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30/04/2010

ONKELINX LANCE LA CAMPAGNE ELECTORALE !

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Alors que le gouvernement doit encore terminer ses travaux, alors qu'il reste à définir les articles de la constitution qui doivent être révisés, Laurette Onkelinx, ce matin, sur la RTBF, rompt déjà le front des francophones et lance SA campagne électorale.

 

Tenez-vous bien ! Oui, Alexander De Croo a fait chuter le gouvernement mais c'est Olivier Maingain qui a empêché un accord. Rien que cela. Et elle va plus loin en affirmant que le prochain gouvernement fédéral doit être l'Olivier et que le MR n'est pas un bon partenaire pour avancer sereinement dans les négociations communautaires. (sic).

 

Voilà des mois, que les politiciens nous font croire que les Francophones sont unis, que les droits des Francophones sont une priorité pour tous et cette déclaration dans La Libre du 28 avril était claire : "Ainsi les présidents des partis francophones étaient-ils sur les ondes, ce mardi aux aurores, pour claironner que la faute de cette crise politique incombait à l'Open VLD et à son "irresponsable" chef de file Alexander De Croo."  "Ce n'est pas nous qui sommes à l'origine de cette crise, nous sommes en colère, nous étions proches d'un accord sur BHV, ce sont les ultimatums du VLD qui nous ont pourri la vie."

 

Tous les démocrates se réjouissaient d'avoir pu empêcher la scission de BHV, majorité contre minorité, en actionnant la sonnette d'alarme. Tout le monde semblait soulagé que la journée d'hier n'ait pas une journée anti-démocratique comme on le craignait. Tout le monde se félicitait de l'attitude courageuse de Patrick Dewaele, qui avait remis de la dignité dans le parlement. Tout le monde ! Mais c'était trop beau !

 

En un quart d'heure, Laurette Onkelinx nous a replongés dans un climat détestable. Minimiser le rôle joué par Alexander De Croo, qui est incontestablement à l'origine de la chute du gouvernement, c'est franchement être de la plus mauvaise foi.

 

Je ne partage pas les vues d'Olivier Maingain sur l'élargissement de Bruxelles ou la nomination des bourgmestres mais tous les partis francophones ont dit la même chose que lui. Tous. Et d'un claquement de doigt, Laurette Onkelinx renie ce quelle a toujours dit, comme les autres.

 

Les Flamands comparent Olivier Maingain à Bart De Wever, logique de leur part mais incompréhensible pour des Francophones car jusqu'ici le FDF fait bien partie du MR qui, que je sache, n'est pas un parti nationaliste. Il est vrai que certains vont même jusqu'à affirmer que le président du MR n'est pas Didier Reynders mais Olivier Maingain. Commode pour se séparer d'un président encombrant mais une affirmation fausse démentie d'ailleurs à plusieurs reprises par Willy Borsu.

 

Olivier Maingain défend Bruxelles et la périphérie comme président du FDF, on peut ne pas être d'accord avec lui mais il a le droit, comme tous les présidents de parti, de défendre ce que veulent ses électeurs. Je n'avais pas apprécié que son mouvement vote l'Etat Wallonie-Bruxelles, vite transformé par Didier Reynders en Fédération Wallonie-Bruxelles, dénomination reprise rapidement par Rudy Demotte qui va d'ailleurs beaucoup plus loin

 

 

Nous allons assister à une campagne électorale très dure. Pour moi, pour éviter ce qui s'est passé en 2007, avec les accusations portées par les socialistes contre Didier Reynders, je dis tout de suite que cette fois c'est bien Laurette Onkelinx qui commence... Elle sera tête de liste PS à Bruxelles, bonne chance ! Les électeurs n'ont pas oublié ses petites promenades à Schaerbeek où elle allait habiter (sic) pendant qu'elle construisait sa maison à Lasne. Elle est sûre que le gouvernement peut élargir la liste des articles de la constitution à réviser alors que les juristes sont partagés mais son juriste de mari a toujours montré qu'il savait mieux que tout le monde lire la constitution. Il faut se rappeler les joutes oratoires entre lui et Francis Delpérée, qui, pour moi, est tout de même un constitutionaliste un peu plus sérieux.

