur conjugal, c'est l'art du possible et non l'exaltation de l'impossible, c'est le plaisir de construire un monde commun à deux."

 

Comme toujours, Pascal Bruckner combat l'idéologie dominante. Il rappelle que le mariage ancien, dit de raison, pouvait être une réussite. Mais, il est vrai, que la littérature en a tracé un portrait très sombre. Ainsi, par exemple, François Mauriac dans Thérèse Desqueyroux parle "des barreaux vivants d'une famille".

 

Pascal Bruckner dit clairement que le mariage forcé est insupportable. Mais ce qu'il combat, c'est le nouveau dogme : attendre tout de l'amour-passion considéré presque comme un droit.

 

J'ai retrouvé dans cet essai, l'auteur qui nous disait : "Nous constituons probablement les premières sociétés dans l'histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux."

 

20/10/2010

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

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Philosophe français, il est né le 12 mars 1962, à Paris. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, il a été l'élève et l'ami de Louis Althusser. Maître de conférence à la Sorbonne, il a démissionné en 1998 pour se consacrer uniquement à l'écriture et à des conférences. Il est membre du Comité consultatif national d'éthique. (Oeuvre : voir billet du 13 août 2009).

 

LE GOUT DE VIVRE  et cent autres propos.

 

Ce livre paru en 2010, chez Albin Michel est, à mon avis, celui où l'auteur se livre le plus. Il s'agit d'articles parus dans différentes revues. Dans son avant-propos, il explique pourquoi il a cru bon de les rassembler dans un recueil.  "En ces temps où les plaisirs sont rares, comme disait Alain, il m'a paru que c'était une raison suffisante pour faire un livre."

 

Je dirai tout de suite que le titre est un peu "marketing", un chapitre est consacré au goût de vivre, mais l'auteur aborde des sujets très variés où le lecteur retrouvera, c'est vrai, comme un fil rouge, son amour de la vie.

 

Thèmes variés, en effet, parfois inspirés par l'actualité ou plus généraux. Je citerai : Limites de la morale. Jeunesse et sécurité. Fin de l'histoire ? Jalousie. Changer la vie. Immigration. Humanité. Sécurité. Le bonheur de désirer. La morale et l'éthique. Les droits de l'homme. Euthanasie. Qu'est-ce que la vérité ? L'amour. L'esprit de la laïcité. Le sens de la vie. Le risque de vie. 101 articles, courts mais denses. Comme d'habitude, l'auteur cite beaucoup ses philosophes préférés : Montaigne, Spinoza, Pascal, Alain et  d'autres, mais moins abondamment peut-être que dans ses autres livres puisqu'il est limité par la longueur de l'article.

 

Dans Qu'est-ce qu'un salaud ? il en donne une définition, qui me laisse perplexe. Il commence par une distinction entre un "méchant" et un "salaud". Pour lui, le méchant veut le mal pour le mal; le salaud est celui qui fait du mal à autrui pour son bien à soi. Ainsi, dit-il, le salaud met l'amour de soi plus haut que la morale et éprouve du plaisir à faire le mal. Aussi, déborde-t-il de haine , d'insensibilité à la souffrance d'autrui : "tous les salauds sont de mauvaise foi, qui ne cessent de se trouver des justifications ou des excuses. (...) C'est un égoïste qui a bonne conscience, qui est persuadé d'être un type bien, et que le salaud, en conséquence, c'est l'autre. C'est pourquoi il s'autorise le pire, au nom du meilleur ou de soi – d'autant plus salaud qu'il se croit justifié à l'être, et pense donc ne l'être pas."

 

J'ai dit ma perplexité. Si je prends sa définition à la lettre, la terre est remplie de salauds. Or, c'est un terme fort, un mot qu'on utilisera peut-être, dans un mouvement de colère, envers celui qui vous a fait du mal. Un exemple pour illustrer ma perplexité. Les Politiques sont enclins à envoyer des phrases assassines à leurs adversaires. Leur haine est parfois tellement forte qu'elle franchit mon écran de télévision. Mais, je ne les considérerai pas comme des salauds même s'ils sont parfois de mauvaise foi ou peu enclins à défendre le bien commun.

 

Un article intitulé "Père" est consacré à l'amour des enfants. Il rejoint un peu Luc Ferry mais avec une différence essentielle, il n'en fait pas un  nouveau système philosophique. "Ce que je sais, c'est que mes enfants sont le plus grand amour que j'aie jamais vécu, et que je mets l'amour plus haut que tout , comme tout un chacun."

