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14/10/2010

DE LA MEFIANCE.

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"Le méfiant est incapable de se fier à quiconque, y compris à ceux qui le mériteraient." (André Comte-Sponville. Dictionnaire philosophique.)

 

Je crois pouvoir dire que la méfiance n'a jamais été aussi présente dans notre pays que ces derniers mois. Elle touche aussi bien les politiques que les citoyens. Ceux qui font la politique, comme ceux qui la subissent.

 

Après son stop des négociations, Bart De Wever est chargé par le Roi d'une mission de clarification, très encadrée dans l'objet et le temps. Après avoir déclaré que ce que le Roi déciderait serait "bien", Joëlle Milquet, dès l'annonce royale, s'exprimait de manière péremptoire dans un entretien accordé à la DH : "Il n'y a rien à clarifier, tout est sur la table, les problèmes comme les chemins de solution." Et d'y aller d'un coup de patte à Bart De Wever et à Didier Reynders. Comme respect d'une mission royale, il y a mieux !

 

Cette semaine, Bart De Wever poursuit sa mission et fera donc rapport au roi, lundi, comme prévu. Et avant même qu'il n'entame sa mission, sur le plateau du "Zevende dag", les partis flamands n'étaient pas très optimistes. Mission difficile. (Jan Jambon, N-VA). Faible chance de succès. (Bruno Tobback, SP.A). PS et N-VA doivent rétablir la confiance afin que les discussions puissent reprendre sur le contenu. (Servais Verstraeten, CD&V) Le Roi voit les choses d'une façon et la NV-A les voit autrement. Nous demandons que De Wever joue enfin cartes sur table et qu'il dise où il veut aller. (Patrick Dewael, libéral). (D'après un article de La Libre du 10 octobre).

 

Chez les Francophones, toute l'attention a été portée sur la rentrée parlementaire, le vote possible de la scission de BHV et surtout sur la rentrée médiatique d'Elio Di Rupo. Le rejet des libéraux reste total mais ils sont invités à chercher avec les autres partis une position commune pour un vote éventuel flamand de la scission de BHV. Fort de café, je trouve. Quatre mois sans aucun contact, des accusations graves comme celle d'avoir fait capoter les négociations, Elio Du Rupo allant même jusqu'à déclarer, du ton solennel qui lui est habituel,  que le climat avait changé après la rencontre des libéraux avec De Wever dans un restaurant ! Grotesque mais révélateur : à défaut d'être cru, j'aurai semé le doute. Navrant.

 

Le plus grave n'est pas là, mais dans l'officialisation par le président du parti socialiste du plan B. Annoncé, comme on le sait, par ses lieutenants pour préparer le terrain, il pouvait y aller fort. Cela vaut la peine de le citer : "La N-VA ne serait pas capable de compromis. Si un ou plusieurs partis flamands venaient à réclamer l'indépendance de la Flandre, il faudrait interroger la population à ce sujet. (Sic!) La Belgique nous appartient, elle serait composée de la Wallonie et de Bruxelles et les habitants des six communes à facilités seraient interrogés sur leur volonté." Cela s'appelle "franchir la ligne rouge". Même si ces propos ont été nuancés (hum !) par un timide "ce n'est pas notre souhait".

 

Méfiance envers les partis flamands, méfiance envers les libéraux et paradoxalement, affirmation d'un espoir de voir les négociations aboutir.

 

Que veulent vraiment les socialistes ? Un petit tour sur le site de l'Institut Emile Vandervelde a renforcé mon interrogation.

 

Les socialistes y apparaissent comme les continuateurs du Mouvement populaire wallon, fondé par André Renard, en mars 1961. L'appel du 1er mai 1969, de Léo Collard, président du parti socialiste, pour un rassemblement des progressistes est, d'après leur littérature, à la base du "Pôle des gauches" d'Elio Di Rupo, en 2002. Et très clairement, ils précisent : "Aujourd'hui, nombre d'observateurs de la vie politique considèrent la mise en place de coalitions de type "olivier" PS-ECO-CDH mise en oeuvre pour la première fois en Région Bruxelles-Capitale en 2004 et étendue au lendemain du scrutin de juin 2009 pourrait être considérée comme une suite logique du mouvement de fond, annoncé par Léo Collard."

 

Rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui ? "Charles Picqué et Rudy Demotte l'ont encore rappelé avec force, en avril 2008, dans un plaidoyer commun pour une Fédération Wallonie-Bruxelles."

 

Est-ce que je fais un procès d'intention aux socialistes en imaginant que le plan B, une Belgique résiduelle, dominée par les socialistes, leur plairait bien ? Déjà, ce n'est plus de la science-fiction...

 

Les sondages sont pourtant éloquents, au nord comme au sud, les citoyens ne se déclarent pas pour l'indépendance de la Wallonie ou de la Flandre. Pourquoi alors, en pleine crise, cette insistance sur l'indépendance possible de la Flandre et, par voie de conséquence logique, de la Wallonie ?

 

Je ne crois pas au "il faut se préparer au cas où". Je constate que les médias parlent de plus en plus de ce plan B en termes positifs. Que les études sur sa viabilité se multiplient, venant toujours d'économistes socialistes ! Qu'il est suivi attentivement à l'étranger, avec des dégâts impossibles à évaluer.

 

Je suis amère car ce n'est pas cela que je souhaite pour mon pays. Je suis amère car j'ai l'impression d'une vaste manipulation de l'opinion. Je suis amère car évoquer des plans catastrophes n'aide pas à trouver des solutions à une crise aussi difficile que celle que nous vivons.

 

La démocratie, disent-ils, est le respect du résultat des élections. Pour moi, ce n'est vrai que quand les partis défendent ce qu'ils ont mis dans leur programme.

 

Heureusement, je sais que la scission de la Belgique serait difficile, voire impossible à négocier. Alors pourquoi tout ce cirque ?

 

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