 

Alexander De Croo nous avait annoncé qu'il voulait faire de la politique autrement, c'est-à-dire par le chantage et le mensonge. On a vu les résultats, un gouvernement qui tombe avant la présidence de l'Union européenne, une image déplorable donnée de la Belgique à l'étranger et en bout de course, la scission de BHV reportée aux calendes grecques. Joli résultat.

 

J'étais indignée, je le suis autant de constater qu'il ait fait une émule, Laurette Onkelinx qui réécrit  l'histoire dans un souci électoral. Navrant.

 

Je ne crois pas qu'en affirmant déjà comment le gouvernement sera composé avant même que les élections aient lieu soit une bonne manière d'inciter les citoyens à remplir leurs devoirs civiques. Mais on a déjà vu cela lors de la difficile composition du gouvernement avant qu'on aille repêcher les socialistes.

 

Je veux aussi rendre hommage à Yves Leterme. Il prend sur lui l'échec de la scission de BHV, c'est un grand service qu'il rend à son parti. Mais tout de même, c'est le Roi qui a chargé Jean-Luc Dehaene de s'occuper du communautaire en laissant Yves Leterme en dehors et le travail qu'il a fait au gouvernement ces derniers mois était, de l'avis unanime, excellent. Alexander De Croo voulait sa peau, il a réussi.  

 

Justement, à propos du roi, c'est du bout des lèvres que Laurette Onkelinx, toujours ce matin, accepte à contre coeur qu'on ne touche pas à sa fonction. A méditer.

 

Un petit mot sur le "droit du sol" qu'on reproche aux Flamands. Il existe depuis la nuit des temps. Les nations se sont formées en annexant des territoires par la force, les alliances, les mariages... A-t-on oublié l'origine de la guerre de cent ans entre la France et l'Angleterre, l'Alsace-Lorraine, les Fourons ? Qu'ils défendent leur langue est dans la logique de l'histoire. Ce qui est regrettable c'est qu'ils en arrivent à poser des actes inacceptables comme le wooncode ou les accords avec les promoteurs immobiliers. Ou qu'ils n'acceptent pas le respect des minorités. Ils sont pourtant minoritaires à Bruxelles ! Nous devons pouvoir continuer à vivre dans un état démocratique. C'est un principe absolu.

 

J'ai une question naïve : pourquoi Bruxelles ne peut-elle pas être une région à part entière ? Pourquoi n'est-elle pas pour tous la priorité des priorités ?

 

Pourquoi ?

 

23/04/2010

ALEXANDER DE CROO.

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Nous sommes sans doute très nombreux à avoir suivi les émissions spéciales de la télévision. Nous avons entendu les hommes politiques, les politologues, les journalistes commenter l'incroyable, la Belgique plongée dans une crise politique grave.

 

Je n'ai pas l'intention de revenir sur cette journée mais seulement exprimer mon indignation sur le geste posé par Alexander De Croo qui a décidé de quitter les négociations parce que la scission de BHV n'était pas votée jeudi comme il le souhaitait.

 

Cela s'appelle du chantage. Il savait très bien que ce n'était pas possible d'arriver à un accord en quelques jours. Je qualifie son communiqué par lequel il annonce quitter les négociations parce que son ultimatum n'a pas été respecté et qu'il n'a plus confiance  d'une hypocrisie incroyable. Non seulement, il n'a pas dit clairement que son parti quittait le gouvernement, a quitté la conférence de presse sans vouloir s'expliquer devant les journalistes ce qui était, à mon sens, la moindre des corrections, il s'est enfui, comme un lâche. 

 

L'entretien accordé par son père, qui justifie son attitude en nous faisant croire que c'est en homme de parole qu'il a agi ainsi "j'ai dit que cela devait être, donc cela doit être"  est pathétique. Et de nous refaire le couplet sur les préoccupations de son fils qui veut pouvoir traiter les vrais problèmes donc être débarrassé de BHV.

 

Tout le monde souhaite être débarrassé de ce dossier qui nous empoisonne depuis plus de vingt ans. Tout le monde voudrait pouvoir se pencher sur les vrais problèmes de la Belgique. Alors faire croire que faire tomber le gouvernement est la meilleure manière d'y parvenir, c'est vraiment scandaleux. Les partis nationalistes flamands ont dû sabrer le champagne d'avoir un allié aussi inespéré dont ils ne feront qu'une bouchée.

