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31/08/2010

ELIO, BART ET LES AUTRES.

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J'avoue que dimanche soir, en apprenant qu'Elio Di Rupo allait remettre au Roi sa démission de préformateur, j'étais très contente. Naïvement, j'imaginais qu'un autre préformateur serait désigné et pourrait, presque, repartir d'une feuille blanche. Le lendemain, à mon réveil, la phrase qui tue : le roi a refusé la démission !

 

J'ai donc assisté au concert de louanges du travail accompli par Elio Di Rupo et attendu avec impatience la conférence de presse. Je suis bien d'accord qu'Elio Di Rupo a fait un énorme travail, avec dit-on, patience et obstination. Mais j'ai sur le coeur les concessions énormes faites par les Francophones.

 

Dans sa conférence de presse, il s'est une nouvelle fois exprimé d'abord en néerlandais. Cela commence à bien faire. Le discours est le même qu'à la première conférence de presse. Il a accepté de continuer par "devoir" pour "sauver" le pays, éviter le "chaos" dans lequel la Belgique serait plongée s'il échouait. Il a insisté sur "la confiance" indispensable.

 

La réponse de Bart De Wever ne s'est pas fait attendre. Nous voulons des garanties pour le financement de Bruxelles et la loi de financement. Il ajoute qu'il veut négocier uniquement avec Elio Di Rupo, car un accord est impossible en prenant en compte l'avis de sept partis, même des petits !!! Cela peut paraître surprenant mais m'apparaît logique quand je me rappelle comment Elio Di Rupo a commencé sa mission de préformateur.

 

1. Il loue le travail de l'informateur. Je rappelle que Bart De Wever s'est contenté de recevoir les présidents de parti, d'écouter, de noter et de se taire.

 

2. Elio Di Rupo a rencontré longuement Bart De Wever avant d'entamer sa mission. Ils se sont donc mis d'accord pour commencer par la régionalisation, avant de parler de BHV, avant de se préoccuper des problèmes sociaux économiques.

 

3. Cette stratégie acceptée, il ne restait à Elio qu'à persuader le CDH et les Ecolos que transférer énormément de compétences aux régions était bon pour tous. Treize milliards d'euros !

 

4. Oubliés les tabous comme la sécurité sociale qui devait intégralement rester au Fédéral, la fiscalité, et tout le reste qui, de facto, fait du Fédéral, ce que voulait Bart De Wever, une coquille vide.

 

5. Bart De Wever a donc, de l'avis même des politologues et éditorialistes flamands obtenu beaucoup mais surprise ! il revient sur son accord avec Elio, et veut revoir la loi de financement.

 

6. Colère d'Elio mais il cède. Prudemment ils s'en tiennent à des énoncés de principes, avec comme d'habitude, une interprétation différente au nord et au sud. Même l'ordre, dira Dave Sinardet, est important et différent de chaque côté de la frontière linguistique.

 

7. Ils abordent le dossier BHV, avec confiance du côté francophone, puisqu'ils ont déjà tellement donné. Et c'est l'échec. Le CDH tient bon. Il s'agit de son avenir.

 

8. Nouvel essai d'Elio Di Rupo, nouvelles concessions, même les allocations familiales sont scindées à Bruxelles, une absurdité pourtant dénoncée par les spécialistes. A ma grande stupéfaction, les partis sont d'accord, sauf la N-VA et le CD&V.

 

9. Le préformateur admet son échec et se rend chez le roi.

 

Ce rapide résumé met bien en lumière ce qu'est la grande réforme de l'état. Une réforme copernicienne, le centre de gravité de la Belgique se déplaçant vers les régions.

 

Cette façon d'envisager la future Belgique a l'air de rencontrer l'adhésion. Mais, le hic, c'est qu'en ne voulant pas faire de Bruxelles une région à part entière, on se retrouve devant le même blocage, BHV et le refinancement indispensable de Bruxelles.

