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15/09/2010

GISELE HALIMI.

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Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927, en Tunisie. Elle est entrée au barreau de Tunis en 1949 et a poursuivi sa carrière d'avocate à Paris en 1956. Elle a milité pour l'indépendance de la Tunisie et de l'Algérie et a dénoncé les tortures pratiquées pendant la guerre d'Algérie par l'armée française. Signataire en 1971 du Manifeste des 343, elle va militer pour le libre accès à la contraception et la dépénalisation de l'avortement. En 1971, elle fonde avec Simone De Beauvoir et Jean Rostand, le mouvement féministe Choisir la cause des femmes. Elle en prendra la direction à la mort de Simone De Beauvoir.

 

En 1972, le procès de Bobigny a un retentissement considérable. Elle y défend une mineure qui s'est fait avorter après un viol. Ce procès contribuera à l'évolution vers la loi Veil votée en 1974.

 

Elle sera aussi députée de 1981 à 1984, apparentée au groupe socialiste. Son amendement instaurant un quota pour les femmes aux élections, voté à la quasi unanimité par les députés, en 1982, sera rejeté par le Conseil Constitutionnel.

 

Elle est l'auteur de plusieurs livres : Djamila Boupacha, La cause des femmes, Avortement, une loi en procès, La nouvelle cause des Femmes, Fritna, Avocate irrespectueuse, Ne vous résignez jamais.

 

NE VOUS RESIGNEZ JAMAIS.

 

Le livre se veut une réponse à une question qui lui a souvent été posée : "Comment devient-on féministe ?" Elle y relate tous ses combats, menés comme féministe mais aussi engagée politiquement. Elle dira aussi l'avoir écrit pour sa petite-fille, Maud, dont elle espère une prise de conscience que le combat pour l'égalité hommes/femmes n'est pas terminé.

 

Le livre débute par la question qu'elle se pose, en ce jour anniversaire : "C'est quoi le bonheur, à quatre-vingts ans ?" Si le corps ne suit plus aussi bien, la tête reste intacte "pleine à craquer de livres lus et d'expériences uniques. D'audace et de sagesse. De logique et de fantaisie. Elle a surtout gardé "le refus de se résigner".

 

Elle revient sur son enfance. Son père, Edouard, déçu d'avoir une fille, ce qu'il considère comme une malédiction, dissimulera sa naissance pendant trois semaines ! Sa révolte de devoir, comme c'est la coutume, servir ses frères, qui la conduira à faire une grève de la faim et une première victoire, l'acceptation de ses parents, effrayés par sa détermination.  Elle nous conte aussi l'humiliation qu'elle ressent à voir sa mère devoir justifier auprès de son mari le moindre sou dépensé. Son refus d'accepter ce que sa mère lui répète : pas de salut pour une fille, hors mariage. Elle se battra pour faire des études, comme ses frères. C'est la première prise de conscience de la condition faite aux femmes, sans doute à l'origine de son féminisme.

 

Elle va beaucoup s'interroger sur Simone De Beauvoir. Elle n'a lu "Le  Deuxième sexe"  qu'à vingt-trois ans. "Je revis encore, aujourd'hui, l'émerveillement mêlé de stupeur qui me saisit. (...) Un livre mettait des mots sur mes maux, sur mon vécu, m'en livrait quelques clefs essentielles"

 

Pourtant, elle ne sera pas toujours d'accord avec la philosophe. Leurs parcours sont différents, elle est née pauvre, en Tunisie, elle a dû se battre pour devenir avocate, même pour s'imposer au barreau. Simone De Beauvoir est une bourgeoise, théoricienne reconnue du féminisme mais à qui manque l'empathie si forte chez Gisèle Halimi.

 

Tout le livre est un récit de ses combats menés avec son association Choisir : lutte pour la dépénalisation de l'avortement, le droit à la contraception mais aussi, contre le viol, pour l'égalité professionnelle, pour la parité en politique.

 

Gisèle Halimi se pose des questions essentielles : l'instinct maternel est-il une réalité ? (Même conclusion que celle d'Elisabeth Badinter.) Que penser de la prostitution : choix ou violence ? Elle demande l'interdiction des mères porteuses en même temps qu'une refonte totale du statut de l'adoption.

 

Son livre est aussi un plaidoyer pour que les femmes travaillent à avoir une indépendance économique et que la maternité ne soit pas considérée comme le seul horizon. Elle réfléchit aussi au glissement qui s'est produit dans la société entre le désir d'enfant (facultatif) et le droit à l'enfant, source de dérives.

 

L'auteur aborde vraiment tous les sujets : le travail des femmes, la double journée, le travail partiel imposé, la violence dans le couple, le congé parental.

 

Toutes ses positions sont le fruit de réflexions à partir de son vécu ou des femmes qu'elle a rencontrées.

 

Une de ses convictions est que la loi doit précéder le changement de mentalité. C'est dans ce sens qu'elle a défendu, au contraire de beaucoup de féministes comme par exemple Elisabeth Badinter, les quotas en politique.

 

Je conseille vivement la lecture de ce livre. Ce n'est pas une histoire du féminisme, c'est le survol d'une vie consacrée à la cause des femmes.

 

Le poème de Paul Eluard est reproduit sur les cartes d'adhésion de Choisir la cause des femmes :

 

"Il ne faut promettre / et donner la vie / que pour la perpétuer / comme on perpétue une rose / en l'entourant de mains heureuses."

 

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