 

L'article consacré à "Montaigne" est très intéressant. Son scepticisme est, d'après l'auteur, une lucidité. "Il ne renonce pas à chercher le vrai; il renonce à la certitude de le connaître". (...) Montaigne apprend à juger par soi-même, et pour soi-même, sans prétendre imposer aux autres les valeurs qu'on respecte ou le bien qu'on poursuit."

 

Quelques citations sur la politique. Dans son article sur le "Stoïcisme" il affirme : la politique n'est pas l'art de faire rêver mais l'art d'agir, et de faire agir. Elle porte donc sur ce qui dépend de nous : elle est affaire non d'espérance mais de volonté." Mais il ajoute : "Méfions-nous des prophètes ou des démagogues, qui ne savent insuffler que des rêves". Plus étrange : "On ne vote pas sur le vrai et le faux. (...! On ne vote pas non plus sur le bien et le mal." Il me semble pourtant que les Politiques attachent beaucoup d'importance à leurs "valeurs" et nous persuadent toujours qu'ils sont seuls à défendre la "vérité"...

 

Tout autre chose : "Philosopher à la française". L'auteur relève comme une spécificité française l'importance accordée à la langue. Montaigne, Descartes, Pascal sont de grands écrivains." Ils s'adressent au grand public et se donnent les moyens d'en être compris. De là cette fameuse clarté française, que Nietzche se plaisait à célébrer."

 

Je disais que ce livre nous apprend beaucoup sur l'auteur. Son amour de la musique, par exemple. Sa rencontre avec Beethoven, à vingt-deux ans, lui, qui à l'époque n'était intéressé que par la politique, l'amitié, l'amour, la philosophie. Il découvrira aussi Mozart, Schumann, Schubert et d'autres avec une conviction : "L'art va plus vite ou plus profond. Il ne donne à penser qu'en donnant à ressentir, à aimer, à admirer. C'est une leçon de morale, autant ou davantage que d'esthétique. C'est pourquoi c'est une leçon, aussi, de philosophie

 

André Comte-Sponville est un philosophe comme on en connaît peu. Son érudition est grande, mais son humanité, sa préoccupation des autres, ses recherches sur le bonheur, son étude des religions, lui, athée, en fait un philosophe pas comme les autres, quelqu'un dont nous pouvons être très proches.

 

En parlant du goût de vivre :

 

"Ainsi la vérité est à la fois la norme, à quoi il faut d'abord se soumettre. Le bonheur est le but, qui ne nous sera donné, s'il peut l'être que par surcroît : c'est en cherchant la vérité qu'on trouvera le bonheur, non en cherchant le bonheur qu'on trouvera la vérité."

14/10/2010

DE LA MEFIANCE.

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"Le méfiant est incapable de se fier à quiconque, y compris à ceux qui le mériteraient." (André Comte-Sponville. Dictionnaire philosophique.)

 

Je crois pouvoir dire que la méfiance n'a jamais été aussi présente dans notre pays que ces derniers mois. Elle touche aussi bien les politiques que les citoyens. Ceux qui font la politique, comme ceux qui la subissent.

 

Après son stop des négociations, Bart De Wever est chargé par le Roi d'une mission de clarification, très encadrée dans l'objet et le temps. Après avoir déclaré que ce que le Roi déciderait serait "bien", Joëlle Milquet, dès l'annonce royale, s'exprimait de manière péremptoire dans un entretien accordé à la DH : "Il n'y a rien à clarifier, tout est sur la table, les problèmes comme les chemins de solution." Et d'y aller d'un coup de patte à Bart De Wever et à Didier Reynders. Comme respect d'une mission royale, il y a mieux !

 

Cette semaine, Bart De Wever poursuit sa mission et fera donc rapport au roi, lundi, comme prévu. Et avant même qu'il n'entame sa mission, sur le plateau du "Zevende dag", les partis flamands n'étaient pas très optimistes. Mission difficile. (Jan Jambon, N-VA). Faible chance de succès. (Bruno Tobback, SP.A). PS et N-VA doivent rétablir la confiance afin que les discussions puissent reprendre sur le contenu. (Servais Verstraeten, CD&V) Le Roi voit les choses d'une façon et la NV-A les voit autrement. Nous demandons que De Wever joue enfin cartes sur table et qu'il dise où il veut aller. (Patrick Dewael, libéral). (D'après un article de La Libre du 10 octobre).

