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27/01/2010

RAPHAEL ENTHOVEN ET BLAISE PASCAL.

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Raphaël Enthoven est né en 1975 à Paris. Il est le fils de l'éditeur Jean-Paul Enthoven. Il est ancien élève de l'Ecole normale supérieure et agrégé de philosophie. Il a enseigné à l'université Lyon-III et l'Institut politique de Paris. En 2002, il rejoint l'Université populaire de Caen à la demande de Michel Onfray. Il n'y reste qu'un an "viré" dira-t-il par Michel Onfray.

 

 Il anime la rubrique "Sens et vie" de "Philosophie Magazine", l'émission "Philosophie" sur Arte, "Nouveaux chemins de la connaissance" sur France- Cuture et est professeur à l'Ecole Polytechnique.

 

En 1999, il a une romance qui  fait scandale, avec Carla Bruni, alors que celle-ci entretient une liaison avec son père. Il quitte sa femme Justine Lévy, fille de Bernard-Henri Lévy, pour Carla avec qui il aura un fils, Aurélien, en 2001. Il sera le personnage principal du livre de Justine "Rien de grave" paru en 2004. Dans son album "Quelqu'un m'a dit" Carla lui dédie sa chanson "Raphaël". Il vit aujourd'hui avec l'actrice Chloé Lambert avec qui il a eu un fils,  Sacha en 2008.

 

L'émission "Philosophie" sur Arte est enregistrée dans une ancienne usine. Il s'entretient avec un invité, tout en marchant, et, selon le sujet, en s'arrêtant devant des affiches, des tableaux, livre en main. L'émission est donc un dialogue avec un invité, ponctué de lectures de textes. Cette idée de "déambuler" il dit l'avoir eue d'un aphorisme de Niezche : "les bonnes idées sont celles qui viennent en marchant".

 

PASCAL OU LES INTERMITTENCES DE LA RAISON.

 

Ce livre reprend les entretiens diffusés sur France-Culture du 8 au 12 septembre 2008, dans les cadres des "Nouveaux chemins de la connaissance".

 

Il est évident qu'il est impossible de faire une étude approfondie des "Pensées" en cinq entretiens, repris dans 176 pages. Néanmoins, j'ai été fort intéressée par l'ouvrage. Etonnée très souvent. Les auteurs font une analyse différente de celle que je connaissais. J'aime beaucoup Blaise Pascal, surtout "Les Provinciales" mais certaines pensées me laissaient perplexe, voire choquée comme le célèbre "Abêtissez-vous". Que Blaise Pascal fasse l'apologie du christianisme ne me semblait pas évident. Maintenant, c'est, pour moi, beaucoup plus clair.

 

Raphaël Enthoven ouvre son premier entretien par ces mots : "C'est de Blaise Pascal, l'effrayant génie, l'homme au gouffre, le mathématicien de coeur dont nous allons  parler(...) ce drôle d'homme qui porte à croire par la raison des vérités qui dépassent la raison."

 

L'auteur rappelle que les Pensées sont écrites en fragments, que l'on peut classer dans l'ordre qu'on voudra, d'où les nombreuses éditions différentes les unes des autres, et, si on retrouve des pensées très proches l'une de l'autre, leur sens sera différent selon l'ordre dans lequel elles seront présentées.

 

Les thèmes abordés sont : l'infini, la condition de l'homme, l'imagination (qui nous détourne du réel), le divertissement, le "moi" (employé pour la première fois comme substantif), le pari, la pensée politique, le "Mémorial".

 

Blaise Pascal ne cherche pas à démontrer l'existence de Dieu. Il cherche à convaincre que la religion est "vénérable et aimable". Dans le pari, que les auteurs analysent longuement, il affirme que celui qui croit que Dieu existe aura une existence meilleure que celui qui croit que Dieu n'existe pas. "Il y a ici une infinité de vies infiniment heureuses à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards, de perte et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti."

