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31/05/2010

COMMENT JESUS EST DEVENU DIEU.

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Dans son prologue, Frédéric Lenoir dit se poser cette question depuis plus de vingt-cinq ans. Il a donc décidé de se lancer dans une véritable enquête historique.

 

L'auteur, né le 3 juin 1962, est philosophe, sociologue, historien des religions. Il dirige la rédaction du magazine Le Monde des religions  et depuis septembre 2009, anime une émission sur France Culture "Les racines du ciel". Sa pièce Bonté divine est à l'affiche depuis 2009. Sur son blog, il a ouvert un forum, ouvert à tous qui rencontre un grand succès.

 

Frédéric Lenoir part d'une constatation : Jésus est le seul fondateur de religion qui a laissé plané un doute sur son identité véritable. Son existence historique est attestée par des témoignages romains -  Suétone, Pline le jeune, Tacite – et l'historien juif Flavius Josèphe. Mais, l'essentiel se trouve dans le Nouveau Testament, écrits situés généralement entre la fin des années 40 et les années 120 :  les quatre évangiles et les épîtres de Saint Paul.

 

Pour Frédéric Lenoir, Jésus apparaît comme un juif pieux mais s'opposant à sa propre religion, par exemple dans le respect du shabbat. Pourtant, il est important de souligner qu'il ne se présente jamais comme voulant créer une nouvelle religion : "N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir." (Matthieu 5, 17).

 

Qu'il apparaisse comme un maître de sagesse, un prophète, un Messie (Christ est la traduction en grec du mot hébreu Mashiah), il se dit "Fils de l'homme". Mais ce qui ressort des évangiles est surtout son rapport unique avec Dieu : "Vraiment, tu es fils de Dieu". (Matthieu14,33).

 

Plus étonnant sera sa crucifixion, supplice avilissant et sa résurrection. "Dieu l'a ressuscité des morts" (Paul, Romains 10,9)" "enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu (Marc 16, 19). C'est la base même du christianisme : Jésus est mort pour sauver l'humanité.

 

Pourtant, considérer Jésus comme étant Dieu, ne sera pas admis si facilement. Il y a effectivement une contradiction entre une religion monothéiste et Jésus, Dieu, à l'égal du père. S'ajoutera, la croyance en l'Esprit Saint, donc le dogme de la Trinité, qui peut aussi être considéré comme une contradiction avec le monothéisme.

 

Il n'est donc pas étonnant que des débats sur l'identité du Christ, égal ou inférieur à son Père, divisent les théologiens. Ils vont secouer l'Eglise jusqu'au IVème siècle.

 

Je mentionnerai simplement un opposant à ce qu'on pourrait appeler l'orthodoxie chrétienne, Arius. Grand théologien, il est titulaire de la paroisse du port d'Alexandrie. Il refuse " de considérer la personne du Christ à l'égal de Dieu, seul éternel et incréé.""Le fils est certes divin, mais le Christ n'est pas Dieu et ne saurait être confondu avec Lui : issu du Vrai Dieu, il est subordonné à Lui."

 

Ce débat sur l'identité du Christ aurait pu rester un simple différend entre théologiens mais il va prendre une telle importance qu'une confrontation aura lieu entre Arius et l'évêque d'Alexandrie aux alentours de 318. Les évêques réunis en concile, réaffirment solennellement que le Christ est consubtantiel et coéternel au Père. Ils excommunient Arius et l'expulsent d'Alexandrie. Ses écrits sont détruits après sa condamnation pour hérésie.

 

Cette querelle n'est qu'une des multiples querelles qui déchirent surtout l'Orient , les évêques d'Occident adoptant la foi dictée par l'orthodoxie, celle de Rome.

 

Un événement va être déterminant pour l'avenir de l'orthodoxie chrétienne : la victoire de l'empereur Constantin sur l'empereur d'Orient. Constantin règne en maître absolu sur un immense empire. Il veut faire cesser les querelles qui ne sont plus seulement celles de théologiens, mais ont gagné la rue, avec une ampleur qu'on a peine à imaginer. Constantin décide de convoquer un concile réunissant les évêques d'Orient et d'Occident, à Nicée. Le concile s'ouvre le 20 mai 325, non pas dans une église, comme le voulait la tradition mais dans la salle principale du palais impérial et sous la présidence de l'empereur qui, dans son discours d'ouverture, exhorte les évêques à la concorde. Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile oecuménique, dans l'histoire de l'Eglise. Et les évêques approuvent ce qu'on appellera le "symbole de Nicée"qui deviendra après le concile de Contantinople, convoqué en 381, le Credo chrétien, récité encore aujourd'hui.

