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08/04/2010

PHILIP ROTH.

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Philip Roth, petit-fils d'immigrés juifs originaires d'Autriche Hongrie, est né à Newak, une ville portuaire proche de Manhattan, dans le New jersey, le 19 mars 1933. Il a étudié la littérature à l'Université de Bucknell, puis de Chigaco. Son premier recueil de nouvelles Good bye Colombus lui a permis de remporter le Le National Book Award. Il  a enseigné la littérature à l'université de Pennsylvanie jusqu'en 1992.

 

Auteur de vingt-huit romans, il est considéré par les critiques, comme un des meilleurs écrivains américains contemporains. Afin de mieux dénoncer les errances de la société américaine, Philip Roth se crée un double littéraire, Nathan Zuckerman, un écrivain juif américain. On le retrouve dans plusieurs romans dont La Contrevie, Pastorale américaine, La Tache, roman pour lequel il a obtenu le Prix Médicis étranger en 2002 et qui a été un best-seller en France.

 

EXIT LE FANTOME.

 

Zuckerman a 71 ans. Il s'est exilé à la campagne pendant onze ans ayant comme seuls amis Larry et Marylynne Hollis. Larry trouve que la vie menée par Nathan, vie de reclus, est anormale. "La vie que vous menez n'est pas celle qui vous convient. (...) Je ne veux plus que vous meniez une vie de solitaire. Vous allez trop loin, merde. C'est trop radical, Nathan." Larry ira même jusqu'à lui apporter deux chatons, baptisés par Zuckerman A et B, à la grande stupéfaction de Larry. Il ne les gardera qu'une semaine...

 

Ayant été opéré d'un cancer de la prostate, souffrant d'incontinence urinaire, Zuckerman décide d'aller consulter un urologue à New York. Entrant dans un snack, il y voit Amy Bellette, qu'il avait connue quand, âgée de vingt-sept ans, elle était devenue la maîtresse de l'écrivain Isidore Lonoff, son mentor. Elle a été opérée d'une tumeur au cerveau et quand elle enlève son chapeau rouge, Nathan voit son crâne à demi rasé où serpente une cicatrice hideuse. Il n'ose pas l'aborder mais il la retrouvera plus tard.

 

En quête d'un appartement sur Broadway, Zukerman fait la connaissance d'un jeune couple d'écrivains, Bill et Jamie avec lesquels il convient d'échanger sa maison contre leur appartement. Jamie est terrorisée depuis les attentats du 11 septembre et veut absolument quitter New York : "Je ne veux pas être pulvérisée au nom d'Allah." Jamie est issue d'une riche famille toxane. Son père, archiconservateur, était opposé à son mariage avec un Juif.

 

La soirée de réélection de Bush, qu'il passe en compagnie de ses nouveaux amis, donne à Philip Roth l'occasion de dénoncer, une fois de plus, le puritanisme de l'Amérique et par les propos tenus par Billy, les méfaits de l'administration de Georges Bush : "On a eu de mauvais présidents et on a survécu, mais à ce point-là jamais. Des aptitudes déficientes. Dogmatique. (...) Dès qu'on est pour ses enfants et pour Dieu, on est républicain..." Bush l'emportera contre Kerry, à la grande colère de Jamie et de Billy.

 

Nathan Zukerman est amoureux de Jamie. "Je veux être sous le charme" lui déclare-t-il. Il invente des dialogues : "Pourtant, tout comme le soir des élections, il m'avait paru d'une nécessité urgente de me mettre à écrire dès la porte refermée, les conversations qui n'ont pas lieu entre elle et moi, plus émouvantes encore que celles qui ont lieu, la "Elle" imaginaire atteignant en plein coeur son personnage comme ne pourra jamais le faire la "elle" de la réalité.  L'occasion pour Philip Roth d'exalter un amour autre que la culture du désir, d'amplifier le rien  par la fiction et que ce matériau "ce non vécu, l'hpothétique, finit par devenir la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout."

 

Nathan va rencontrer un autre personnage, Richard Kliman. Celui-ci veut que Zuckerman l'aide à écrire une biographie de Lonoff dans laquelle il révélera que l'écrivain a, dans sa jeunesse, commis l'inceste avec sa soeur. Nathan veut absolument l'empêcher d'écrire ce livre. L'occasion pour Philip Roth de dénoncer l'impudeur généralisée, le scandale de ceux qui pour faire carrière sont prêts à revisiter les écrivains dans ce qu'ils ont de plus intime.

 

Amy, qu'il a retrouvée, est opposée à Richard Kliman, pour les mêmes raisons. Elle va lui montrer une lettre adressée au Times, dans laquelle elle demande "qu'on laisse le lecteur seul avec ses livres pour qu'il en fasse ce que bon lui semble en toute liberté." En réalité, la lettre a été écrite par Lonoff qui disait : "Nous, les gens qui lisons et qui écrivons, nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire."

 

Nathan renoncera à convaincre Richard Kliman : "Je ne suis pas resté pour me battre comme j'aurais fait jadis, mais je me suis enfui loin du manuscrit de Lonoff et de toutes les émotions qu'il avait réveillées... " "Le raz de marée new-yorkais avait duré à peine un peu plus d'une semaine. Il n'y a pas d'endroit plus effervescent, plus vivant que New York, avec tous ces gens qui parlent dans leurs téléphones portables, qui dînent au restaurant, qui entretiennent des liaisons, trouvent des jobs, lisent les journaux, sont dévorés par des passions politiques. J'avais cru revenir là d'où j'étais parti, me réinstaller en homme réincarné, retrouver toutes ces choses auxquelles j'avais décidé de renoncer – l'amour, le désir, les disputes, les conflits professionnels, tout l'héritage confus du passé -, et au lieu de cela, comme dans un vieux film en accéléré, je n'avais fait que passer, l'espace d'un instant, et reprendre la route pour retourner chez moi."

 

J'ai été fort déroutée par le livre. J'avais gardé le souvenir du Nathan Zukerman, de La tache, un écrivain en pleine gloire. Je retrouve un homme amoindri physiquement, hanté par la peur de perdre la mémoire, alerté par ses oublis, humilié quand il constate qu'il lui arrive de dire un mot pour un autre. Mais, si Philip Roth décrit minutieusement la déchéance physique de son héros, il lui laisse toute sa lucidité et son sens critique.

 

Un beau livre, un peu triste peut-être, comme l'était déjà le roman précédent : Un homme. 

 

Commentaires

Je me souviens de cette histoire (de chatons entre autres) rapportée lors de la visite de François Busnel à Ph. Roth pour La Grande Librairie.
Votre billet me rafraîchit la mémoire avant de lire "Un homme" que je viens d'emprunter à a la bibliothèque - pas trop triste, j'espère.

Écrit par : Tania | 09/04/2010

Bonjour,
"Un homme" vaut la peine d'être lu. J'avais fait un billet sur Philip Roth avant d'avoir un blog sur la Libre.
J'ai dit que c'était triste parce qu'il a écrit après la mort d'un ami et comme ses romans sont toujours autobiographiques, cela se ressent.
J'avoue être "fan" de Philip Roth !

Écrit par : mado | 10/04/2010

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