 

Les journalistes n'ont pas été dupes. La presse souligne bien le calcul électoral fait par Alexander De Croo. Même s'il y avait des élections, son parti est au plus bas, il ne risque donc rien ou sans doute le pense-t-il, a tout à gagner.

 

Ajoutons qu'il ne supporte pas l'idée que la réussite par la Belgique de la présidence de l'Union européenne pourrait profiter au CD&V. Alors, pour lui, tous les coups sont permis. Prendre le pays en otage, donner de la Belgique une image détestable, qu'importe ! Ce qui compte, c'est,  je ne dirais même pas son parti, mais son égo. Entré depuis peu en politique, il agit comme un jeune loup, ambitieux, irresponsable, sans scrupule. 

 

Ce matin, il fait "une ouverture". En réalité, il maintient son ultimatum, donc son chantage.

 

Certains parents croient que le prénom qu'il donne à leurs enfants influencera leur destin. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Alexandre Le Grand. Elève d'Aristote, il a renié tous ses principes pour son ambition, être un grand conquérant. En Inde, après huit ans de guerre, son armée est épuisée et veut rentrer chez elle. Pour la première fois de sa vie, Alexandre doit céder. Il érige une colonne sur laquelle il fait graver : "Ici s'est arrêté Alexandre." Il mourra à trente-trois ans, emporté par la malaria..

 

Un petit mot pour rendre hommage à AlbertII, confronté une fois de plus, aux difficultés du pays. Que ceux qui voulaient faire de la fonction royale, une fonction protocolaire, réfléchissent. Pour moi, je dis simplement : "Merci Sire".

 

21/04/2010

MOHAMED SIFAOUI.

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Mohamed Sifaoui est né en Algérie, en 1967. Journaliste, écrivain, réalisateur de reportages et de documentaires, il est également conférencier. Membre du Bureau national de SOS Racisme, il est par ailleurs impliqué dans le combat contre les racismes et l'antisémitisme. Il a couvert comme journaliste, depuis 1988, plusieurs zones de conflits et travaille depuis une vingtaine d'années sur les mouvements islamistes. Il a également réalisé plusieurs enquêtes journalistiques sur la montée de l'idéologie islamiste en Europe et en France. Ses principaux ouvrages sont : "Ben Laden dévoilé" "Combattre le terrorisme islamiste" "Mes "frères" assassins" "La France malade de l'islamisme".

 

POURQUOI L'ISLAMISME SEDUIT-IL ?

 

Dans son avant-propos il tient à préciser : "L'Islam est une religion, une spiritualité, une éthique, des croyances, des traditions, des dogmes et des coutumes ; l'islamisme est une idéologie politique ou plus précisément une idéologisation de l'islam, voire une politisation de cette religion."

 

Dans son premier chapitre, il va reprendre les grandes étapes de l'islam et de l'islamisme. Dès son installation à Médine, Mahomet est prophète, guide spirituel mais aussi chef de guerre, homme d'Etat et dirigeant d'un gouvernement, mais, précise l'auteur, ce sont les circonstances de la naissance de l'islam et le contexte de celle-ci qui l'ont exigé et non le texte coranique en tant que tel. Les musulmans veulent reconquérir La Mecque, considérée comme un lieu sacré parce qu'abritant La Kaaba, dont ils ont été chassés. C'est la première "guerre sainte" autorisée pour défendre leur foi. Mais, le "jihad" allait imprégner fortement les premiers croyants : "leur religion leur permettait de se défendre, ils pouvaient remporter un combat même opposés à une troupe plus puissante et mieux équipée et les versets coraniques annonçaient le "paradis éternel" à ceux qui seraient tués "dans le sentier de Dieu". Ces conclusions seront largement utilisées plus tard par les islamistes.

 

Avant d'aller plus loin, je tiens à préciser que la religion musulmane était un progrès, une révolution même, pour l'époque. Elle s'opposait à l'injustice, instaurait un meilleur statut de la femme, plus d'équité en prônant une meilleure répartition des richesses etc.