 

Je pourrais presque dire, heureusement ! car à long terme, les Wallons et les Bruxellois allaient finir par voir qu'ils avaient été bernés. Les dégâts engendrés par une réforme constitutionnelle ne sont parfois visibles qu'à long terme. Il suffit de relire l'histoire de ces cinquante dernières années.

 

Je voudrais aussi revenir sur un point important, la discrétion absolue imposée pour réussir. Je pense toujours qu'il fallait éviter les petites phrases prononcées après des réunions dans lesquelles les nerfs des négociateurs sont mis à rude épreuve. Cependant, je continue à dire que pousser jusqu'à l'absurde, c'était une erreur. Il y a quand même eu des fuites, des interprétations, des démentis. Je pense par exemple à la scission des allocations familiales qui avait suscité un tollé, le démenti d'Elio et finalement la certitude que c'est bien cela qui est envisagé.

 

Et maintenant ? Elio et Bart sont brouillés, paraît-il, mais les journalistes et politologues continuent à affirmer qu'ils sont obligés de s'entendre. Une autre arme a été trouvée, la menace d'un chaos qu'on nous présente comme irréversible parce qu'il n'y a pas de solution B. Vraiment, les Francophones ne peuvent pas présenter un schéma de la Belgique autre que celui voulu par les Flamands, pire par les nationalistes ? Alors, c'est grave.

 

Elio Di Rupo est régionaliste depuis toujours. Les socialistes sont demandeurs d'un  état wallon, donc ils soutiennent leur patron. Mais les autres ? Comment ont-ils pu accepter tout ce qu'on leur a fait avaler ? Comment peuvent-ils lire tous les jours que les Francophones ont fait beaucoup de concessions, les Flamands, aucune ?

 

Pour moi, c'est un mystère. J'espère que la volonté d'Elio Di Rupo d'être Premier ministre et d'entrer dans l'histoire comme celui qui a réussi où tout le monde a échoué, ne nous mènera pas trop loin, vers des rivages d'où on ne revient pas.

 

27/08/2010

PAROLES DE PHILOSOPHES.

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Le livre de Luc Ferry est sous-titré "Qu'est-ce qu'une vie bonne ?" Il avait en 2002 publié un essai "Qu'est-ce qu'une vie réussie?" Le philosophe nous plongeait dans la pensée d'Aristote, Saint Augustin, Saint Thomas ou Saint Paul, mais aussi Socrate, les stoïciens, Maïmonide, Averroès, Nietzche pour arriver à démontrer qu'une vie réussie est une "vie bonne". Selon lui, le bonheur n'est pas, comme on l'affirme souvent actuellement, synonyme de réussite ou de performance. Un monde laïc n'est pas hostile aux transcendances, comme on le croit souvent. Idée qu'il développera dans "L'homme-Dieu ou le Sens de la vie".

 

PAROLES DE PHILOSOPHES.

 

Un tout petit recueil, au format inhabituel, 8 cms sur 12, contenant des citations assorties de commentaires de l'auteur. (Collection "A savoir" – éditions Dalloz).

 

Dans son avant-propos, il précise : "D'abord l'aveu d'une limite aussi évidente qu'inévitable : ce recueil de "paroles de philosophes" est tout à la fois aussi subjectif et aussi peu exhaustif que possible. C'est tout au plus un petit morceau de la bibliothèque que j'emporte dans l'île déserte, un tout petit morceau seulement.. (...) Ce choix ne correspond qu'à un regard cursif et très personnel sur l'histoire de la philosophie entendue comme je l'entends maintenant : une doctrine du salut sans dieu ou, pour parler plus simplement, une tentative de répondre à la question : "Qu'est-ce qu'une bonne vie pour les mortels ?" sans passer par le secours des religions – de la foi en un dieu qui sauve – mais en s'en tenant aux moyens du bord : la lucidité de la raison et la sincérité du coeur."

