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12/05/2010

MARIE SIZUN.

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Marie Sizun est née, en France, en 1940. Agrégée de lettres classiques, elle a enseigné la littérature en France puis en Allemagne et, pendant dix-sept ans, en Belgique. Mère de trois enfants, elle vit à Paris depuis 2001.

 

A l'âge de la retraite, elle décide d'écrire. Ses deux premiers romans sont refusés par Gallimard et Grasset. Son troisième roman "Le père de la petite" est tout de suite accepté par Arléa en 2005 et paraît dans la collection "Arléa-Poche" en 2008. Suivront "La Femme de l'Allemand" qui obtient le grand prix littéraire des lectrices de Elles puis "Jeux Croisés".

 

Elle a choisi d'écrire sous un pseudonyme qui est le nom d'un cap breton, souvenir de vacances.

 

LE PERE DE LA PETITE.

 

En couverture du livre de poche, une reproduction d'un très beau  tableau de Modigliani "Petite fille en bleu".

 

Le roman se passe pendant la guerre de 1940. L'héroïne, "la petite", vit heureuse avec sa mère qu'elle adore. Elle ne connaît son père que par une photo car il est prisonnier et sa mère ne lui en parle pas. Sa mère un peu bohème, insouciante, heureuse est très proche d'elle et lui laisse une grande liberté. Elle dessine sur les murs, dans les livres et chante très fort. Elle s'appelle "France", a quatre ans et demi, mais sa mère l'appelle toujours la petite ou ma chérie. Elle n'aime pas sa grand-mère, qui reproche à sa fille, Liliane, de lui laisser trop de liberté. "La petite n'apprécie pas beaucoup cette vieille dame grise, effacée, faussement sévère. La petite et sa mère la trouvent ennuyeuse. La petite et sa mère n'aiment rien tant que s'amuser. Rire ensemble."

 

Son univers va basculer au moment où sa mère lui annonce : "Ton père va rentrer. Ces mots-là. Vivants désormais. Comme une menace." Son père rentre en effet, "malade des nerfs"."Voilà, il était là. Elle avait un père." Une autre vie commence. Son père l'appelle France, trouve son éducation ratée et entreprend de lui apprendre la discipline. Elle ne peut plus sortir de table pour aller jouer et en promenade, il l'oblige à marcher devant eux, son père et sa mère qu'il appelle chérie, le nom qu'elle estime lui être réservé.

 

"Chose bien curieuse pour la petite, d'avoir un père. Un père qui est là. A la maison. Tout le temps. Le matin, le soir la nuit. Dans le petit appartement, on ne voit plus que lui. On n'entend plus que lui" Elle a un père mais elle n'a plus de mère car celle-ci s'efface devant son mari et proteste bien faiblement quand il la malmène. Elle lui en veut de sa passivité et se réfugie sous la table avec sa poupée et ses pensées.

 

Tout va cependant changer. Un jour, on ne sait pourquoi, alors qu'elle est seule avec lui, il aura ce geste : "Comme tu as de jolis cheveux ... Et, l'espace d'un instant, elle sent sur ses cheveux passer la grande main aux taches de rousseur en une espèce de caresse." Désormais, il lui raconte l'Allemagne, les arbres, son travail à la ferme, peint "une forêt plantée d'arbres très hauts, touffus, serrés les uns contre les autres, drus autour d'une vaste clairière." Le lendemain, il lui offre une boîte d'aquarelle, pour qu'elle puisse faire comme lui. Désormais, en promenade, c'est sa main qu'il tient et non celle de sa mère. La petite va l'adorer comme elle adorait sa mère qui estime-t-elle, l'a trahie.

 

Elle se sent si proche de lui qu'elle va lui raconter ce qu'on lui a toujours défendu de dire, sa mère et sa grand-mère la traitant de menteuse quand elle voulait en parler. Un souvenir très ancien. Lors d'un voyage en Normandie, à l'hôpital, l'infirmière lui avait montré un bébé, sa petite soeur. C'est le drame. Son père demande des explications à sa femme, ne lui pardonne rien et finit par la quitter et habiter avec sa nouvelle amie.

 

Ce roman est émouvant. La narratrice décrit admirablement ce que peut ressentir un enfant, comment elle vit ce qu'elle appelle "la trahison" de sa mère, l'amour fou qu'elle voue à son père, l'abandon de ce père qui n'est plus là et qu'elle ne voit plus que pour les "visites".

 

L'auteur s'est inspirée, pour son roman, de son enfance libre et heureuse avec sa mère, le retour de son père, la dislocation de la famille. Comme elle le dit très bien dans un entretien : "Un enfant est une personne, une personne secrète, qu'on adore ou qu'on dérange : son regard est un miroir."

 

Le style est particulier, des phrases très courtes, peu de dialogues, l'émotion naît du regard que porte la narratrice sur l'enfant. J'ai trouvé extraordinaire qu'elle ait pu, à soixante-cinq ans, faire revivre aussi bien cette petite fille.

 

Commentaires

Je retrouve dans votre chronique la délicatesse ressentie en lisant "La femme de l'Allemand". Belle citation sur l'enfant, "une personne secrète".

Écrit par : Tania | 16/05/2010

Je n'ai pas lu "La femme de l'Allemand" mais je le ferai quand je le trouverai. J'avais bien aimé votre chronique.

Écrit par : mado | 16/05/2010

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