 

Du long exposé que fait Mohamed Sifaoui de l'histoire de l'islamisme, je ne retiendrai que deux faits : la naissance du salafisme walhabite au XVIIIe siècle et de la confrérie des "Frères Musulmans" fondée en Egypte, par Hassan Al-Banna, en 1928.

 

Les salafistes appellent à un retour à l'islam d'origine qui pour eux signifie le rejet de toutes les idées humanistes et des principes philosophiques comme la démocratie, la laïcité, l'égalité entre les hommes et les femmes. La charia devient sacrée, elle ne peut être ni discutée, ni modifiée, venant d'Allah, elle ne peut être que parfaite. D'où par exemple la justification des châtiments corporels.

 

Les Frères musulmans deviendront au fil des années le principal mouvement inspirant l'idéologie islamiste. "L'islam est religion et Etat, Coran et glaive, culte et commandement, patrie et citoyenneté. Allah est notre but, le Prophète notre modèle, le Coran, notre loi, le jihad, notre voie, le martyr notre voeu." C'est la célèbre phrase doctrine d'Hassan Al-Banna.

 

D'après Mohamed Sifaoui, les Frères musulmans pratiquent un double langage. "Ses adeptes dénoncent le terrorisme tout en l'encourageant; ils se disent modernistes tout en favorisant l'archaïsme et prétendent respecter la démocratie tout en fustigeant les valeurs qu'elle renferme." L'auteur consacrera tout un chapitre à  Tariq Ramadan, petit-fils d'Hassan Al-Banna qui fait l'apologie de son aïeul et affirme ne rien renier de son enseignement. L'auteur s'étonne d'ailleurs de l'audience qu'il a en France et regrette que, très souvent, il n'a pas en face de lui, quelqu'un capable de lui apporter valablement la contradiction.

 

Le chapitre 4 du livre est intitulé "Les idiots utiles de l'islamisme". L'expression est empruntée à Lénine qui désignait ceux qui, par complaisance envers l'idéologie bolchevique, fermaient les yeux sur les réalités les moins reluisantes de l'Union soviétique. Mohamed Sifaoui accuse certains intellectuels français d'être les "idiots utiles" de l'islamisme parfois par anti-sionisme ou anti-américanisme. Ils leur reprochent aussi de traiter "d'islamophobie" toute critique de l'islam, ce qu'il juge injurieux pour les musulmans.

 

Que veulent les islamistes ? D'après l'auteur, leur objectif n'est pas "l'islamisation de l'Europe" mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l'islam comme ils l'entendent (...) représenter, un jour, une communauté suffisamment puissante au sein des sociétés européennes pour infléchir les positions des gouvernements quant à leur soutien à des régimes arabo-musulmans qu'ils considèrent comme "apostats" et faciliter la création de Républiques islamiques, surtout dans les Etats du Maghreb."

 

Toujours d'après l'auteur, les Frères musulmans, souhaitent être assez forts pour peser sur les débats nationaux en vue d'amener les pays européens à modifier leur politique. C'est ainsi, par exemple, qu'ils sont largement intervenus dans l'affaire des caricatures danoises de Mahomet, dans les débats sur le port du voile ou de la burqua.

 

L'endoctrinement passe par les femmes qui ont un rôle important à jouer dans la diffusion de l'idéologie islamiste. Ce sont elles qui éduquent les enfants, elles, qui, par le port du voile rendent l'islam visible. "Finalement, celle qui est censée rechercher la discrétion fait tout pour se faire remarquer. Avec son voile, elle donne l'impression de vouloir dire : "Regardez-moi, je suis une musulmane pratiquante."" Un comble, dit l'auteur, quand on sait que la religion interdit de manière claire et limpide l'ostentation.

 

Je n'ai pu donner qu'un faible aperçu de ce livre très documenté, qui ne fera certainement pas l'unanimité. Le titre est un peu trompeur car l'auteur ne répond à la question de la séduction de l'islamisme que brièvement. L'islamisme sait se servir de la pauvreté et de la misère. Les jeunes peuvent être attirés par une religion qui leur donne une nouvelle "identité", par un discours qui joue énormément sur "les mots tels que fraternité, solidarité, entraide, égalité, engagement et don de soi". De plus, les islamistes utilisent abondamment les médias et internet. Les pages, les blogs, les forums se comptent par centaines et sont disponibles dans toutes les langues. On y donne des conseils et on recrute...