 

D'après Vincent Carraud, un des interlocuteurs de Raphaël Enthoven, la phrase : "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point, on le sait en mille choses" n'est pas assumée par Blaise Pascal mais mise dans la bouche de l'honnête homme par excellence, son ami Milton à qui il va dire : "Le moi est haïssable. (...) Vous Milton, vous le couvrez, vous ne notez point pour cela, vous êtes donc toujours haïssable."  Il dira aussi : "Je ne suis pas aimable fondamentalement. (...) Seul Dieu peut m'aimer tel que je suis, c'est-à-dire non aimable." Je renvoie le lecteur au long développement fait par les auteurs pour expliquer ces pensées.

 

J'ai envie de terminer par une phrase, plus simple, que j'aime beaucoup : "Il n'est pas nécessaire parce que vous êtes duc que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue."

 

Je suis obligé d'être déférent envers celui qui a autorité sur moi, je ne suis pas obligé de l'estimer.

 

24/01/2010

PHILIPPE GRIMBERT : UN SECRET.

 

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Philippe Grimbert est né à Paris, en 1948. Psychanalyste lacanien, il travaille dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Colombes, auprès d'adolescents autistes ou psychotiques. Passionné de musique, de danse et d'informatique, il a publié deux essais :  "Psychanalyse de la chanson" et "Pas de fumée sans Freud". Il est aussi l'auteur de trois romans : "La fille de l'être " La Petite Robe de Paul" "Un secret", roman autobiographique. Claude Miller s'est inspiré du roman pour réaliser en 2007, le film "Un secret".

 

UN  SECRET.

 

Fils unique, Philippe s'invente un frère. Il souffre d'être un enfant chétif, a l'impression de décevoir ses parents, tous deux sportifs. Louise va lui apprendre l'histoire de sa famille. Maxime, son père, a épousé sa mère, Tania, après l'arrestation par les Allemands de sa femme, Hannah. C'est volontairement qu'Hannah a donné ses vrais papiers lorsqu'elle devait rejoindre la zone libre où se trouvaient déjà Maxime et Tania. Elle a été arrêtée avec son fils, Simon. Maxime, qui était déjà amoureux de Tania, l'épousera après la guerre. Philippe apprend donc l'existence de son frère et le secret de ses parents. Pour les épargner, il ne dit rien et attend le moment favorable. Il annoncera à ses parents qu'il sait tout et qu'Hannah et Simon ont été gazés en arrivant à Auchwitz. Pour épargner son père, il lui cache la décision d'Hannah, de se laisser volontairement embarquer par les Allemands, avec son fils, parce qu'elle avait appris que Tania avait rejoint Maxime en zone libre et qu'elle savait Maxime amoureux d'elle.

 

L'intérêt du livre réside dans la personnalité du narrateur, Philippe. Il s'invente un frère, ce qui est banal. Combien d'enfants ont un frère, une soeur, un ami ou une amie imaginaires très souvent pour faire des confidences, raconter leur journée, partager leurs peines ou leurs joies. Philippe, lui, va faire de son frère imaginaire, un autre qui vivra à sa place. Il l'imagine comme son contraire : "Glorieux, fier, rebelle, sportif"  un frère qui a l'admiration de ses parents ce que lui, enfant chétif,  est persuadé qu'il n'a pas. Son frère imaginaire l'aide à surmonter ses peurs mais très vite il lui abandonne une partie de sa vie : "Chaque début d'année je me fixais le même objectif : attirer l'attention de mes maîtres, devenir leur préféré, monter sur l'une des trois marches du podium. De cette seule compétition je pouvais prétendre être le vainqueur. Là était mon domaine, à mon frère j'avais abandonné le reste du monde : lui seul pouvait le conquérir.""Je ne me mêlais jamais aux jeux des autres enfants qui déjà suivaient les traces de leurs parents, je laissais mon frère les rejoindre et leur disputer le ballon, triompher sur les pistes et les courts libérés par les adultes."

