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30/03/2010

YASMINA KHADRA.

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Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul. Il n'a révélé son identité masculine qu'en 2001 avec la parution de son roman autobiographique "L'Ecrivain". Yasmina Khadra sont les prénoms de son épouse. Il est exilé en France depuis 2001 où il habite à Aix-en-Provence. Son oeuvre est abondante. En 2005, il a obtenu le Prix des Libraires pour son roman "Les Sirènes de Bagdad".

 

LES  HIRONDELLES  DE  KABOUL.

 

Mohsen Ramat,  fils de bourgeois, a étudié les Sciences politiques, et, avant le régime des talibans, était un jeune homme pieux, sans histoires. Sa femme Zunaira,  fille de notable, était avocate et  militait  pour l'émancipation des femmes.

 

Atiq Shaukat,  ancien combattant, est devenu geôlier. Sa femme Mussarat est malade. Il refuse de la quitter malgré les conseils de ses amis car elle lui a sauvé la vie. Mirzat n'hésite pas à dire : "Aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu." Ou pire : "Avec ces créatures viscéralement hypocrites et imprévisibles, plus tu crois les apprivoiser et moins tu as de la chance de surmonter leurs maléfices. Tu réchaufferais une vipère contre ton sein que ça ne t'immuniserait pas contre leur venin."

 

Le livre commence par la lapidation d'une prostituée. Moshen, après avoir hésité, rejoint l'attroupement sur place. "Dans une ruée indescriptible, les gens se jettent sur les monceaux de cailloux que l'on avait intentionnellement disposés sur la place quelques heures plus tôt. Aussitôt, un déluge de projectiles s'abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Moshen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. (...) Il atteint la victime en pleine tête."

 

Moshen va raconter à sa femme ce qu'il a fait, pris dans l'ambiance haineuse de la foule : "simplement parce que la foule hurlait, j'ai hurlé avec elle, simplement parce qu'elle a réclamé du sang, je l'ai exigé aussi."

 

Zunaira mettra longtemps à lui pardonner. Après leur réconciliation, un autre drame va se produire. Moshen, malgré les réticences de sa femme, la persuade de faire une promenade en ville. Elle revêt son tchadri. C'est l'heure de la prière. Un taliban les aperçoit et force Moshen à rejoindre la mosquée et à laisser Zunaira, en retrait, au pied d'un mur. Zunaira, humiliée, momifiée dans son voile, est effondrée. "Elle a l'impression d'être un objet suspect (...) La honte la gagne. (...) Comment a-t-elle pu accepter d'enfiler ce monstrueux accoutrement qui la néantise, cette tente ambulante qui constitue sa destitution et sa geôle avec son masque grillagé taillé dans son visage..."

 

Dans la mosquée, le mollah Bashi, se déchaîne : "Bientôt il n'y aura qu'une langue sur terre, qu'une loi, qu'un seul ordre : ceci ! s'écrie-t-il en brandissant un Coran... L'Occident a péri, il n'existe plus." Sur sa lancée, il accuse, dénonce : l'occident est amoral, pourri. "Ne croyez guère que ceux qui se sont sacrifiés pour la cause du Seigneur sont morts : ils sont bel et bien vivants auprès de leur Maître qui les comble de ses bienfaits."

 

 Moshen n'arrête pas de penser à sa femme. Il sait qu'elle souffre mais les talibans l'empêchent de quitter la mosquée. Quand il la rejoint, elle le repousse. Elle ne lui pardonnera pas ce qu'elle vient de subir. Il errera dans Kaboul, désespéré. Pour protester contre ce que la charia impose aux femmes,  Zunaira a  décidé de porter le tchadir qu'elle a en horreur. La fin du couple sera tragique.

 

Atiq ne supporte plus le monde carcéral. Il erre dans les rues, parle tout seul, ne comprend pas ce qui lui arrive. "Que m'arrive-t-il ? Je ne supporte ni la pénombre, ni la lumière du jour, ni d'être assis ni d'être debout ni les vieillards ni les enfants, ni le regard des gens ni leur main sur moi. C'est à peine si je me supporte. Suis-je en train de devenir fou à lier ?"

 

Un événement va changer sa vie. Une prisonnière est amenée à la prison. Elle a enlevé son tchadri et dans sa cellule, assise en tailleur, elle prie. Atiq est sous le charme. "Hormis celui de son épouse, Atiq n'a pas vu un seul visage de femme depuis plusieurs années. (...) Et d'un coup, un voile tombe, et une merveille en jaillit."

 

Atiq ne peut pas accepter qu'elle soit suppliciée. Il fera tout pour la sauver. C'est sa femme qui l'aidera, par amour. "Un miracle s'est produit cette nuit. (...) J'ai vu des larmes couler de tes yeux. (...) Toi, pleurer ? Même lorsque j'ai retiré les éclats d'obus de tes chairs, je n'ai pas réussi à t'arracher un cri. (...) Et puis, cette nuit, j'ai vu, de mes propres yeux, l'homme que je croyais irrécupérable se prendre la tête dans les mains et pleurer. J'ai dit, c'est la preuve qu'une lueur d'humanité subsiste encore en lui."

 

Je ne dévoilerai pas la fin du livre. Un roman très dur comme est la vie des afghans sous le régime des talibans et des mollahs. Et pourtant, il peut y avoir des miracles, des instants de grâce, d'amour.

 

Yasmina Khadra a voulu rendre hommage aux femmes humiliées. Son roman est aussi dans la ligne de son combat contre le fondamentalisme. Il a choisi Kaboul où "la ruine des remparts a atteint les âmes".

 

Le roman a été publié chez Julliard en 2002 et comme toute l'oeuvre de Yasmina Khadra chez Pocket.

 

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