 

15/04/2010

DAVID GROSSMAN.

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David Grossman, né à Jérusalem, en 1954,  est considéré, aujourd'hui, comme un  des écrivains israéliens les plus importants. Il a fait des études de philosophie et de théâtre à l'Université hébraïque de Jérusalem et a commencé sa carrière comme correspondant à Kol Israël, la radio nationale. Son premier livre "Le vent jaune" l'a rendu célèbre. Il écrira plusieurs romans dont certains seront traduits dans de nombreux pays : "Le sourire de l'Agneau" "Voir ci-dessous l'amour" "Le Livre de la grammaire intérieure" "L'enfant zigzag""Dans la peau de Gisela".

 

L'auteur vit à Jérusalem, est marié, père de trois enfants. Son fils Uri a été tué au combat le 12 août 2006, au Liban. Il avait vingt ans. Proche du mouvement "Camp de la paix" David Grossman critique souvent la politique menée par son gouvernement.

 

QUELQU'UN AVEC QUI COURIR.

 

Le livre débute par la course d'Assaf attaché à un chien dans les rues de Jérusalem. "Un chien court dans la rue, un adolescent le poursuit. Ils sont reliés par une longue corde  qui se prend dans les pieds des passants furieux... " Comme il travaille à la mairie, un job de vacances, son chef lui a demandé de rendre le chien égaré à son propriétaire, partant du principe que le chien le retrouvera.

 

 La chienne le conduira dans un couvent orthodoxe, où il va rencontrer Théodora, enfermée dans le couvent depuis cinquante ans. Elle lui apprendra que la chienne Dinka appartient à une jeune adolescente, Tamar, qui n'est plus venue au couvent depuis plusieurs semaines.  Théodora lui demande de retrouver Tamar. Assaf fera de la recherche de Tamar, une véritable obsession. Il va parcourir Jérusalem et découvrir le monde de la drogue, de la violence et de la misère.

 

En parallèle, si je puis dire, aux aventures d'Assaf, nous découvrons Tamar. Elle a décidé de vivre dans la rue: "Coupez-moi tout ça, dit-elle au coiffeur. – Tout ?! – Tout – C'est dommage. – Je vous ai demandé de tout couper." Et comme le coiffeur proteste, il est coiffeur pour homme, elle réplique : "Alors vous n'avez qu'à me raser la tête."

 

Nous apprenons qu'elle s'est fait raser la tête pour ne pas être reconnue par ses parents et qu'elle recherche quelqu'un dont nous découvrirons, assez loin dans le roman, qu'il s'agit de son frère Shaï. Celui-ci, drogué, est enfermé dans une communauté gérée par un malfrat, Pessah. Il lui a lancé un appel au secours et Tamar a décidé de le retrouver.

 

Un jour, qu'elle chante dans la rue comme elle le fait d'habitude, elle est accostée par un couple, Joseph et Hénia, qui lui proposent de l'emmener chez Pessah. "Moi, c'est mamie et lui, c'est papy. Des vieux! Et un fils, Pessah, qui est directeur là-bas. (...) Tamar les regarda, désespéreé. C'était ça. Le nom que Shaï lui avait dit quand il avait téléphoné de là-bas. Pessah. L'homme qui l'avait roué de coups, presque tué."

 

Tamar se laisse emmener par le couple et découvre des adolescents, exploités par Pessah, qui les oblige à chanter ou à jouer de la guitare, pour lui rapporter de l'argent. Il faudra plusieurs jours avant que Shaï n'apparaisse. "Dès qu'elle l'aperçut, un frisson la parcourut. Si maigre, si défait. Une pâle copie de lui-même. Elle avança tout droit, passa devant lui comme une automate, les yeux baissés, le visage blême. Shaï la regarda sans la voir. Etait-il distrait ou drogué, une chose était sûre : il ne l'avait pas reconnue... "

 

Au cours d'un repas, elle va utiliser un subterfuge, pour se faire reconnaître par Shaï, le langage de leur enfance, le langage des doigts. Et c'est le miracle. Shaï déchiffre le message de Tamar : "Je suis venue te sortir d'ici" mais ses doigts répondent : "Ils vont nous tuer tous les deux."

