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15/05/2010

STEFAN ZWEIG.

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En 2008, une nouvelle inédite "Le voyage dans le passé" publiée chez Grasset, devient très vite un best-seller. Une vraie résurrection. Comment expliquer ce succès ? Sans doute, parce que son souvenir est resté vivace dans le coeur de ses lecteurs. Je me souviens encore très bien de certains de ses ouvrages : "La confusion des sentiments" "La Pitié dangereuse" "Le joueur d'échecs" ou encore de la biographie de "Marie Stuart".

 

Stefan Zweig est né à Vienne le 28 novembre 1881. Son père est un riche fabricant de tissus. Il étudie la philosophie et l'histoire de la littérature. Il va parcourir l'Europe - Berlin, Paris, Bruxelles, Londres - puis l'Inde, les Etats-Unis et le Canada.

 

Ses premiers essais sont publiés dans une revue dont le rédacteur littéraire est Theodor Herzl mais il sera jamais attiré par le sionisme. La religion ne joue pas un grand rôle dans sa vie. Il dira : "Ma mère et mon père étaient juifs par hasard de leur naissance."

 

En 1917, il rencontre Romain Rolland à Genève, c'est le début d'une longue amitié. Il rencontrera aussi Sigmund Freud, Emile Verhaeren, dont il écrit la biographie, Paul Valéry, Jules Romains, Thomas Mann, Richard Strauss, Maurice Ravel. Il traduit Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine.

 

Pacifiste convaincu, plaidant pour une unification de l'Europe, il est désespéré par la montée du nazisme. Il fuit l'Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre, puis aux Etats-Unis, et enfin, à  Petropolis, au Brésil où il se suicide le 22 février 1942.

 

Dans son testament, il écrit : "Il fallait, à soixante ans, des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées après des années d'errance sans patrie. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l'aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient Je les précède."

 

LE VOYAGE DANS LE PASSE.

 

Louis, un jeune homme pauvre, a grandi comme précepteur dans la maison de riches parvenus. "Il avait tout connu, les offenses d'enfants insolents et la pitié plus offensante encore de la maîtresse de maison, quand elle lui glissait discrètement quelques billets à la fin du mois, les regards d'une ironie railleuse des bonnes, toujours cruelles envers le serviteur mieux loti, lorsqu'il arrivait dans une nouvelle maison avec sa lourde valise en bois et qu'il devait suspendre, dans une armoire qu'on lui prêtait, son unique costume, ses habits ravaudés mille fois, ces signes évidents de sa pauvreté."

 

Il réussit des études de chimie et grâce à la recommandation de son professeur principal, il est engagé par le Conseiller G., directeur d'une grande usine de Francfort. Il devient son secrétaire particulier. Celui-ci lui propose de laisser sa chambre meublée des faubourgs et de s'installer chez lui. Il refuse, se rappelant qu'il s'était bien juré de ne plus habiter dans une maison qui n'était pas la sienne.

 

Mais, la santé du conseiller s'aggravant, il est obligé d'accepter sa proposition. Il a vingt-trois ans. Il est accueilli par sa femme, au regard chaleureux, qui le remercie d'avoir accepté l'invitation de son mari. Très vite,  il en  tombe éperdument amoureux. Amour partagé mais impossible.

 

Une autre proposition du Conseiller G. va le bouleverser. Celui-ci lui demande d'aller au Mexique pour deux ans. Il ne peut pas refuser. Quand il annonce son départ à sa bien-aimée  "leurs deux corps tremblants s'enflamment, et dans un baiser infini ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés."

 

Au Mexique, il se plonge dans le travail, comptant les jours, relisant les lettres que sa bien-aimée lui envoie. La guerre de 1914-1918 va tout bouleverser. Sept semaines avant son départ, l'Angleterre qui a déclaré la guerre à l'Allemagne et fermé les océans aux Allemands, rend tout retour impossible.

 

Les années passent, sans nouvelles et il finit par se marier et avoir des enfants. Mais quand la guerre est finie, il reprend sa correspondance avec celle qu'il n'a pas oubliée. Il apprend que son mari est mort. Lors d'un voyage d'affaires en Allemagne, neuf ans se sont écoulés depuis leur séparation, il la retrouve et lui rappelle sa promesse "Je n'avais pas le droit de le faire ici, pas dans ma maison, dans la sienne. Mais lorsque tu reviendras, quand tu le voudras."

 

Ils vont se retrouver mais pour constater que l'amour reste impossible. " (...) n'étaient-ils pas eux-mêmes ces ombres qui cherchaient leur passé et adressaient de sourdes questions à un autrefois qui n'existait plus, des ombres, des ombres qui voulaient devenir vivantes et n'y parvenaient plus, car ni elle ni lui n'étaient plus les mêmes et se cherchaient pourtant, en vain, se fuyant et s'immobilisant, efforts sans consistance et sans vigueur, comme ces noirs fantômes, devant eux ?"

 

Les lecteurs retrouveront dans cette nouvelle les thèmes favoris de Stefan Zweig : l'amour, la passion exclusive, la guerre et l'art de suggérer par un geste, un regard.

 

Un beau livre sur l'impossibilité de faire revivre le passé.

Commentaires

Pas encore lu ce "Voyage dans le passé", mais il aura son heure.
Pour vous, ce passage que j'ai coché dans "Le Monde d'hier" de Zweig, feuilleté après la lecture de votre billet :
"Ce qu'on a négligé du côté des muscles, on peut le rattraper plus tard; l'élan vers le spirituel, la puissance d'appréhension de l'âme, en revanche, ne s'exerce que dans les années décisives de la formation, et seul celui qui a appris de bonne heure à épanouir largement son âme est plus tard à même de saisir en lui le monde entier."

Écrit par : Tania | 16/05/2010

Merci Tania. C'est une très belle phrase. Je ne connais pas "Le Monde d'hier".

Écrit par : mado | 16/05/2010

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