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24/06/2010

MADELEINE CHAPSAL.

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Madeleine Chapsal est née le 1er septembre 1925 à Paris. Elle est la fille de la couturière Marcelle Chaumont. Journaliste, elle a collaboré au journal Les Echos, puis à l'Express jusqu'en 1978. Elle a écrit une trentaine de romans dont La Maison de Jade transposé au cinéma.

 

J'ai été très déçue de son roman "Il vint m'ouvrir la porte" qui vient de paraître en livre de poche. L'histoire est banale, l'héroïne Mathilde cherche à se faire aimer. Autour d'elle, Paul, qui l'idolâtre mais qu'elle n'aime pas, Hélène (une amie), François, Guillaume. Trente ans plus tard, elle rencontre Douglas, un architecte, obsédé par la sexualité. Elle a une liaison qui se transforme en véritable amour. Les personnages sont inconsistants, l'histoire quelque peu invraisemblable et surtout,  le style est très différent de ses autres romans, mots crus, voire grossiers. Le livre refermé, j'ai eu envie de lire la Madeleine Chapsal, que je connaissais.

 

L'HOMME DE MA VIE.

 

L'homme de sa vie, c'est Jean-Jacques Servan-Schreiber, son premier mari à qui elle voue toujours un amour qu'elle estime "intemporel". Elle nous raconte sa vie, étroitement liée à celle de JJSS. Leur première rencontre à Mégève en 1942, leur mariage en 1945, leur séjour au Brésil. JJSS écrit pour des journaux locaux puis, un peu inattendu, reprend un hôtel. Leur aventure brésilienne est courte, ils reviennent à Paris. Très brillant, JJSS est engagé au Monde comme éditorialiste en politique étrangère. Mais il rêve d'avoir "son journal" car il veut faire passer ses idées, changer le monde, soutenir Mendès France qu'il croit le seul homme capable de sortir la France de l'enlisement.

 

Chez Julliard, il rencontre Françoise Giroud avec qui il va décider de fonder l'Express. Il a trente ans et très vite, le journal atteint une grande notoriété. Françoise Giroud est rédactrice en chef, Madeleine Chapsal est journaliste, chargée de la culture.

 

L'auteur nous raconte avec émotion ses premiers entretiens notamment avec Mauriac. Mais, son succès ne lui rend pas confiance en elle. Elle reste la femme du patron, mais en retrait, JJSS ne l'ayant jamais mise en valeur. Car c'est bien un macho qu'elle a épousé ! Un mari de qui elle accepte tout, avec une inquiétude constante : "Pourvu que je ne devienne pas nulle à ses yeux !".

 

Ce qui semble ahurissant, c'est la relation qu'elle entretient avec Françoise Giroud, qui est la maîtresse de son mari. Elle rivalise avec elle mais uniquement au niveau des vêtements ! Elle ne remet aucunement en cause sa position de rédactrice en chef et va même considérer avec reconnaissance qu'elle publie ses articles sans les réécrire comme elle le fait pour d'autres journalistes. Pas de franche critique et un leitmotif dans tout le livre : "c'est moi la femme légitime". Le seul éloge qu'elle s'autorise pour elle-même est la reconnaissance par les autres de son talent littéraire. "Et si je suis bien accueillie, appréciée, je dirai même affectueusement considérée par certains, en même temps je demeure à l'écart. Il ne me reste qu'une chose à faire, et je m'y emploie avec acharnement : m'enfoncer encore plus dans mon travail de rédactrice littéraire pour prouver que je mérite mon poste. Là j'excelle : je suis la première à parler "nouveau roman", des nouveaux penseurs..."

 

Elle aurait pourtant le droit d'exiger un autre statut : "Ainsi Françoise ne tient pas à ce que j'aie un bureau à l'Express et je n'en aurai pas, sauf l'année où elle se trouvera éloignée et remplacée par Françoise Verny. (...) Je dispose d'un petit bureau – en fait, d'une table que je vais devoir quitter au retour de la directrice, après son année d'absence. (...) Par ailleurs, mon nom n'est jamais apparu au générique – à l'ours – et Françoise ne souhaite pas non plus que j'écrive dans une autre rubrique que les pages littéraires. (...) Il faut dire que je ne réclame rien." L'amertume est bien là. Jean-Jacques lui dira même : "Tu comprends, il ne faut pas faire de peine à Françoise."

 

Un soir, Jean-Jacques lui déclare qu'il veut un enfant. Il a fait la connaissance de Sabine de Fouquière et il en est amoureux. Elle lui propose de divorcer pour qu'il puisse se remarier et avoir des enfants, car elle est stérile. Elle divorce donc après treize ans de mariage mais JJSS reste comme le dit le titre de son livre "l'homme de sa vie".

 

Plus tard, elle sera virée de L'Express par le nouveau propriétaire à qui JJSS a vendu le journal. Elle fera la brillante carrière littéraire que nous lui connaissons.

 

En avril 1961, Jean-Jacques, un bouquet de fleurs à la main, vient lui annoncer qu'il a un fils."Je prends les fleurs, referme la porte. Je ne sais pas si je vais rire ou pleurer, les deux sans doute. Il a ce qu'il désire le plus au monde à ce moment précis de sa vie : un fils. Et moi, je n'ai rien – que son bonheur à lui."

 

C'est aux fils de Jean-Jacques et à sa femme qu'elle va dédier  son livre : "Ecris-nous Papa, écris Papa et toi" lui ont-ils dit. Le livre se terminera d'ailleurs par l'éloge de David, devenu neuropsychiatre, auteur de Guérir, revenu en France au moment où son père est atteint d'une dégénérescence neurologique affectant sa mémoire. Madeleine et Jean-Jacques iront aux obsèques de Françoise Giroud, en janvier 2003, la dernière apparition publique de JJSS.

 

"L'homme de ma vie" a été publié en 2004, un an après la mort de Françoise Giroud.

 

J'ai beaucoup aimé le livre. Madeleine Chapsal nous fait revivre toute une époque. Elle rend  hommage à JJSS qu'elle nous présente comme un grand homme, celui qui a servi sous de Gaulle, a fait la guerre d'Algérie, a dénoncé la torture, a été un éditorialiste virulent et influent. Mais il y a comme une ombre qui plane sur ce passé glorieux, du moins pour moi.

 

Pour elle, l'essentiel c'est "qu'après bien des déchirements, mais aussi des réussites et des joies, Jean-Jacques et moi nous aimons toujours. Je veux dire comme au jour de notre mariage. L'amour véritable est intemporel."  

 

Commentaires

Les coulisses d'une vie, c'est si loin souvent de l'image publique. Faut-il les publier? Sans doute le plus intéressant réside-t-il, comme vous l'écrivez, dans le tableau d'une époque où ces femmes nous semblaient des conquérantes.

Écrit par : Tania | 28/06/2010

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