 

Frédéric Lenoir va se demander si Constantin et ses successeurs ont rendu service au christianisme en en faisant la religion officielle de l'empire et en souhaitant à tous prix sa cohésion doctrinale : "D'un côté, en forçant les chrétiens à s'entendre sur le fondement de leur foi, ils ont renforcé leur unité ainsi que leur force religieuse et leur influence politique au sein de la société. Dans le même temps, ils ont introduit au sein de l'Eglise le germe de l'intolérance (une seule conception de foi peut être admise) et le goût du pouvoir (la société régie par la foi), deux traits qui connaîtront bien vite des conséquences dramatiques : persécution des juifs et des païens, puis des hérétiques, avec, comme point d'orgue, la mise en place de l'Inquisition médiévale : on condamne et on brûle les dissidents pour maintenir l'unité de la société sous l'égide de l'Eglise. De telles pratiques sont à l'évidence en totale contradiction avec le message de Jésus qui prône la séparation des pouvoirs politiques et religieux, la non-violence et l'amour du prochain."

 

Cette réflexion de l'auteur a suscité la polémique. Pour ma part, je trouve qu'il va trop loin, quand il affirme que l'entente "forcée", si je puis dire, entre les Chrétiens, même sous l'impulsion d'empereurs, est la base de futures persécutions. Le christianisme devient une "institution" avec tout ce que cela peut engendrer. Mais, pouvait-il en être autrement ? Qui peut répondre à cela ?

 

La religion est toujours une question de foi. Les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de la résurrection, la mort salvatrice du Christ forment le socle du christianisme. Mais, la relation à Jésus est personnelle. La fidélité au message de l'Evangile aussi.

 

24/05/2010

LA PERRUQUE DE NEWTON.

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Ce roman, écrit par Jean-Pierre Luminet, astrophysicien et directeur de recherches au CNRS, est le quatrième d'une série Les Bâtisseurs du ciel" : "Le Secret de Copernic" La Discorde céleste" L'Oeil de Galilée" ceux, dit l'auteur,  qui ont façonné une nouvelle vision du monde et ont contribué à bâtir le socle de notre civilisation moderne.

 

LA PERRUQUE DE NEWTON.

 

Il s'agit bien sûr d'Isaac Newton,  né le 4 janvier 1643, mort le 31 mars 1727. Philosophe, mathématicien, physicien, alchimiste et astronome, il est surtout connu pour sa loi d'attraction universelle, le calcul infinitésimal en concurrence avec Leibniz, la théorie de la lumière, l'invention d'un télescope à réflexion composé d'un miroir primaire concave, appelé le télescope de Newton.

 

Dans son roman, l'auteur reprend de manière chronologique ses inventions, ses recherches, mais il s'attache surtout à nous faire revivre Newton comme nous ne le connaissons pas.

 

Au début du livre, Isaac est un garçon curieux, qui rend souvent visite à Sir Askew qui s'étonne de ce garçon grave et triste, qui l'écoute mais surtout lui pose des tas de questions. Il va lui donner le "bâton d'Euclide" qui, selon la légende, était celui dont se servait Euclide pour dessiner sur le sable d'Alexandrie ses figures géométriques. Nous retrouvons donc Isaac "tel un petit soldat allant à la bataille en portant son arme sur l'épaule". Mais arrivé chez lui, son beau-père lui confisque la lourde canne pour la restituer.  C'est la première colère d'Isaac : "Vous n'avez pas le droit. C'est vous le voleur ! Si vous prenez le bâton d'Euclide, j'irai brûler votre maison, vous, votre femme, vos enfants, vous rôtirez dans les flammes de l'enfer."

 

Isaac est né de parents pauvres. Son père meurt trois mois avant sa naissance, sa mère se remarie et le confie à sa grand-mère. Il fréquente l'école primaire de Skillington, puis celle de Grantham. Mais sa mère l'en retire pour qu'il devienne fermier. Grâce à l'intervention de son oncle, il peut réintégrer l'école et loger chez l'apothicaire Clark.

