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27/08/2010

PAROLES DE PHILOSOPHES.

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Le livre de Luc Ferry est sous-titré "Qu'est-ce qu'une vie bonne ?" Il avait en 2002 publié un essai "Qu'est-ce qu'une vie réussie?" Le philosophe nous plongeait dans la pensée d'Aristote, Saint Augustin, Saint Thomas ou Saint Paul, mais aussi Socrate, les stoïciens, Maïmonide, Averroès, Nietzche pour arriver à démontrer qu'une vie réussie est une "vie bonne". Selon lui, le bonheur n'est pas, comme on l'affirme souvent actuellement, synonyme de réussite ou de performance. Un monde laïc n'est pas hostile aux transcendances, comme on le croit souvent. Idée qu'il développera dans "L'homme-Dieu ou le Sens de la vie".

 

PAROLES DE PHILOSOPHES.

 

Un tout petit recueil, au format inhabituel, 8 cms sur 12, contenant des citations assorties de commentaires de l'auteur. (Collection "A savoir" – éditions Dalloz).

 

Dans son avant-propos, il précise : "D'abord l'aveu d'une limite aussi évidente qu'inévitable : ce recueil de "paroles de philosophes" est tout à la fois aussi subjectif et aussi peu exhaustif que possible. C'est tout au plus un petit morceau de la bibliothèque que j'emporte dans l'île déserte, un tout petit morceau seulement.. (...) Ce choix ne correspond qu'à un regard cursif et très personnel sur l'histoire de la philosophie entendue comme je l'entends maintenant : une doctrine du salut sans dieu ou, pour parler plus simplement, une tentative de répondre à la question : "Qu'est-ce qu'une bonne vie pour les mortels ?" sans passer par le secours des religions – de la foi en un dieu qui sauve – mais en s'en tenant aux moyens du bord : la lucidité de la raison et la sincérité du coeur."

 

Comme dans ses autres livres, Luc Ferry va parcourir l'histoire de la philosophie de l'Antiquité à nos jours mais dans une optique nouvelle qui est celle "du salut". Cette approche est pour moi assez déroutante, la notion du "salut" étant, me semblait-il, fortement connotée par le christianisme.

 

Par contre, le concept de "l'homme mortel" se retrouve dans toute l'histoire de la philosophie. Montaigne, en référence à la sagesse des anciens philosophes grecs, assurait que "philosopher, c'est apprendre à mourir." Les Stoïciens et les Epicuriens affirmeront qu'on ne peut accéder à une vie bonne (ou heureuse) sans vaincre d'abord la peur de la mort.

 

"Pense à la mort toujours pour ne la craindre jamais" (Sénèque) – "L'affaire n'est pas de mourir plus tôt ou plus tard; l'affaire est de bien ou mal mourir. Or, bien mourir, c'est se soustraire au danger de vivre mal." (Sénèque).

 

Comme le dit Luc Ferry, pour les anciens, le divin est assimilé au cosmos : "L'harmonie du monde, ce que les Grecs nomment le "divin" n'est donc pas, comme chez les Juifs ou les Chrétiens, "au-delà" du monde : la structure harmonieuse de l'univers lui est immanente. le divin peut cependant être considéré comme "transcendant" par rapport aux hommes, en ce sens qu'il est supérieur et extérieur à eux."

 

Luc Ferry met aussi en lumière le rapprochement que l'on peut faire entre les stoïciens et les Bouddhistes : l'espérance est un obstacle à la sagesse. "Ne cherche pas à ce que ce qui arrive arrive comme tu veux, mais veuille que ce qui arrive arrive comme il arrive, et tu seras heureux." (Epictète).

 

Le christianisme sera en rupture complète avec les anciens. Pour Luc Ferry : "Cette rupture est double : 1) le divin cesse de s'identifier à l'ordre cosmique pour s'incarner dans une personne – le Christ; 2) la religion nous invite à limiter l'usage de la raison pour laisser la place à la foi."

 

Le fondement même du christianisme est la résurrection des corps. "Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous." (Saint Paul)

 

Au seizième siècle, naîtra "l'humanisme" à partir de la révolution scientifique. Copernic, Newton, Descartes, Galilée donneront une autre vision du monde, celle où l'homme en devient le centre. Doué de raison, d'esprit critique, un "être pensant". "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant." (Blaise Pascal).

 

Le fondement de la morale devient la liberté qu'a l'homme. "Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières." (Emmanuel Kant).

 

D'où l'importance de l'éducation soulignée par Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant. "L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui." (Emmanuel Kant).

 

Luc Ferry étudiera aussi la vision de Descartes, Marx, Jean-Paul Sartre, Nietzsche avant d'arriver à ce qu'il pense actuellement : la philosophie de l'avenir sera de passer "de l'amour de la sagesse à la sagesse de l'amour", qui, pour lui, est "une nouvelle conception humaniste du salut qui n'est plus celle des Lumières, de Voltaire et de Kant, du droit et de la raison, mais plutôt celle de la transcendance de l'autre et de l'amour."

 

J'ai beaucoup aimé le livre même si, comme toujours avec Luc Ferry, je ne suis pas totalement convaincue. J'y ai retrouvé, avec plaisir, beaucoup de citations connues dont il donne parfois un éclairage très personnel.

 

(Voir aussi : Luc Ferry – billet du 11 novembre 2009)

 

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