 

Comme dans ses autres livres, Luc Ferry va parcourir l'histoire de la philosophie de l'Antiquité à nos jours mais dans une optique nouvelle qui est celle "du salut". Cette approche est pour moi assez déroutante, la notion du "salut" étant, me semblait-il, fortement connotée par le christianisme.

 

Par contre, le concept de "l'homme mortel" se retrouve dans toute l'histoire de la philosophie. Montaigne, en référence à la sagesse des anciens philosophes grecs, assurait que "philosopher, c'est apprendre à mourir." Les Stoïciens et les Epicuriens affirmeront qu'on ne peut accéder à une vie bonne (ou heureuse) sans vaincre d'abord la peur de la mort.

 

"Pense à la mort toujours pour ne la craindre jamais" (Sénèque) – "L'affaire n'est pas de mourir plus tôt ou plus tard; l'affaire est de bien ou mal mourir. Or, bien mourir, c'est se soustraire au danger de vivre mal." (Sénèque).

 

Comme le dit Luc Ferry, pour les anciens, le divin est assimilé au cosmos : "L'harmonie du monde, ce que les Grecs nomment le "divin" n'est donc pas, comme chez les Juifs ou les Chrétiens, "au-delà" du monde : la structure harmonieuse de l'univers lui est immanente. le divin peut cependant être considéré comme "transcendant" par rapport aux hommes, en ce sens qu'il est supérieur et extérieur à eux."

 

Luc Ferry met aussi en lumière le rapprochement que l'on peut faire entre les stoïciens et les Bouddhistes : l'espérance est un obstacle à la sagesse. "Ne cherche pas à ce que ce qui arrive arrive comme tu veux, mais veuille que ce qui arrive arrive comme il arrive, et tu seras heureux." (Epictète).

 

Le christianisme sera en rupture complète avec les anciens. Pour Luc Ferry : "Cette rupture est double : 1) le divin cesse de s'identifier à l'ordre cosmique pour s'incarner dans une personne – le Christ; 2) la religion nous invite à limiter l'usage de la raison pour laisser la place à la foi."

 

Le fondement même du christianisme est la résurrection des corps. "Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous." (Saint Paul)

 

Au seizième siècle, naîtra "l'humanisme" à partir de la révolution scientifique. Copernic, Newton, Descartes, Galilée donneront une autre vision du monde, celle où l'homme en devient le centre. Doué de raison, d'esprit critique, un "être pensant". "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant." (Blaise Pascal).

 

Le fondement de la morale devient la liberté qu'a l'homme. "Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières." (Emmanuel Kant).

 

D'où l'importance de l'éducation soulignée par Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant. "L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui." (Emmanuel Kant).

 

Luc Ferry étudiera aussi la vision de Descartes, Marx, Jean-Paul Sartre, Nietzsche avant d'arriver à ce qu'il pense actuellement : la philosophie de l'avenir sera de passer "de l'amour de la sagesse à la sagesse de l'amour", qui, pour lui, est "une nouvelle conception humaniste du salut qui n'est plus celle des Lumières, de Voltaire et de Kant, du droit et de la raison, mais plutôt celle de la transcendance de l'autre et de l'amour."

 

J'ai beaucoup aimé le livre même si, comme toujours avec Luc Ferry, je ne suis pas totalement convaincue. J'y ai retrouvé, avec plaisir, beaucoup de citations connues dont il donne parfois un éclairage très personnel.

 

(Voir aussi : Luc Ferry – billet du 11 novembre 2009)

 

19/08/2010

ELIO : SAUVEUR OU FOSSOYEUR ?

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Elio Di Rupo, après son rapport au Roi, a donné sa deuxième conférence de presse. Les commentaires divergent. Je ne suis pas politologue mais, comme citoyenne, je tiens à mon petit commentaire.