 

La relation avec son frère imaginaire, va évoluer. Il en devient jaloux : "Frère ennemi, faux frère, frère d'ombre, retourne à ta nuit ! Mes doigts dans ses yeux j'appuyais de toutes mes forces sur son visage pour l'enfoncer dans les sables mouvants de l'oreiller."

 

Apprendre la vérité, va le transformer. "J'avais quinze ans, je savais ce qu'on m'avait caché et à mon tour je me taisais par amour. Les révélations de mon amie ne m'avaient pas seulement rendu plus fort, elles avaient aussi transformé mes nuits : je ne luttais plus avec mon frère, maintenant que je connaissais son nom ... Depuis que je pouvais les nommer, les fantômes avaient desserré leur étreinte : j'allais devenir un homme."

 

Un soir qu'il rentre de la faculté, il trouve sa mère en pleurs : Eco, leur chien est mort. Maxime est effondré. C'est le moment que Philippe choisit pour dire à son père qu'il sait tout. :"J'ai prononcé le nom d'Hannah et celui de Simon. Surmontant ma crainte de le blesser je lui ai livré tout ce que j'avais appris, ne laissant dans l'ombre qui l'acte suicidaire d'Hannah. Je l'ai senti se raidir, serrer ses mains sur ses genoux. J'ai vu blanchir ses jointures mais, décidé à poursuivre, je lui ai donné le numéro du convoi, la date du départ de sa femme et de son fils pour Auschwitz, celle de leur mort. Je lui ai dit qu'ils n'avaient pas connu l'horreur quotidienne du camp. Seule la haine des persécuteurs était responsable de la mort d'Hannah et de Simon. Sa douleur d'aujourd'hui, sa culpabilité de toujours ne devaient pas permettre à cette haine d'exercer encore une fois ses effets."

 

Cette confidence va permettre de réconcilier Philippe avec son père : "Au moment où je partais me coucher il m'a arrêté, d'une pression légère de sa main sur mon épaule. Je l'ai serré dans mes bras, ce que de ma vie je n'avais pas encore fait. ... je venais de délivrer mon père de son secret."

 

L'ouvrage est un livre subtil sur la culpabilité, le mensonge avec, en toile de fond, l'histoire de l'époque : la guerre, l'étoile jaune imposée aux Juifs, la fuite en zone libre, l'holocauste. 

 

Le livre est sobre, pudique. Apprendre la vérité sur l'histoire de sa famille, vérité que ses parents lui ont cachée, va transformer Philippe et lui permettre de devenir adulte.

 

L'auteur, psychanalyste, dénonce les ravages que peuvent causer les secrets de famille, chez les adultes, les ados, les enfants. Témoignage mais aussi plaidoyer : cacher un passé, même honteux, est dévastateur.

 

19/01/2010

PHILIPPE CLAUDEL : LE RAPPORT DE BRODECK

 

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PHILIPPE CLAUDEL est né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe. Il est agrégé de français et maître de conférence à l'université de Nancy. Ses oeuvres les plus connues sont : "Les Ames grises", prix Renaudot, adapté au cinéma en 2005, "La petite Fille deMonsieur Linh, et "Le Rapport de Brodeck" pour lequel il a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix des lecteurs du Livre de Poche. Réalisateur, son premier film "Il y a longtemps que je t'aime" a obtenu le César du meilleur film en 2009.

 

LE  RAPPORT  DE  BRODECK.

 

L'histoire se passe dans un village semblable à n'importe quel autre. Il a son maire, son instituteur, son curé ; une auberge, un café, un marché. Il va pourtant s'y passer des choses horribles.