 

Isaac va souffrir du peu d'amour que lui témoigne sa mère. Il apprendra plus tard que celle-ci voit en lui "sa faute" car il a été conçu avec un soldat de passage. Ses camarades se moquent de lui alors qu'il fait tout pour se faire aimer. L'école ferme, devant une menace de guerre civile et pendant neuf mois il redevient paysan. "C'est le rouge au front qu'il se rend chaque semaine à la foire, poussant ses moutons ou ses chevaux, guidant la mule chargée de ballots de laine." Il va faire bêtise sur bêtise pour faire comprendre à sa mère qu'il n'est pas fait pour les métiers de campagne. Quand l'école rouvre, l'apothicaire Clark et le directeur Stokes interviennent auprès de sa mère et il peut reprendre ses études.

 

A dix-neuf ans, il est admis au Trinity College de l'université de Cambrige, comme sous-boursier c'est-à-dire normalement obligé de servir de domestique à un étudiant fortuné. Le destin lui sourit, une fois de plus, puisqu'il est engagé par le professeur Babington comme secrétaire. "Il n'était aucunement étonné ou flatté de l'accueil d'un personnage aussi important que Babington, tant pour lui il était naturel que son mérite et son talent fussent reconnus à sa juste valeur."

 

Durant l'entretien, le professeur Babington, lui parle de la philosophie naturelle. Qu'a-t-il voulu dire ? "Qu'est-ce que la philosophie naturelle ? C'est questionner la nature. Non, la nature se dérobe. C'est elle qui nous pose des questions. Et c'est à nous d'y répondre. Sont-ce d'ailleurs des questions ? Non, ce sont des faits : la lumière, le mouvement... Et avant d'y répondre, il faut observer puis expérimenter. La voilà, la vraie méthode, l'observation. Et sortant un gros cahier, il va écrire : "Questions de philosophie" "Platon est mon ami, Aristote est mon ami, mais mon meilleur ami est la Vérité."

 

A vingt-cinq ans, il sera bachelier ès arts, puis plus tard professeur de mathématiques. Parallèlement à ses recherches, à ses travaux, il va s'intéresser à l'alchimie, qui pour lui, est  une manière de pénétrer les secrets de l'univers. Il y perdra ses cheveux d'où le titre du livre.

 

Isaac Newton deviendra le grand savant que nous connaissons. Mais, sa personnalité est complexe. Il répugne à publier ses travaux, c'est grâce à son ami, Edmond Halley, que sera publié son traité "Principia". Il est égoïste, coléreux, rancunier, soupçonneux.  Ainsi, il n'hésitera pas à appeler son chien, Hooke, du nom du savant qu'il déteste, puis même le menace de l'appeler "cartes". Il méprise Descartes qui part d'hypothèses et pour se venger, il supprime le "des" qu'il croit une particule nobiliaire. Il lui arrive souvent d'oublier ses invités et parti chercher une bouteille de vin, il rejoint son laboratoire !

 

Un aspect intéressant de la personnalité d'Isaac Newton est l'importance accordée à la  religion. C'est dans la Bible qu'il cherchera les secrets de l'univers. "Toutes les réponses étaient là, dans le Pentateuque, le livre de Moïse. (...) Il était à son tour un élu, ou il tâcherait de le devenir. Car Dieu l'avait choisi pour révéler les mystères de la création du monde et succéder, par-dessous les siècles, aux prophètes des temps bibliques.""L'important est de savoir quand aurait lieu l'Apocalypse (...) la conversion de l'humanité tout entière à la vraie religion, la religion naturelle."

 

Il fulmine contre les papistes, les trinitaires, le concile de Nicée "quand les évêques ont décidé que le Père et le Fils étaient de la même substance et ont inventé la Trinité, cette forme de polythéisme et qu'ils  ont excommunié Arius, qui prêchait que le Père était Un."

 

Etant très lié avec un Suisse, Fatio de Duillier, s'affichant partout avec lui, malgré les mises en garde du philosophe Locke, il mettra du temps à comprendre qu'on le soupçonne d'avoir une relation sexuelle. Effondré, il s'écriera : "Des porcs, tous des porcs".

