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03/03/2010

PIERRE ASSOULINE.

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Pierre Assouline est né à Casablanca le 17 avril 1953. Ecrivain et journaliste, il est l'auteur de dix biographies et de cinq romans notamment La Cliente, Lutetia, Le Portrait. Il est actuellement chroniqueur au "Monde2" et à "L'Histoire", critique au "Nouvel Observateur", au "Magazine littéraire", au "Monde des livres." Il enseigne à Sciences Po depuis une dizaine d'années. En 2004, il a créé le blog "La République des livres" sur "Le Monde.fr."

 

J'avais beaucoup aimé "Lutetia", dont le titre est tiré de l'Hôtel Lutetia qui a, durant l'occupation, servi de siège aux Services secrets de l'état-major allemand, puis à la Libération, de lieu d'accueil des déportés et rapatriés. Par contre, je n'ai pas aimé "Le Portrait". L'idée originale est de faire parler la peinture d'Ingres, portrait de la baronne Betty de Rothschild. Mais, si le livre nous fait revivre une époque, l'accumulation de détails, de noms, suscite très vite l'ennui.

 

ROSEBUD.

 

Le livre est sous-titré "Eclats de biographies". Rosebud (bouton de rose) est le mot énigmatique que murmure Kane aux ultimes secondes de sa vie et qui se révélera être le nom que portait la luge de l'enfant qu'il fut, dans le film d'Orson Wells "Citizen Kane". Pierre Assouline l'utilise comme une métaphore : il s'agit d'un détail révélateur des failles et des secrets de chacun d'entre nous. L'auteur fera donc une autre biographie de Rudyard Kipling, Henri Cartier-Bresson, Paul Celan, Jean Moulin, Lady Diana Spencer, Picasso et Pierre Bonnard.

 

La "Duchess" de Kipling.

 

Pour Pierre Assouline, le "rosebud" de Kipling, est sa Rolls-Royce. En 1914, quand éclate la guerre, Rudyard Kipling est père de trois enfants. John, son seul fils, est âgé de dix-sept ans. Au moment où l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne, Kipling a quarante-neuf ans. C'est un auteur célèbre, très populaire et ses livres ont connu un succès jamais démenti : "Le livre de la jungle.""Le Second livre de la jungle." Histoires comme ça". Son poème "Si" a marqué toute une génération : "Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie – Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir – Si ... qui se termine par le célèbre : Tu seras un homme, mon fils".

 

Pour Pierre Assouline, le poème va peser lourdement sur John, qui sera forcé de faire la guerre pour répondre aux souhaits de son père. Mais, John voit très mal et n'arrivera à rejoindre l'armée que très difficilement, sa vue est trop mauvaise pour un soldat. Il s'engage cependant et meurt au combat. Son père va, dans un premier temps, nier sa mort, puis se lancer dans la recherche de son corps pour lui donner une sépulture. Il va se culpabiliser, en devenir malade, se sentant responsable d'avoir envoyé son fils à la mort.

 

Le récit devrait être pathétique. Il n'en est rien. Pierre Assouline, ne voit en Rudyard Kipling, qui parcourt la France pour essayer d'identifier les inconnus, fournir des stèles, prononcer des discours, en deux mots enterrer et commémorer que le belliciste qui a envoyé des enfants au combat. Pas d'émotion dans ce récit et l'intitulé du chapitre "La duchess" m'a paru indécent.

 

Sous l'écharpe de Jean Moulin.

 

Pierre Assouline va s'intéresser au préfet, Jean Moulin, non au héros de la Résistance. Le rosebud de Jean Moulin est l'écharpe qu'il porte pour cacher la cicatrice qu'il a sur le cou, suite à un essai de suicide après les mauvais traitements infligés par les Allemands. De quoi s'agit-il ? Lors de l'arrivée des troupes allemandes dans son département, des enfants sont tués et la Wehrmacht veut faire endosser la responsabilité aux troupes noires de la "Coloniale" française. Ils attendent que le préfet confirme leur responsabilité en apposant sa signature au bas d'un protocole. Jean Moulin s'y refuse, n'accusant personne mais disculpant les tirailleurs sénégalais. A bout, après sept heures d'épreuve, jugeant que signer c'est se déshonorer, il tente de se suicider.

 

Pierre Asssouline va charger lourdement ce préfet, qui, resté à son poste pour protéger ses administrés, va, comme le demandent les Allemands, procéder au recensement des Juifs. L'auteur a des mots terribles : "Le fait est que le premier des résistants n'est pas le premier résistant" Ou encore : "Celui qui a refusé un faux dénonçant des Noirs accepte un vrai excluant des Juifs. La morale de la guerre serait-elle à géométrie variable ? Et "Moulin n'est pas antisémite, il est français."  "Curieusement, celui qui choisit la mort volontaire plutôt que le déshonneur d'un préfet  attend d'être dénoncé pour quitter son poste."

 

Ce récit aussi m'a mise mal à l'aise. Le biographe a le droit de rapporter des faits mal connus même s'ils nuisent à celui dont il établit la biographie. Certes, Pierre Assouline rappelle au début du chapitre le passé de Résistant de Jean Moulin : "l"icône d'un saint laïque". Mais il est clair pour lui que les quelques mois passés dans sa fonction de préfet pèsent plus lourd que son action dans la Résistance. Si je partage l'indignation de l'auteur pour les "crimes" commis contre les Juifs, j'ai eu l'impression qu'il ne cherchait pas, vraiment ou seulement, à rétablir une vérité peu connue de la vie de Jean Moulin.

 

Les chaussures neuves de Mr. Owen.

 

Il s'agit non d'une biographie de Lady Diana Spencer comme Pierre Assouline l'affirme mais uniquement du récit de la cérémonie de son mariage. L'auteur y assiste comme jeune journaliste. Mr. Owen se plaint de ses chaussures neuves qui lui font mal, d'où le titre. Un chapelet de critiques acerbes sur la population britannique. "Qui eût dit que l'on y trouverait l'âme d'un peuple jusque dans une paire de souliers..."C'est que même s'il n'est pas né, un Anglais demeure supérieur au reste de l'humanité, selon les Anglais." "Dans cette société, une faute de goût peut signer l'arrêt de mort d'une ascension sociale. On ne porte plus de chaussures marron dès la tombée du jour. C'est l'un des commandements secrets de tout gentleman." "... nul autre pays ne pratique avec autant de persévérance le culte des classes sociales." Etc, etc... si au moins c'était drôle !

 

Pierre Assouline écrit bien, c'est indéniable, mais aucune émotion, aucun humour, dans "Rosebud". Il transforme le bouton de rose en fleur fanée.

 

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