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06/10/2010

JEU DE POKER.

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"Le monde est un enfant qui joue." (Alexandre Adler).

 

Comment ne pas penser à ce titre d'un ouvrage d'Alexandre Adler en regardant ce qui se passe actuellement dans notre pays ?

 

Plus de trois mois après les élections, Bart De Wever met unilatéralement fin aux négociations. Procédé inhabituel, discutable, puisque logiquement, il devait faire part de son intention aux médiateurs royaux. Sa conférence de presse a été jugée de diverses manières. Ce qui m'a frappé, c'est le langage simple, fleuri, très différent des discours des politiques. Les phrases : "Je reste disponible" ou encore "La Belgique peut encore être gouvernée malgré cela"  ont suscité commentaires et interrogations. Les prochains jours nous en donneront peut-être la clé.

 

Les réactions des négociateurs wallons ont été très vives. Scandaleux, irresponsable ! De Wever est incapable de faire des compromis et il ment !

 

Observateur extérieur, je vois mal comment juger si Bart De Wever a dit ou non la vérité sur les négociations puisque je ne sais ni ce qui a vraiment été négocié, ni ce qui a été accepté. Je ne connais que ce qui a été dit des dizaines de fois : le climat est serein, nous sommes proches d'un accord, blocage sur la loi de financement mais pas insurmontable etc.

 

Beaucoup ont loué le principe de discrétion adapté pour la réussite des négociations. J'ai déjà dit que je le trouvais antidémocratique. Envisager une Belgique complètement différente, parler de transferts de compétences vers les régions d'un montant de 20 millards valaient, me semble-t-il, au moins quelques explications à tous les citoyens.

 

La conférence de presse d'Elio Di Rupo, vantant la réforme copernicienne, affirmant :  "Vu les résultats des élections en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l'Etat fédéral vers les entités fédérées" m'avait laissée sans voix. C'était donc si grave. Ce chamboulement du pays était justifié par la victoire électorale d'un parti ! Et de plus, sans que les partis francophones, y compris le PS, n'ait fait campagne sur la nécessité de ce qu'ils appellent : "Une Belgique moderne, qui fonctionnera mieux".

 

J'étais sceptique sur le bien fondé de cette transformation du pays et tout ce qui a pu filtrer des négociations a renforcé mon scepticisme. Comment allait-on financer ces transferts ? Qu'allait devenir l'Etat fédéral ? Quid de la dette ? Comment imaginer qu'aucune entité fédérée ne serait appauvrie ?

 

Et comme si cela ne suffisait pas, les rares informations qui me parvenaient concernaient les concessions énormes, étonnantes même aux yeux des Flamands, faites par les Francophones. Impossible bien sûr de reprendre les déclarations des uns et des autres, tellement de choses ont été dites ! Un mot tout de même sur la possibilité de la scission de la Belgique envisagée par les socialistes, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, a suscité une telle panique qu'ils ont été obligés de nuancer leurs propos. Mais c'était dit et beaucoup de Wallons, qui en avaient vraiment marre de ces négociations qui n'en finissaient pas, arrivaient à dire, contre toute logique, que l'indépendance était peut-être la solution.

 

Le mal est fait. Même si, comme l'affirme Bart De Wever, on pouvait repartir d'une feuille blanche, les négociations laisseront des traces indélébiles.

 

Bien malin serait celui qui, actuellement,  pourrait prédire l'avenir. Les médiateurs, qui ont bien dû constater leur échec, parlent de leur travail comme pouvant servir plus tard. Mais j'ai pu constater qu'André Flahaut et Danny Pieters n'étaient pas sur la même longueur d'onde.

 

Le PS, le CDH et ECOLO nous resservent le discours du bon travail qu'ils ont effectué et d'une même voix affirment que personne n'aurait ou ne pourrait faire mieux. Le hic c'est que je ne sais toujours pas ce qu'ils avaient accepté du programme de la N-VA choisi par Elio Di Rupo comme base de discussion.

 

Un autre discours récurrent est le rejet du MR. Affirmer, comme le font certains, que sa connivence avec Bart De Wever serait à l'origine de l'échec, est malhonnête. Dire constamment que pour être au pouvoir, le MR est capable de tout, devient agaçant. Je pourrais rappeler tout ce qu'a fait Elio Di Rupo pour être Premier ministre... 

 

Je comprends l'amertume des négociateurs qui ont cru à la réussite et y ont consacré beaucoup d'énergie. Mais j'aurais préféré un autre schéma. Qu'ils se penchent sur le Fédéral plutôt que sur les régions, qu'ils ne prennent pas comme "bible" le programme flamand, qu'ils réfléchissent qu'un état fédéral peut, et ce serait logique, comporter quatre régions ayant les mêmes compétences plutôt que deux blocs qui apparaissent comme deux états. Ce n'est pas ce que souhaite Bart De Wever ? Sans doute, mais qui doivent-ils défendre les Wallons ou les Flamands ? S'ils s'érigent en défenseurs des Bruxellois, alors qu'ils tiennent compte de leurs désirs propres, de ne vouloir ni une tutelle flamande, ni une tutelle wallonne.

 

Sortir de la crise sera difficile. Je fais le souhait qu'elle servira à ouvrir les yeux de ceux qui ont cru, trop facilement, que d'aller de concessions en concessions, était la seule issue.    

 

 

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