 

Quand j'ai ouvert la télévision, à six heures trente, sur la Une, Elio Di Rupo s'exprimait en flamand, avec une traduction simultanée. Contrairement à ce qui se fait d'habitude, on entendait les deux discours, néerlandais et traduction alors que généralement quand il y a traduction, on n'entend que celle-ci. J'ai donc trouvé cela très désagréable. De plus, il paraît que s'exprimer en néerlandais était voulu, une manière de faire du charme aux Flamands. Bien, mais à contrario, très déplaisant pour une francophone. Une manière de confirmer que contenter les Flamands est vraiment la priorité des priorités !

 

Je n'ai pas le texte du discours et mon décodeur, pourtant flamand, était en panne. Impossible d'enregistrer. De mémoire, avant d'aborder le fond, je dirai que cette manière de se présenter comme le sauveur de la Belgique, d'insister sur le "devoir" qu'il s'impose, le bien que la réforme représente pour le pays qui sera enfin ! débarrassé des problèmes constitutionnels, m'ont agacée. Pourquoi ? Je ne crois pas que la réforme permettra de vivre en paix, ni, même réussie, qu'elle sera la dernière. Or, je trouve que le prix à payer est énorme pour les Francophones.

 

Il a repris la comparaison d'une réforme copernicienne, le centre de gravité de la Belgique se déplaçant du Fédéral vers les régions, commenté longuement les compétences quittant le Fédéral et insistant sur le fait "historique" des milliards que cela représente. Bravo ! Pourtant, avant les élections, les partis politiques parlaient de la dette abyssale, de la difficulté de retrouver l'équilibre financier exigé par l'Europe alors que les caisses du Fédéral étaient vides. Je ne vois pas comment en versant autant d'argent aux entités fédérées (lesquelles d'ailleurs ?) le Fédéral ira mieux. Si les régions pourront créer des emplois de fonctionnaires, le Fédéral gardera les siens.

 

Une autre affirmation m'a paru utopique ou mensongère : "personne ne peut être appauvri". Donc pas d'appauvrissement des ménages wallons si les AF sont supérieures en Flandre, si l'impôt des sociétés permet une concurrence déloyale, si les soins de santé sont remboursés différemment, si et si.... Ceci affirmé au moment où la Région wallonne taxe le gaz plus fort qu'en Flandre...

 

Mais, pour moi, le plus incroyable est l'annonce faite de l'intention de revoir la loi de financement. Il me semblait pourtant que c'était le "non" francophone qui avait provoqué le blocage ! Et surtout, qu'après les concessions faites par les Francophones, beaucoup trop de mon point de vue, c'était une nouvelle revendication de la N-VA. Une de plus : Bart De Wever voit que cela marche, alors pourquoi ne pas en profiter ?

 

Je ne comprends pas qu'Elio Di Rupo demandant aux partis de prendre leurs responsabilités, certains l'interprètent comme un message envoyé à la N-VA. Dans le sens "cela suffit" alors que le préformateur annonce qu'il accepte de discuter de leur nouvelle, xième demande ? 

 

Rien sur Bruxelles. Et de nouveau, même ce matin, à la RTBF, le constitutionnaliste, Hendrik Vuye, professeur universitaire à Namur, conseiller de la NV-A  (comment est-ce possible ?) réaffirmait que Bruxelles était une ville spécifique et admettait implicitement la tutelle des deux régions. Cela valait la peine de bloquer la scission de BHV pendant des années pour que lors d'une réforme où l'on renforce les régions, Bruxelles ne puisse toujours pas être une région comme les autres.

 

Il y aurait encore beaucoup à dire, politologues et journalistes s'en chargeront.

 

Ce que je regrette le plus est que si le moment était vraiment venu de faire une grande réforme de l'Etat, cela se fasse sous la pression de la N-VA, selon ses diktats et que ce ne soit pas  l'occasion de redessiner une autre Belgique, plus équitable, au lieu de poser les jalons souhaités par Bart De Wever pour lui permettre, à plus ou loin long terme, de casser le pays.