 

Tamar va arriver à contacter une amie Léah à qui elle demandera de venir les chercher dans une rue où ils se produisent tous les deux. La coccinelle de Léah les emmène et Tamar conduit son frère dans la grotte qu'elle avait préparée pour le désintoxiquer

 avant le retour dans la famille.

 

L'histoire se terminera par l'arrestation de Pessah, la rencontre de Tamar et d'Assaf, qui lui rendra le chien qu'elle avait perdu lors de sa fuite avec Shaï.

 

Un beau roman. Un vrai suspense. Certaines scènes sont violentes, d'autres émouvantes. L'histoire paraît invraisemblable mais le talent de l'auteur est tel que le lecteur n'a pas envie d'abandonner la lecture.

 

La musique est omniprésente. Chacun des chapitres est le titre d'une chanson de Jean-Jacques Goldman. Tamar éprouve de grandes difficultés à chanter dans la rue, ce qu'elle n'avait pas prévu. "Chanter dans la rue, c'était se montrer jusqu'au fond d'elle-même."

 

Mais quelle joie quand elle y parvient : "Elle finit sur des sons presque inaudibles qui s'étirent et s'effilochent dans l'agitation de la roue, qui tourne autour d'elle, de la rumeur de la vie qui s'amplifie à mesure que le chant s'éteint. Le cercle applaudit très fort, quelques-uns poussent un profond soupir. Tamar ne bouge pas. Son cou est rouge, ses yeux éclairés d'une lueur tranquille, lucide. Elle est debout, les bras relâchés le long du corps. Elle a envie de sauter de joie, soulagée d'avoir réussi."

 

Mais : "Long is the road".

 

 

08/04/2010

PHILIP ROTH.

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Philip Roth, petit-fils d'immigrés juifs originaires d'Autriche Hongrie, est né à Newak, une ville portuaire proche de Manhattan, dans le New jersey, le 19 mars 1933. Il a étudié la littérature à l'Université de Bucknell, puis de Chigaco. Son premier recueil de nouvelles Good bye Colombus lui a permis de remporter le Le National Book Award. Il  a enseigné la littérature à l'université de Pennsylvanie jusqu'en 1992.

 

Auteur de vingt-huit romans, il est considéré par les critiques, comme un des meilleurs écrivains américains contemporains. Afin de mieux dénoncer les errances de la société américaine, Philip Roth se crée un double littéraire, Nathan Zuckerman, un écrivain juif américain. On le retrouve dans plusieurs romans dont La Contrevie, Pastorale américaine, La Tache, roman pour lequel il a obtenu le Prix Médicis étranger en 2002 et qui a été un best-seller en France.

 

EXIT LE FANTOME.

 

Zuckerman a 71 ans. Il s'est exilé à la campagne pendant onze ans ayant comme seuls amis Larry et Marylynne Hollis. Larry trouve que la vie menée par Nathan, vie de reclus, est anormale. "La vie que vous menez n'est pas celle qui vous convient. (...) Je ne veux plus que vous meniez une vie de solitaire. Vous allez trop loin, merde. C'est trop radical, Nathan." Larry ira même jusqu'à lui apporter deux chatons, baptisés par Zuckerman A et B, à la grande stupéfaction de Larry. Il ne les gardera qu'une semaine...

 

Ayant été opéré d'un cancer de la prostate, souffrant d'incontinence urinaire, Zuckerman décide d'aller consulter un urologue à New York. Entrant dans un snack, il y voit Amy Bellette, qu'il avait connue quand, âgée de vingt-sept ans, elle était devenue la maîtresse de l'écrivain Isidore Lonoff, son mentor. Elle a été opérée d'une tumeur au cerveau et quand elle enlève son chapeau rouge, Nathan voit son crâne à demi rasé où serpente une cicatrice hideuse. Il n'ose pas l'aborder mais il la retrouvera plus tard.

