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28/10/2010

PASCAL BRUCKNER.

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Pascal Bruckner est né à Paris le 15 décembre 1948. Romancier et essayiste, il a enseigné dans les universités américaines. Il est maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris et collabore au Nouvel Observateur et au Monde.

 

"La tentation de l'innocence" a obtenu le Prix Médicis en 1995. Ont suivi "L'euphorie perpétuelle ou le devoir de bonheur" en 2000 , "Misère de la prospérité" ( Prix du meilleur livre d'économie, prix Aujourd'hui 2002), "La tyrannie de la pénitence" en 2006 et "Le paradoxe amoureux"  en 2009.

(voir mon billet du 27 août 2009).

 

LE MARIAGE D'AMOUR A-T-IL ECHOUE ?

 

Le premier chapitre du livre en donne la synthèse : "La révolte contre le mariage d'autrefois se marque par une inversion des priorités : il était d'intérêt ou de raison, il sera d'inclination. (...)Il  était chaste, il sera voluptueux pour les deux sexes.  (...) Contraint, il sera libre. Il marquait une rupture, il est précédé désormais d'une période plus ou moins longue de vie commune à l'essai. Il était l'école du renoncement, il se veut la porte d'entrée de l'épanouissement personnel. Il nécessitait l'accord des familles, il se moque maintenant de leur veto même s'il préfère encore leur approbation."

 

Le thème posé, Pascal Bruckner va le développer dans son essai. Détour historique d'abord. Le mariage d'amour n'existe que depuis une quarantaine d'années. Et la route a été longue. Combat de Balzac, Stendhal, Hugo, Léon Blum contre la chasteté obligatoire des jeunes filles. Il faudra pourtant plus d'un siècle après Balzac pour que les sociétés occidentales admettent la réalité de l'Eros féminin.

 

En 1664, le poète anglais John Milton défend l'idée que l'union maritale peut être suspendue en cas de mésintelligence grave. Il sera suivi par les meilleurs esprits des Lumières : Diderot, Montesquieu, Voltaire. En 1792, le citoyen Cailly à l'Assemblée nationale défend le divorce, mais paradoxe, comme sauveur du mariage : "Le divorce rendra au mariage sa dignité; il écartera le scandale des séparations; il tarira la source des haines; il leur fera succéder l'amour et la paix."

 

Ces prévisions optimistes ont été démenties. Le nombre de mariages a décliné depuis quarante ans alors que le taux de divorces a explosé. Ce sont surtout les femmes qui rompent ayant acquis leur indépendance financière.

 

Dans le chapitre intitulé "De l'amour interdit à l'amour obligatoire" j'ai retrouvé l'auteur de "L'euphorie perpétuelle ou le devoir du bonheur". Même raisonnement pour le mariage d'amour : "Hier empêché, voici l'amour encensé, devenu impératif. On est passé d'un dogme à l'autre : l'union d'affaires est désormais prohibée, hors de la réciprocité des émois, point de salut !"

 

L'auteur va nuancer ses propos. Mais il insiste : "Nulle nécessité de s'adorer au sens canonique du terme pour vivre côte à côte; il suffit de s'apprécier, de partager les mêmes goûts, de chercher tout le bonheur possible à partir d'une coexistence harmonieuse".

 

Bien entendu, le mariage d'amour est compatible avec la définition qu'il donne d'une union heureuse. Mais, il est vrai, que ceux qui attendent trop du mariage d'amour "plénitude et volupté"  seront enclins à y mettre fin contre les intérêts les plus élémentaires. Selon les statistiques, la perte de revenus lors d'une séparation serait de 15 à 20 % pour chacun des conjoints. Et que dire de ce que Pascal Bruckner appelle les abandons abjects comme de quitter une compagne en proie à une maladie grave ou encore de quitter l'épouse avec qui on a tout partagé pour une plus jeune...

 

Pascal Bruckner souligne un autre paradoxe de notre société : le succès du Pacs, à l'origne destiné aux homosexuels qui devient presque l'équivalent des fiançailles. Peur de s'engager, dit l'auteur. Et d'ajouter :  "Notre embarras lexical lorqu'il s'agit de présenter aux autres la personne avec laquelle nous vivons sans être marié est révélateur : compagne, compagnon, amie, fiancé, amoureux, tous ces termes qui ressortissent aux registres de l'euphémisme, de la pudeur disent notre difficulté à penser en dehors du lien conjugal au moment où nous semblons le récuser."

 

L'auteur lance un plaidoyer pour les enfants, parfois victimes innocentes du divorce de leurs parents. "La liberté dont nous jouissons de nos jours implique une responsabilité accrue. Une fois désunis, les parents doivent s'entendre assez pour ne pas rater leur divorce : se partager l'éducation des descendants, tisser pour eux un filet de sécurité, voire assumer la logistique d'une famille recomposée avec ses risques d'allergie mutuelle."

 

Il ne faut pas se fier au titre du livre, provocateur, pour en déduire que le mariage d'amour a échoué. Mais, je crois qu'il est bon qu'un essayiste nous rappelle que "construire un couple sur la seule base du coeur, c'est bâtir sur le sable" Ou encore : "Le bonheur conjugal, c'est l'art du possible et non l'exaltation de l'impossible, c'est le plaisir de construire un monde commun à deux."

 

Comme toujours, Pascal Bruckner combat l'idéologie dominante. Il rappelle que le mariage ancien, dit de raison, pouvait être une réussite. Mais, il est vrai, que la littérature en a tracé un portrait très sombre. Ainsi, par exemple, François Mauriac dans Thérèse Desqueyroux parle "des barreaux vivants d'une famille".

 

Pascal Bruckner dit clairement que le mariage forcé est insupportable. Mais ce qu'il combat, c'est le nouveau dogme : attendre tout de l'amour-passion considéré presque comme un droit.

 

J'ai retrouvé dans cet essai, l'auteur qui nous disait : "Nous constituons probablement les premières sociétés dans l'histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux."

 

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