 

Chez les Francophones, toute l'attention a été portée sur la rentrée parlementaire, le vote possible de la scission de BHV et surtout sur la rentrée médiatique d'Elio Di Rupo. Le rejet des libéraux reste total mais ils sont invités à chercher avec les autres partis une position commune pour un vote éventuel flamand de la scission de BHV. Fort de café, je trouve. Quatre mois sans aucun contact, des accusations graves comme celle d'avoir fait capoter les négociations, Elio Du Rupo allant même jusqu'à déclarer, du ton solennel qui lui est habituel,  que le climat avait changé après la rencontre des libéraux avec De Wever dans un restaurant ! Grotesque mais révélateur : à défaut d'être cru, j'aurai semé le doute. Navrant.

 

Le plus grave n'est pas là, mais dans l'officialisation par le président du parti socialiste du plan B. Annoncé, comme on le sait, par ses lieutenants pour préparer le terrain, il pouvait y aller fort. Cela vaut la peine de le citer : "La N-VA ne serait pas capable de compromis. Si un ou plusieurs partis flamands venaient à réclamer l'indépendance de la Flandre, il faudrait interroger la population à ce sujet. (Sic!) La Belgique nous appartient, elle serait composée de la Wallonie et de Bruxelles et les habitants des six communes à facilités seraient interrogés sur leur volonté." Cela s'appelle "franchir la ligne rouge". Même si ces propos ont été nuancés (hum !) par un timide "ce n'est pas notre souhait".

 

Méfiance envers les partis flamands, méfiance envers les libéraux et paradoxalement, affirmation d'un espoir de voir les négociations aboutir.

 

Que veulent vraiment les socialistes ? Un petit tour sur le site de l'Institut Emile Vandervelde a renforcé mon interrogation.

 

Les socialistes y apparaissent comme les continuateurs du Mouvement populaire wallon, fondé par André Renard, en mars 1961. L'appel du 1er mai 1969, de Léo Collard, président du parti socialiste, pour un rassemblement des progressistes est, d'après leur littérature, à la base du "Pôle des gauches" d'Elio Di Rupo, en 2002. Et très clairement, ils précisent : "Aujourd'hui, nombre d'observateurs de la vie politique considèrent la mise en place de coalitions de type "olivier" PS-ECO-CDH mise en oeuvre pour la première fois en Région Bruxelles-Capitale en 2004 et étendue au lendemain du scrutin de juin 2009 pourrait être considérée comme une suite logique du mouvement de fond, annoncé par Léo Collard."

 

Rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui ? "Charles Picqué et Rudy Demotte l'ont encore rappelé avec force, en avril 2008, dans un plaidoyer commun pour une Fédération Wallonie-Bruxelles."

 

Est-ce que je fais un procès d'intention aux socialistes en imaginant que le plan B, une Belgique résiduelle, dominée par les socialistes, leur plairait bien ? Déjà, ce n'est plus de la science-fiction...

 

Les sondages sont pourtant éloquents, au nord comme au sud, les citoyens ne se déclarent pas pour l'indépendance de la Wallonie ou de la Flandre. Pourquoi alors, en pleine crise, cette insistance sur l'indépendance possible de la Flandre et, par voie de conséquence logique, de la Wallonie ?

 

Je ne crois pas au "il faut se préparer au cas où". Je constate que les médias parlent de plus en plus de ce plan B en termes positifs. Que les études sur sa viabilité se multiplient, venant toujours d'économistes socialistes ! Qu'il est suivi attentivement à l'étranger, avec des dégâts impossibles à évaluer.

 

Je suis amère car ce n'est pas cela que je souhaite pour mon pays. Je suis amère car j'ai l'impression d'une vaste manipulation de l'opinion. Je suis amère car évoquer des plans catastrophes n'aide pas à trouver des solutions à une crise aussi difficile que celle que nous vivons.

 

La démocratie, disent-ils, est le respect du résultat des élections. Pour moi, ce n'est vrai que quand les partis défendent ce qu'ils ont mis dans leur programme.

 

Heureusement, je sais que la scission de la Belgique serait difficile, voire impossible à négocier. Alors pourquoi tout ce cirque ?