 

Pendant la guerre, les Allemands débarquent et sèment la terreur. Leur capitaine leur ordonne d'aller chercher toutes les armes. Aloïs Collar, un peu par bravade, affirme qu'il n'en possède pas. Les soldats trouvent cependant un vieux fusil. Collar est emmené et le lendemain, devant tout le village convoqué par le capitaine Buller, il est abattu d'un coup de hache. Son corps restera là pour "l'exemple". Peu de temps après, Buller convoque le maire et lui ordonne de "purifier le village". Le maire lui livre Brodeck et Frippman, deux étrangers : "Frippman et moi avions en commun de ne pas être nés au village, de ne pas ressembler à ceux d'ici, yeux trop sombres, cheveux trop noirs, peau trop bistre...".

 

A la  surprise générale, Brodeck revient au village. Il reprend son travail qui consiste à  répertorier les plantes et à envoyer des rapports à l'administration. Un an plus tard, un étranger s'installe au village. Il ne dit pas son nom, ni d'où il vient, ni pourquoi il est là. Peu à peu il suscite la suspicion. Que fait-il ? Pourquoi se promène-t-il dans la montagne ? Pourquoi écrit-il ?

 

L'étranger, "l'Anderer"convie les villageois à une exposition intitulée "Portraits et Paysages" et les villageois, se voient dans les portraits qu'il a fait d'eux "comme dans un miroir". Ils ne le supportent pas et détruisent les tableaux. Leur haine augmente. Ils vont s'emparer du cheval et de l'âne de l'étranger, les noyer dans des conditions horribles, devant tout le village qui ne dit rien. L'horreur ne s'arrêtera pas. Ils vont tuer l'étranger dans l'auberge. Brodeck qui est venu chercher du beurre, découvre le meurtre. Les notables vont lui demander d'écrire un rapport pour les disculper. C'est ainsi que commence le livre :

 

"Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi, je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m'ont forcé : "Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études."

 

Brodeck va écrire son rapport en y mêlant ses souvenirs du camp de concentration. "Parfois, lorsque les gardes étaient ivres ou désoeuvrés, ils s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck, mais Chien Brodeck".

 

En écrivant son rapport, il y mêle ses réflexions : "On ne se rend jamais trop compte combien le cours d'une vie peut dépendre de choses insignifiantes, un morceau de beurre..."
Depuis ce qu'il appelle "l'Ereignies"," la chose qui s'est passée", il vit dans la peur. "Le plus bizarre, c'est que lorsque je me trouvais au camp, que j'étais devenu Chien Brodeck, je n'avais plus peur. La peur n'existait pas là-bas, j'étais très au-delà d'elle. Car la peur appartient encore à la vie." "Je sais comment la peur peut transformer un homme ... C'est parce que la peur avait saisi quelques-uns à la gorge, que j'avais été livré aux bourreaux, et ces mêmes bourreaux, qui jadis avaient été comme moi, c'est aussi la peur qui les avait changés  en monstres, et qui avait fait  proliférer les germes du mal qu'ils portaient en eux, comme nous le portons tous en nous."

 

Revenu au village, après le camp, Brodeck va retrouver le mal. Les notables, qui ne supportent plus l'Anderer, parce qu'il est différent, vont se transformer en monstres.

 

Le roman est très noir. Pourtant, Philippe Claudel, va aussi y introduire la bonté. Le curé, alcoolique,  qui reçoit les plus noires confidences et se traite "d'homme-égout", même s'il ne croit plus en Dieu, reste parce qu'il se sent utile. "Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait. Il faut qu'ils  s'en débarrassent. Alors ils viennent me voir..." Et en parlant de l'Anderer : "Moi je suis l'égout, mais lui, c'était le miroir. Et les miroirs, Brodeck ne peuvent que se briser."