 

Un mot encore, sur mon incompréhension totale de ce que fait Elio Di Rupo. Il renie ses promesses électorales, par exemple "jamais de scission de la sécurité sociale", victoire socialiste depuis 150 ans !

 

La démocratie, c'est bien sûr, le respect du voeu exprimé par les électeurs. Ce que je constate c'est que, cette réforme, seuls les partis flamands l'avaient mise au programme de leur campagne électorale. 70 % des Belges sont trompés.

 

Et que dire de la discrétion poussée jusqu'à l'absurde ? Un silence antidémocratique. Que penser de l'éviction absolue des autres partis ? Inédit, dit-on, oh oui ! mais une manière de rejeter des électeurs qui pourraient espérer, au moins, être tenus au courant.

 

C'est le "top" pour la Flandre. Même la RTBF a trouvé malin de faire la promotion de la côte tout l'été. Pas de carte touristique tronquée, non, de la pub, c'est tout.

 

12/08/2010

TREIZE MILLIARDS D'EUROS !

"La dictature, c'est "ferme ta gueule" et la démocratie c'est "cause toujours." (Woody Allen)

 

Treize millards de transferts pour :

 

- vider l'état fédéral de sa substance, en faire une coquille vide, à terme, mettre fin à la Belgique.

 

- pour répondre aux souhaits de Bart De Wever, acceptés par Elio Di Rupo : "Vu les résultats électoraux en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l'Etat fédéral vers les entités fédérées". (conférence de presse).

 

- pour sacrifier la sécurité sociale dont le PS avait fait un slogan de campagne : "150 ans de sécurité sociale".

 

- pour qu'un enfant ne soit plus égal à un enfant. (protestation du CDH à propos de l'enseignement.)

 

- pour mettre définitivement Bruxelles sous tutelle flamande et wallonne au lieu d'en faire, une région comme les autres, comme ce serait logique dans un pays devenu confédéraliste.

 

- pour que les Bruxellois soient forcés de se précipiter pour demander une carte d'identité flamande, tout bénif pour la Flandre.

 

- pour qu'Elio Di Rupo puisse devenir Premier ministre en reniant sa campagne électorale et le programme de son parti.

 

- pour que la Wallonie soit en plus grande difficulté économique, la Flandre pouvant attirer les entreprises en accordant des avantages fiscaux.

 

- pour donner satisfaction aux patrons flamands dont Bart De Wever est le porte-parole.

 

- pour que les Flamands puissent repeindre leurs signaux routiers.

 

- pour sans doute bien d'autres choses dont nous ne savons encore rien : il faut savoir doser l'annonce des catastrophes.

 

Tout cela sans qu'on ait abordé le vrai problème : le déficit abyssal de l'Etat.

 

Tout ce que l'on sait, c'est qu'il y a divergences entre ce que seront les entités fédérées, régions ou communautés. La Libre de ce matin pose la bonne question : "se dirige-t-on, finalement, vers un fédéralisme à 2, à 3, à 4 ?" Le confédéralisme à 4 serait un moindre mal mais cela m'apparaît bien peu probable vu la volonté des socialistes et des Flamands de mettre Bruxelles sous tutelle. Je rappelle que c'est au mépris de l'avis du Conseil d'Etat que les Flamands ont pu en faire leur capitale. Et comme disait quelqu'un, les Flamands n'y vivent pas ; non, ils se contentent de rafler les emplois sous prétexte de leur bilinguisme.

 

D'après les journaux, les Ecolos seraient prêts à monter au gouvernement si Groen obtient un poste de ministre et non un secrétariat d'Etat ! Autrement dit, les Ecolos seraient prêts à assurer les 2/3 au gouvernement, les 2/3 indispensables pour faire voter cette calamiteuse réforme de l'Etat, en échange d'un poste de ministre ! Désolant !