 

Je n'ai repris que quelques éléments du livre très fouillé de Jean-Pierre Luminet. J'ai aussi été très intéressée par la description du milieu scientifique de l'époque. Le comportement des savants n'est pas toujours exemplaire !

 

Ce livre m'a fascinée. Savoir ce qui est vrai ou ne l'est pas est impossible mais qu'importe !

 

21/05/2010

TATIANA de ROSNAY.

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Tatiana de Rosnay est née le 28 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine d'une mère britannique et d'un père français. Mariée, elle a deux enfants. Elle a vécu à Paris, Boston puis en Angleterre. De retour à Paris, en 1984, elle est attachée de presse, puis journaliste pour Elle et critique littéraire pour Psychologies magazine.

 

Elle a publié huit romans en français et deux en anglais. Son roman "Elle s'appelait Sarah" écrit en anglais, a connu un grand succès et a dépassé les deux millions d'exemplaires vendus dans le monde. C'est l'histoire de deux familles que lie un terrible secret et l'évocation d'une des pages les plus sombres de l'Occupation.

 

BOOMERANG.

 

Traduit de l'anglais par Agnès Michaux, il a été publié en 2009 aux Editions Héloïse d'Ormesson.

 

Antoine a décidé d'offrir comme cadeau d'anniversaire à sa soeur Mélanie, un séjour à Noirmoutier, plage où, enfants, ils passaient leurs vacances. Au retour, Mélanie, qui conduit, se retourne vers Antoine et lui dit : "Antoine, il faut que je te dise quelque chose. J'y ai pensé toute la nuit dernière, à l'hôtel, tout m'est revenu. C'est à propos..." Elle ne peut terminer sa phrase. La voiture fait une embardée, Mélanie est projetée hors de la voiture. Elle est hospitalisée, inconsciente et il faudra longtemps pour qu'elle puisse dire ce dont elle s'était souvenue à l'hôtel.

 

Ce souvenir est un secret de famille qui concerne leur mère Clarisse. Qui était-elle vraiment ? Comment est-elle morte à trente ans ? Où ? La thèse officielle de rupture d'anévrisme est-elle vraie ? Antoine va se lancer dans une véritable enquête. Je ne puis dévoiler ce secret car il forme la trame même du roman qui tient le lecteur en suspens, comme dans un thriller.

 

Antoine est le personnage principal du livre. Séparé de sa femme Astrid, il va mal. Il n'accepte pas son divorce. "Ce que j'ai le plus détesté à propos du divorce, c'est la division entre nos amis. Certains ont choisi le camp d'Astrid, d'autres le mien. Pourquoi ? Je n'ai jamais compris."

 

 Son métier d'architecte l'ennuie. Il n'arrive pas à avoir de bonnes relations avec son père, avocat célèbre, remarié après la mort de sa femme mais qui n'est pas heureux :"Après la mort de Clarisse, notre père s'est refermé sur lui-même. Il est devenu dur, amer et toujours pressé. Difficile de se souvenir du vrai père, celui qui était heureux, qui souriait et riait, qui s'amusait à nous tirer les cheveux et nous préparait des crêpes le dimanche." C'est ce père-là, non celui de son enfance, qu'il voit. Il n'arrive pas à communiquer et ne trouvera même pas le courage d'aller le réconforter lorsque sa soeur lui apprendra qu'il souffre d'un cancer.

 

C'est aussi à Mélanie qu'il confiera les difficultés qu'il éprouve à comprendre ses enfants, se culpabilisant de ne pas être à la hauteur : "Pour tout te dire, en ce moment, j'ai la sensation que mes enfants sont de parfaits étrangers ! – Qu'est-ce que tu veux dire ? – Ils ont leur vie désormais,  une vie dont je ne sais rien. Les week-ends où ils sont avec moi, ils se plantent devant leur ordinateur ou la télé, quand ils ne passent pas des heures à envoyer des SMS à Dieu sait qui – J'ai du mal à te croire. – Et pourtant, c'est la vérité. On se croise à l'heure des repas, qu'on prend dans un silence de mort. Il arrive même que Margaux vienne à table avec son iPod dans les oreilles."