 

09/10/2010

MISSION ROYALE PARADOXALE.

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Depuis que Bart De Wever a quitté la table des négociations, plusieurs hypothèses circulaient. Certains estimaient qu'il était logique que le souverain lui confie une mission ; d'autres, socialistes surtout, préféraient Johan Vande Lanotte, socialiste comme eux et qui leur inspirait plus de confiance.

 

En effet, la méfiance est telle que Bart De Wever, qui n'arrête pas de monter dans les sondages, devient un épouvantail pour les Francophones. Ils disent maintenant, je cite l'article de V. de W. dans La libre d'aujourd'hui : "Les Francophones gardent un mauvais souvenir de sa mission d'information, une mission qu'il avait conduite à la lègère." Bizarre ce peu de mémoire. Dans sa conférence de presse, Elio Di Rupo avait trouvé "remarquable" le travail d'informateur de Bart De Wever, ce qui m'avait d'ailleurs étonnée, car pour moi, il s'était contenté d'écouter et de prendre des notes... (voir mon billet du 31 août.) Trois mois ont passé et comme on le sait, ce n'est plus le grand amour entre Bart et Elio....

 

Le roi a finalement décidé de confier à Bart De Wever une mission de clarification, très encadrée, puis qu'il s'agit de rapprocher les points de vue avec les sept partis qui étaient autour de la table, en dix jours ! C'est bien un paradoxe. Bart De Wever quitte les négociations et sa conférence de presse est très claire : "Cette histoire est au bout, reconnaissons-le. Arrêtons de patauger, il n'y a pas de temps à perdre. (...) Nous devons effacer le tableau, mettre les compteurs à zéro et essayer une nouvelle histoire. Faisons cela à visage découvert, sans tabous, ni au niveau du contenu, ni au niveau de la formule. Je serai disponible si l'on estime que c'est souhaitable." La mission que le roi lui confie ne va pas vraiment dans ce sens. Comme le titre Le Soir : "Le palais a écouté la voix de la majorité."

 

Après l'arrêt des négociations, les Francophones avaient réagi violemment : "Pas question de partir d'une feuille blanche. Pas question d'ouvrir la négociation aux libéraux. La méthode d'Elio Di Rupo était la bonne." Et cerise sur le gâteau, Laurette Onkelinx, ne craignait pas de clamer : Bart De Wever ment. Sur quoi ? Mystère. J'aurais voulu en savoir plus... En tous cas, la méfiance semblait s'installer pour un bon moment. 

 

Et voilà bien le paradoxe : le roi nomme Bart De Wever "clarificateur" mais avec l'obligation de s'en tenir aux sept partis. Victoire apparente des Francophones, car la NVA n'hésitera pas à affirmer que Bart De Wever verrait qui il veut..."

 

Cette dernière déclaration va susciter des commentaires, avec l'éternelle question : "Mais que veut-il vraiment ?" et les suppositions récurrentes sur sa capacité de faire un compromis ou sa volonté d'en faire un.

 

Je n'en dirai pas plus. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que la crise est gérée bien plus par "l'égo" des hommes politiques, que par des hommes d'état qui chercheraient vraiment ce qui est le mieux pour tous.

 

Un peu d'humour en ces jours sombres :

 

"La politique est plus dangereuse que la guerre... A la guerre,vous ne pouvez être tué qu'une seule fois. En politique, plusieurs fois." (Winston Churchill).

  

06/10/2010

JEU DE POKER.

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"Le monde est un enfant qui joue." (Alexandre Adler).

 

Comment ne pas penser à ce titre d'un ouvrage d'Alexandre Adler en regardant ce qui se passe actuellement dans notre pays ?

 

Plus de trois mois après les élections, Bart De Wever met unilatéralement fin aux négociations. Procédé inhabituel, discutable, puisque logiquement, il devait faire part de son intention aux médiateurs royaux. Sa conférence de presse a été jugée de diverses manières. Ce qui m'a frappé, c'est le langage simple, fleuri, très différent des discours des politiques. Les phrases : "Je reste disponible" ou encore "La Belgique peut encore être gouvernée malgré cela"  ont suscité commentaires et interrogations. Les prochains jours nous en donneront peut-être la clé.

 

Les réactions des négociateurs wallons ont été très vives. Scandaleux, irresponsable ! De Wever est incapable de faire des compromis et il ment !