 

La seule chose que Bart De Wever n'ait pas obtenu, c'est la participation du MR. Pourquoi ? Parce que la haine qu'éprouve Elio Di Rupo envers Didier Reynders est plus forte que tout. D'où l'essai de Daniel Ducarme de bouter Didier Reynders hors du MR, maintenant. J'espère que le MR sera dans l'opposition et ne trempera pas ses mains dans cette boue.

 

Je dis souvent que l'histoire montre bien qu'elle est faite par quelques hommes. Hélas ! pas  les plus "vertueux". Je pense à Napoléon, un héros sanguinaire, à Hitler, à bien d'autres...

 

Comment comprendre que parce que la NV-A a fait un score que certains qualifient d'historique parce que la montée est spectaculaire, je dirais plutôt, parce que c'est un parti nationaliste, elle puisse imposer tout son programme ?

 

28,2 % mais pas 28,2 % d'accord avec son programme. Beaucoup ne l'ont pas lu, beaucoup n'ont retenu que le slogan une Flandre plus riche, fin des transferts scandaleux vers la Wallonie, d'autres l'ont rallié parce que devenue plus attractive que le Vlaams Belang, d'autres, comme dans toutes les élections, pour exprimer un vote contre les partis au pouvoir.

 

36,6 % pour les socialistes. Comment comprendre qu'ils pèsent moins lourd que les 28,2 % de la NV-A ? L'hypothèse la plus vraisemblable c'est que les socialistes approuvent le programme de la NV-A, même s'ils ne l'ont pas dit lors de leur campagne électorale. Et cela, c'est grave.

 

Je reprends le slogan de Woody Allen "la démocratie, c'est cause toujours". Non, nous ne pouvons pas nous taire. S'ils changent la constitution, il faut qu'ils en fassent une valable, non celle qui va à l'encontre de ce que la majorité des citoyens souhaite. Il suffit de lire les forums.

 

A propos d'internet, une anecdote : plus de trace sur le site PS des slogans électoraux, même du programme, plus grave même le lien d'un site qui comparaît les différents programmes électoraux est corrompu pour le PS ! On a compris.

 

01/08/2010

FAUT-IL SOUHAITER L'ECHEC DE DI RUPO ?

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D'un air solennel, Elio Di Rupo s'est, enfin ! adressé à la presse pour parler de son travail de pré-formateur. Ainsi, j'apprends que les discussions ont surtout porté sur la note de l'Octopus flamand. Première indignation : la base de travail est la position des partis flamands ! Je n'avais pas de doute qu'après les louanges d'Elio Di Rupo sur le travail d'informateur de Bart De Wever, c'était bien le programme de la NV-A qui serait discuté. Etait-ce la meilleure manière d'envisager la réforme institutionnelle ? "Voilà ce que nous Flamands, nous désirons, vous acceptez ou pas ?" Je caricature à peine...

 

J'apprends aussi que presque tous les domaines qui relèvent de l'Etat Fédéral ont été discutés : "Il s'agit par exemple de BHV, de la Région de Bruxelles-Capitale, des soins de santé, des allocations familiales, de l'emploi, de la fiscalité, des mécanismes de financement, de la justice, de la mobilité, du Code de la route, de l'énergie, des télécoms, de la recherche scientifique, de la protection des minorités, du rôle de Bruxelles ou encore du Sénat." Si je mets à part la protection des minorités, que refusent les Flamands ou le rôle de Bruxelles et la réforme du Sénat, je ne peux m'empêcher de penser que quasi tout va revenir aux Régions. Ce qui est confirmé par la phrase suivante : "Vu les résultats électoraux en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l'Etat fédéral vers les entités fédérées". Une phrase sans équivoque : l'Etat fédéral sera, comme on le craignait, une coquille vide ! Pourquoi ? Parce que la NV-A a fait un bon score ! Je n'ai jamais vu qu'un parti, ayant remporté les élections dans une région, soit légitimé au point que son programme soit obligatoirement présenté comme la "norme" à respecter pour tout le pays.