 

Antoine sera terrifié quand Margaux vivra un drame terrible, la mort subite de son amie Pauline. Il propose à Margaux d'appeler sa mère mais elle le prend très mal. "C'est tout ce que tu as trouvé ? me dit-elle, ulcérée. Appelons ta mère ? C'est comme cela que tu crois m'aider ? (...) Tu es pathétique ! C'est le pire jour de ma vie, et tu ne sais même pas comment m'aider, putain ! Je te déteste ! Je te déteste !"

 

Même désarroi quand il apprend par la police que son fils Arno a été arrêté après avoir, avec des amis, saccagé un appartement. Et cet aveu : "Pourquoi ai-je été un père si pâlot, si transparent ? Je n'ai jamais imposé mes règles, comme mon père le faisait. Après ma rupture avec Astrid, la chose que je craignais le plus, c'était que mes enfants m'aiment moins si je me montrais autoritaire avec eux."

 

Comme vous le constatez, Tatiana de Rosnay trace un tableau très noir d'un père d'aujourd'hui, mal adapté comme le lui dira son fils : "Laisse tomber, papa, quand t'avais mon âge, y'avais rien, pas d'Internet, pas de portable, c'était le Moyen Age, enfin, c'que je veux dire c'est que t'es né dans les années soixante, alors... j'vois pas comment tu pourrais comprendre le monde d'aujourd'hui !"

 

Il se trompe Arno. Antoine va rencontrer Angèle, une embaumeuse et son amour va le transformer. Même son métier ne lui pèsera plus. Il sera heureux.

 

Un roman facile, un peu caricatural mais passionnant. Un livre qui se lit d'une traite, qu'on n'arrive pas à quitter. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?

 

20/05/2010

SUPPRESSION DE TRAINS.

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Ce matin, les journaux annoncent l'intention de la SNCB de supprimer des trains pour réaliser des économies. Rien n'est encore décidé mais il s'agirait, par exemple, du premier et du dernier train de la journée. La réaction des navetteurs a été immédiate : "Je prends le premier train, si la SNCB le supprime, je devrai me rendre au travail en voiture." Réactions aussi des syndicats qui craignent des pertes d'emploi.

 

Cela m'a fait repenser à ce qui se passe au coin de ma rue ! J'en ai parlé dans mes billets du 6 juillet 2008 et du 3 juillet 2009. C'est le fameux projet "Diabolo". Commencés en 2008, les travaux ne sont toujours pas terminés. Un énorme pont surplombe le Boulevard de la Woluwe. Il s'agit d'amener le TGV jusqu'à Zaventem et de relier Anvers à Zaventem. D'après INFRABEL il y aurait un train toutes les quinze minutes !

 

Ainsi, par économie, la SNCB envisage de supprimer les trains existants et en même temps fait des travaux gigantesques pour relier Anvers à Zaventem, en annonçant déjà 430 trains par jour ! Pour moi, c'est vraiment incompréhensible.

 

DEBAT REYNDERS/DI RUPO.

 

A la surprise générale, le débat a été digne. Laurent Haulotte avait cependant pris la peine, on se demande pourquoi, de rappeler la campagne précédente. Mais, Elio Di Rupo s'est empressé de dire : "C'est un autre temps."

 

Les deux présidents de parti ont eu l'occasion de parler communautaire, emploi, pensions, sécurité. Rien de très précis mais c'est difficile de présenter un programme en quelques phrases.

 

Je retiendrai surtout que les deux présidents étaient d'accord sur plusieurs points et que la volonté de ne pas s'invectiver était bien réelle et... agréable. C'est toujours cela.

15/05/2010

STEFAN ZWEIG.

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En 2008, une nouvelle inédite "Le voyage dans le passé" publiée chez Grasset, devient très vite un best-seller. Une vraie résurrection. Comment expliquer ce succès ? Sans doute, parce que son souvenir est resté vivace dans le coeur de ses lecteurs. Je me souviens encore très bien de certains de ses ouvrages : "La confusion des sentiments" "La Pitié dangereuse" "Le joueur d'échecs" ou encore de la biographie de "Marie Stuart".

 

Stefan Zweig est né à Vienne le 28 novembre 1881. Son père est un riche fabricant de tissus. Il étudie la philosophie et l'histoire de la littérature. Il va parcourir l'Europe - Berlin, Paris, Bruxelles, Londres - puis l'Inde, les Etats-Unis et le Canada.