 

En quête d'un appartement sur Broadway, Zukerman fait la connaissance d'un jeune couple d'écrivains, Bill et Jamie avec lesquels il convient d'échanger sa maison contre leur appartement. Jamie est terrorisée depuis les attentats du 11 septembre et veut absolument quitter New York : "Je ne veux pas être pulvérisée au nom d'Allah." Jamie est issue d'une riche famille toxane. Son père, archiconservateur, était opposé à son mariage avec un Juif.

 

La soirée de réélection de Bush, qu'il passe en compagnie de ses nouveaux amis, donne à Philip Roth l'occasion de dénoncer, une fois de plus, le puritanisme de l'Amérique et par les propos tenus par Billy, les méfaits de l'administration de Georges Bush : "On a eu de mauvais présidents et on a survécu, mais à ce point-là jamais. Des aptitudes déficientes. Dogmatique. (...) Dès qu'on est pour ses enfants et pour Dieu, on est républicain..." Bush l'emportera contre Kerry, à la grande colère de Jamie et de Billy.

 

Nathan Zukerman est amoureux de Jamie. "Je veux être sous le charme" lui déclare-t-il. Il invente des dialogues : "Pourtant, tout comme le soir des élections, il m'avait paru d'une nécessité urgente de me mettre à écrire dès la porte refermée, les conversations qui n'ont pas lieu entre elle et moi, plus émouvantes encore que celles qui ont lieu, la "Elle" imaginaire atteignant en plein coeur son personnage comme ne pourra jamais le faire la "elle" de la réalité.  L'occasion pour Philip Roth d'exalter un amour autre que la culture du désir, d'amplifier le rien  par la fiction et que ce matériau "ce non vécu, l'hpothétique, finit par devenir la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout."

 

Nathan va rencontrer un autre personnage, Richard Kliman. Celui-ci veut que Zuckerman l'aide à écrire une biographie de Lonoff dans laquelle il révélera que l'écrivain a, dans sa jeunesse, commis l'inceste avec sa soeur. Nathan veut absolument l'empêcher d'écrire ce livre. L'occasion pour Philip Roth de dénoncer l'impudeur généralisée, le scandale de ceux qui pour faire carrière sont prêts à revisiter les écrivains dans ce qu'ils ont de plus intime.

 

Amy, qu'il a retrouvée, est opposée à Richard Kliman, pour les mêmes raisons. Elle va lui montrer une lettre adressée au Times, dans laquelle elle demande "qu'on laisse le lecteur seul avec ses livres pour qu'il en fasse ce que bon lui semble en toute liberté." En réalité, la lettre a été écrite par Lonoff qui disait : "Nous, les gens qui lisons et qui écrivons, nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire."

 

Nathan renoncera à convaincre Richard Kliman : "Je ne suis pas resté pour me battre comme j'aurais fait jadis, mais je me suis enfui loin du manuscrit de Lonoff et de toutes les émotions qu'il avait réveillées... " "Le raz de marée new-yorkais avait duré à peine un peu plus d'une semaine. Il n'y a pas d'endroit plus effervescent, plus vivant que New York, avec tous ces gens qui parlent dans leurs téléphones portables, qui dînent au restaurant, qui entretiennent des liaisons, trouvent des jobs, lisent les journaux, sont dévorés par des passions politiques. J'avais cru revenir là d'où j'étais parti, me réinstaller en homme réincarné, retrouver toutes ces choses auxquelles j'avais décidé de renoncer – l'amour, le désir, les disputes, les conflits professionnels, tout l'héritage confus du passé -, et au lieu de cela, comme dans un vieux film en accéléré, je n'avais fait que passer, l'espace d'un instant, et reprendre la route pour retourner chez moi."

 

J'ai été fort déroutée par le livre. J'avais gardé le souvenir du Nathan Zukerman, de La tache, un écrivain en pleine gloire. Je retrouve un homme amoindri physiquement, hanté par la peur de perdre la mémoire, alerté par ses oublis, humilié quand il constate qu'il lui arrive de dire un mot pour un autre. Mais, si Philip Roth décrit minutieusement la déchéance physique de son héros, il lui laisse toute sa lucidité et son sens critique.

 

Un beau livre, un peu triste peut-être, comme l'était déjà le roman précédent : Un homme.