 

Observateur extérieur, je vois mal comment juger si Bart De Wever a dit ou non la vérité sur les négociations puisque je ne sais ni ce qui a vraiment été négocié, ni ce qui a été accepté. Je ne connais que ce qui a été dit des dizaines de fois : le climat est serein, nous sommes proches d'un accord, blocage sur la loi de financement mais pas insurmontable etc.

 

Beaucoup ont loué le principe de discrétion adapté pour la réussite des négociations. J'ai déjà dit que je le trouvais antidémocratique. Envisager une Belgique complètement différente, parler de transferts de compétences vers les régions d'un montant de 20 millards valaient, me semble-t-il, au moins quelques explications à tous les citoyens.

 

La conférence de presse d'Elio Di Rupo, vantant la réforme copernicienne, affirmant :  "Vu les résultats des élections en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l'Etat fédéral vers les entités fédérées" m'avait laissée sans voix. C'était donc si grave. Ce chamboulement du pays était justifié par la victoire électorale d'un parti ! Et de plus, sans que les partis francophones, y compris le PS, n'ait fait campagne sur la nécessité de ce qu'ils appellent : "Une Belgique moderne, qui fonctionnera mieux".

 

J'étais sceptique sur le bien fondé de cette transformation du pays et tout ce qui a pu filtrer des négociations a renforcé mon scepticisme. Comment allait-on financer ces transferts ? Qu'allait devenir l'Etat fédéral ? Quid de la dette ? Comment imaginer qu'aucune entité fédérée ne serait appauvrie ?

 

Et comme si cela ne suffisait pas, les rares informations qui me parvenaient concernaient les concessions énormes, étonnantes même aux yeux des Flamands, faites par les Francophones. Impossible bien sûr de reprendre les déclarations des uns et des autres, tellement de choses ont été dites ! Un mot tout de même sur la possibilité de la scission de la Belgique envisagée par les socialistes, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, a suscité une telle panique qu'ils ont été obligés de nuancer leurs propos. Mais c'était dit et beaucoup de Wallons, qui en avaient vraiment marre de ces négociations qui n'en finissaient pas, arrivaient à dire, contre toute logique, que l'indépendance était peut-être la solution.

 

Le mal est fait. Même si, comme l'affirme Bart De Wever, on pouvait repartir d'une feuille blanche, les négociations laisseront des traces indélébiles.

 

Bien malin serait celui qui, actuellement,  pourrait prédire l'avenir. Les médiateurs, qui ont bien dû constater leur échec, parlent de leur travail comme pouvant servir plus tard. Mais j'ai pu constater qu'André Flahaut et Danny Pieters n'étaient pas sur la même longueur d'onde.

 

Le PS, le CDH et ECOLO nous resservent le discours du bon travail qu'ils ont effectué et d'une même voix affirment que personne n'aurait ou ne pourrait faire mieux. Le hic c'est que je ne sais toujours pas ce qu'ils avaient accepté du programme de la N-VA choisi par Elio Di Rupo comme base de discussion.

 

Un autre discours récurrent est le rejet du MR. Affirmer, comme le font certains, que sa connivence avec Bart De Wever serait à l'origine de l'échec, est malhonnête. Dire constamment que pour être au pouvoir, le MR est capable de tout, devient agaçant. Je pourrais rappeler tout ce qu'a fait Elio Di Rupo pour être Premier ministre... 

 

Je comprends l'amertume des négociateurs qui ont cru à la réussite et y ont consacré beaucoup d'énergie. Mais j'aurais préféré un autre schéma. Qu'ils se penchent sur le Fédéral plutôt que sur les régions, qu'ils ne prennent pas comme "bible" le programme flamand, qu'ils réfléchissent qu'un état fédéral peut, et ce serait logique, comporter quatre régions ayant les mêmes compétences plutôt que deux blocs qui apparaissent comme deux états. Ce n'est pas ce que souhaite Bart De Wever ? Sans doute, mais qui doivent-ils défendre les Wallons ou les Flamands ? S'ils s'érigent en défenseurs des Bruxellois, alors qu'ils tiennent compte de leurs désirs propres, de ne vouloir ni une tutelle flamande, ni une tutelle wallonne.

 

Sortir de la crise sera difficile. Je fais le souhait qu'elle servira à ouvrir les yeux de ceux qui ont cru, trop facilement, que d'aller de concessions en concessions, était la seule issue.