 

Plus surprenant, le pré-formateur ajoute : "Y a-t-il des éléments d'un accord dans ces domaines ? Oui. Mais comme d'habitude, tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout, il n'y a d'accord sur rien" Ouf ! Mais, cela ne m'enlève pas mon inquiétude.

 

Bien sûr, ce discours ne nous apprend pas la position des autres partis francophones, leur résistance à ce qui paraît acquis pour les socialistes : renforcement incroyable des régions au détriment de l'Etat fédéral. Si je prends le discours d'Elio Di Rupo à la lettre, je me dis qu'il s'agit bien d'établir un confédéralisme, ce que je pourrais accepter, mais à deux ! Ou pour le dire plus platement (excusez l'expression) le partage de la Belgique entre les deux régions, Flandre et Wallonie, que j'ai envie de qualifier d'Etats.

 

Cela ne pourrait pas être pire. Le rêve des socialistes est de régner sans partage sur la Wallonie. Cela ne date pas d'aujourd'hui. Et c'est bien cela qui m'inquiète. Vont-ils se servir du résultat électoral de la NV-A pour réaliser leur vieux rêve ? Cela m'apparaît de plus en plus probable. Le rejet de Bruxelles apparaît bien dans le projet de régionalisation des allocations familiales.

 

Je sais que les Flamands nous ont fait croire qu'il fallait absolument une grande réforme de l'Etat, que les Francophones devaient saisir cette dernière chance, que la Belgique actuelle n'était plus vivable ? Vraiment ? Les Flamands ont déjà bafoué le droit des gens, la constitution, les directives européennes et ce, dans la Belgique actuelle. C'est ce qu'on appelait d'un euphémisme "les provocations". Va-t-on par une réforme constitutionnelle leur donner le droit de faire légalement ce qu'ils faisaient dans l'illégalité ? Wooncode, arrangement avec les promoteurs immobiliers, refus d'organiser les élections, de valider leurs résultats, tout cela est-il oublié par un simple score électoral ?

 

Ce que je souhaite ? Que les négociateurs repartent de zéro non des demandes flamandes. Qu'ils assurent sérieusement l'avenir de la Belgique. Si le confédéralisme s'impose, alors il faut un confédéralisme de quatre régions : Flandre, Wallonie, Bruxelles, Région germanophone, mises sur un pied d'égalité, ayant les mêmes droits. Equitable et aux yeux de l'étranger, moins ridicule qu'un confédéralisme à deux.

 

Le président de la région germanophone le disait bien : il souhaite rester dans un Etat fédéral, où le gouvernement, le parlement ont encore du sens. Si ce n'est pas le cas, il devra bien envisager d'autres options.

 

Une phrase tout de même du discours me rassure un peu : Du côté néerlandophone, les électeurs ont marqué leur préférence pour des partis qui revendiquent le confédéralisme voire l'indépendance de la Flandre. Du côté francophone, les électeurs restent attachés dans leur grande majorité à une Belgique fédérale. Ma tâche est de tenter de rapprocher le plus possible ces deux réalités fondamentalement différentes. Le travail est titanesque. Et beaucoup d'efforts restent à faire." A faire ou au contraire à renoncer ?

 

Pour me déstresser, je fais virtuellement le trajet Bruxelles/Liège. J'étais habituée aux changements bienvenue/welkom. J'imagine les panneaux routiers différents, les bornes kilométriques repeintes. (Les Flamands aiment bien la peinture, un héritage sans doute de leurs glorieux ancêtres.) Rien à faire, je vois rouge...

 

Au moment où des milliers de gens souffrent des inondations, chez nous, certains s'ingénient à essayer de jeter le pays dans la mer du nord !