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15/04/2010

DAVID GROSSMAN.

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David Grossman, né à Jérusalem, en 1954,  est considéré, aujourd'hui, comme un  des écrivains israéliens les plus importants. Il a fait des études de philosophie et de théâtre à l'Université hébraïque de Jérusalem et a commencé sa carrière comme correspondant à Kol Israël, la radio nationale. Son premier livre "Le vent jaune" l'a rendu célèbre. Il écrira plusieurs romans dont certains seront traduits dans de nombreux pays : "Le sourire de l'Agneau" "Voir ci-dessous l'amour" "Le Livre de la grammaire intérieure" "L'enfant zigzag""Dans la peau de Gisela".

 

L'auteur vit à Jérusalem, est marié, père de trois enfants. Son fils Uri a été tué au combat le 12 août 2006, au Liban. Il avait vingt ans. Proche du mouvement "Camp de la paix" David Grossman critique souvent la politique menée par son gouvernement.

 

QUELQU'UN AVEC QUI COURIR.

 

Le livre débute par la course d'Assaf attaché à un chien dans les rues de Jérusalem. "Un chien court dans la rue, un adolescent le poursuit. Ils sont reliés par une longue corde  qui se prend dans les pieds des passants furieux... " Comme il travaille à la mairie, un job de vacances, son chef lui a demandé de rendre le chien égaré à son propriétaire, partant du principe que le chien le retrouvera.

 

 La chienne le conduira dans un couvent orthodoxe, où il va rencontrer Théodora, enfermée dans le couvent depuis cinquante ans. Elle lui apprendra que la chienne Dinka appartient à une jeune adolescente, Tamar, qui n'est plus venue au couvent depuis plusieurs semaines.  Théodora lui demande de retrouver Tamar. Assaf fera de la recherche de Tamar, une véritable obsession. Il va parcourir Jérusalem et découvrir le monde de la drogue, de la violence et de la misère.

 

En parallèle, si je puis dire, aux aventures d'Assaf, nous découvrons Tamar. Elle a décidé de vivre dans la rue: "Coupez-moi tout ça, dit-elle au coiffeur. – Tout ?! – Tout – C'est dommage. – Je vous ai demandé de tout couper." Et comme le coiffeur proteste, il est coiffeur pour homme, elle réplique : "Alors vous n'avez qu'à me raser la tête."

 

Nous apprenons qu'elle s'est fait raser la tête pour ne pas être reconnue par ses parents et qu'elle recherche quelqu'un dont nous découvrirons, assez loin dans le roman, qu'il s'agit de son frère Shaï. Celui-ci, drogué, est enfermé dans une communauté gérée par un malfrat, Pessah. Il lui a lancé un appel au secours et Tamar a décidé de le retrouver.

 

Un jour, qu'elle chante dans la rue comme elle le fait d'habitude, elle est accostée par un couple, Joseph et Hénia, qui lui proposent de l'emmener chez Pessah. "Moi, c'est mamie et lui, c'est papy. Des vieux! Et un fils, Pessah, qui est directeur là-bas. (...) Tamar les regarda, désespéreé. C'était ça. Le nom que Shaï lui avait dit quand il avait téléphoné de là-bas. Pessah. L'homme qui l'avait roué de coups, presque tué."

 

Tamar se laisse emmener par le couple et découvre des adolescents, exploités par Pessah, qui les oblige à chanter ou à jouer de la guitare, pour lui rapporter de l'argent. Il faudra plusieurs jours avant que Shaï n'apparaisse. "Dès qu'elle l'aperçut, un frisson la parcourut. Si maigre, si défait. Une pâle copie de lui-même. Elle avança tout droit, passa devant lui comme une automate, les yeux baissés, le visage blême. Shaï la regarda sans la voir. Etait-il distrait ou drogué, une chose était sûre : il ne l'avait pas reconnue... "

 

Au cours d'un repas, elle va utiliser un subterfuge, pour se faire reconnaître par Shaï, le langage de leur enfance, le langage des doigts. Et c'est le miracle. Shaï déchiffre le message de Tamar : "Je suis venue te sortir d'ici" mais ses doigts répondent : "Ils vont nous tuer tous les deux."

 

Tamar va arriver à contacter une amie Léah à qui elle demandera de venir les chercher dans une rue où ils se produisent tous les deux. La coccinelle de Léah les emmène et Tamar conduit son frère dans la grotte qu'elle avait préparée pour le désintoxiquer

 avant le retour dans la famille.

 

L'histoire se terminera par l'arrestation de Pessah, la rencontre de Tamar et d'Assaf, qui lui rendra le chien qu'elle avait perdu lors de sa fuite avec Shaï.

 

Un beau roman. Un vrai suspense. Certaines scènes sont violentes, d'autres émouvantes. L'histoire paraît invraisemblable mais le talent de l'auteur est tel que le lecteur n'a pas envie d'abandonner la lecture.

 

La musique est omniprésente. Chacun des chapitres est le titre d'une chanson de Jean-Jacques Goldman. Tamar éprouve de grandes difficultés à chanter dans la rue, ce qu'elle n'avait pas prévu. "Chanter dans la rue, c'était se montrer jusqu'au fond d'elle-même."

 

Mais quelle joie quand elle y parvient : "Elle finit sur des sons presque inaudibles qui s'étirent et s'effilochent dans l'agitation de la roue, qui tourne autour d'elle, de la rumeur de la vie qui s'amplifie à mesure que le chant s'éteint. Le cercle applaudit très fort, quelques-uns poussent un profond soupir. Tamar ne bouge pas. Son cou est rouge, ses yeux éclairés d'une lueur tranquille, lucide. Elle est debout, les bras relâchés le long du corps. Elle a envie de sauter de joie, soulagée d'avoir réussi."

 

Mais : "Long is the road".

 

 

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