 

Ses premiers essais sont publiés dans une revue dont le rédacteur littéraire est Theodor Herzl mais il sera jamais attiré par le sionisme. La religion ne joue pas un grand rôle dans sa vie. Il dira : "Ma mère et mon père étaient juifs par hasard de leur naissance."

 

En 1917, il rencontre Romain Rolland à Genève, c'est le début d'une longue amitié. Il rencontrera aussi Sigmund Freud, Emile Verhaeren, dont il écrit la biographie, Paul Valéry, Jules Romains, Thomas Mann, Richard Strauss, Maurice Ravel. Il traduit Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine.

 

Pacifiste convaincu, plaidant pour une unification de l'Europe, il est désespéré par la montée du nazisme. Il fuit l'Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre, puis aux Etats-Unis, et enfin, à  Petropolis, au Brésil où il se suicide le 22 février 1942.

 

Dans son testament, il écrit : "Il fallait, à soixante ans, des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées après des années d'errance sans patrie. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l'aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient Je les précède."

 

LE VOYAGE DANS LE PASSE.

 

Louis, un jeune homme pauvre, a grandi comme précepteur dans la maison de riches parvenus. "Il avait tout connu, les offenses d'enfants insolents et la pitié plus offensante encore de la maîtresse de maison, quand elle lui glissait discrètement quelques billets à la fin du mois, les regards d'une ironie railleuse des bonnes, toujours cruelles envers le serviteur mieux loti, lorsqu'il arrivait dans une nouvelle maison avec sa lourde valise en bois et qu'il devait suspendre, dans une armoire qu'on lui prêtait, son unique costume, ses habits ravaudés mille fois, ces signes évidents de sa pauvreté."

 

Il réussit des études de chimie et grâce à la recommandation de son professeur principal, il est engagé par le Conseiller G., directeur d'une grande usine de Francfort. Il devient son secrétaire particulier. Celui-ci lui propose de laisser sa chambre meublée des faubourgs et de s'installer chez lui. Il refuse, se rappelant qu'il s'était bien juré de ne plus habiter dans une maison qui n'était pas la sienne.

 

Mais, la santé du conseiller s'aggravant, il est obligé d'accepter sa proposition. Il a vingt-trois ans. Il est accueilli par sa femme, au regard chaleureux, qui le remercie d'avoir accepté l'invitation de son mari. Très vite,  il en  tombe éperdument amoureux. Amour partagé mais impossible.

 

Une autre proposition du Conseiller G. va le bouleverser. Celui-ci lui demande d'aller au Mexique pour deux ans. Il ne peut pas refuser. Quand il annonce son départ à sa bien-aimée  "leurs deux corps tremblants s'enflamment, et dans un baiser infini ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés."

 

Au Mexique, il se plonge dans le travail, comptant les jours, relisant les lettres que sa bien-aimée lui envoie. La guerre de 1914-1918 va tout bouleverser. Sept semaines avant son départ, l'Angleterre qui a déclaré la guerre à l'Allemagne et fermé les océans aux Allemands, rend tout retour impossible.

 

Les années passent, sans nouvelles et il finit par se marier et avoir des enfants. Mais quand la guerre est finie, il reprend sa correspondance avec celle qu'il n'a pas oubliée. Il apprend que son mari est mort. Lors d'un voyage d'affaires en Allemagne, neuf ans se sont écoulés depuis leur séparation, il la retrouve et lui rappelle sa promesse "Je n'avais pas le droit de le faire ici, pas dans ma maison, dans la sienne. Mais lorsque tu reviendras, quand tu le voudras."

 

Ils vont se retrouver mais pour constater que l'amour reste impossible. " (...) n'étaient-ils pas eux-mêmes ces ombres qui cherchaient leur passé et adressaient de sourdes questions à un autrefois qui n'existait plus, des ombres, des ombres qui voulaient devenir vivantes et n'y parvenaient plus, car ni elle ni lui n'étaient plus les mêmes et se cherchaient pourtant, en vain, se fuyant et s'immobilisant, efforts sans consistance et sans vigueur, comme ces noirs fantômes, devant eux ?"

 

Les lecteurs retrouveront dans cette nouvelle les thèmes favoris de Stefan Zweig : l'amour, la passion exclusive, la guerre et l'art de suggérer par un geste, un regard.

 

Un beau livre sur l'impossibilité de faire revivre le passé.