 

Il y a aussi, la femme qui l'a recueilli, amené au village, et l'a élevé, Fédorine. Sa femme Emélia et sa fille Poupchette. L'instituteur qui avait été bon pour lui lorsqu'il était arrivé au village. Et même l'étranger, que Brodeck admire, avec qui il partage l'amour des plantes et qui va lui montrer un livre magnifique, qu'il avait en cherché en vain quand il était étudiant. "Son visage avait toujours un grand sourire qui remplaçait souvent les mots dont il était économe. Ses yeux étaient très ronds, d'un beau vert jade, et sortaient un peu de sa face ce qui rendait son regard encore plus pénétrant. Il parlait très peu. Il écoutait surtout."

 

Le roman est magnifique. Le lecteur sera peut-être gêné par les allers et retours que fait l'auteur entre le camp et le village et par certaines similitudes. L'Ereignies se produit parce que le village a été traumatisé par la guerre. Brodeck doit écrire le rapport pour que ceux qui ont commis ces choses horribles puissent oublier.

 

Je ne sais pas quel message Philippe Claudel veut nous livrer par son roman. J'y ai trouvé la dualité de l'homme chez qui le bien et le mal coexistent. Son libre arbitre lui permet de choisir de faire le bien ou le mal, ou plutôt ce qu'il considère comme étant le bien ou le mal. C'est la condition humaine. C'est elle qui nous donne des héros, des saints mais aussi des monstres.

13/01/2010

IL ESSAYAIT AVEC FORCE D'ENFONCER LA PORTE...

 

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KURT WESTERGAARD qui avait publié en 2005, une caricature représentant le prophète Mahomet coiffé d''une bombe, a été agressé le vendredi 1er janvier par un homme armé d'une hache et d'un couteau, criant "vengeance" et "sang" dans un danois approximatif. Il était entré dans la maison en brisant une vitre de la porte d'entrée. Le dessinateur a pu, avec sa petite fille, se réfugier dans une pièce sécurisée pour appeler la police. L'agresseur, un Somalien de 28 ans, qui se revendique d'Al Quaïda, s'en est pris à la police et a été blessé de deux balles. Il est inculpé de tentative d'acte terroriste et de tentative de meurtre.

 

Il faut rappeler qu'en 2005, les réactions dans les pays musulmans avaient été très violentes :manifestations haineuses, drapeaux brûlés, appels au boycott des produits danois, appels à mort et de nombreuses déclarations de dignitaires islamistes : "Le blasphème de l'Islam est puni de mort."

 

Deux hommes avaient déjà été arrêtés en 2006, pour avoir planifié le meurtre de Kurt Westergaard, qui est l'objet de très fréquentes menaces et a été placé sous protection policière rapprochée. Il a été contraint en trois ans de changer plusieurs fois de domicile. Il a reçu le Prix Sappho 2008 pour son courage et pour "sa défense intraitable de la liberté d'expression, du droit à la critique des religions et des libertés fondamentales danoises."

 

La tentative d'assassinat a, bien entendu, suscité l'indignation en occident notamment de la part de "Médecins sans frontière". Le gouvernement danois a multiplié les appels au calme. Cela n'a pas empêché le porte-parole des shebads (groupe islamiste somalien) de déclarer : "Nous saluons l'incident dans lequel un garçon musulman somalien a attaqué le diable qui a injurié le prophète Mahomet ... Il est du devoir de tous les musulmans de défendre leur religion et le prophète ... Nous appelons tous les musulmans, de part le monde, à cibler des gens comme ce Danois diabolique ou d'autres comme Salman Rushdie qui ont injurié notre religion et notre prophète Mahomet." Un appel au meurtre, on ne peut plus clair.

 

J'ai voulu savoir qui était Kurt Westergaard. Ancien professeur d'allemand, âgé de 74 ans, il a depuis 1983, entamé une carrière d'aquarelliste et de dessinateur. Les caricatures de Mohamet, dont il était loin d'imaginer les conséquences, ont bouleversé sa vie et celle de sa famille. "Jamais je n'aurais imaginé que ces caricatures allaient déclencher une telle tempête" déclarait-il en septembre 2006, lors d'un débat sur une chaîne de télévision danoise, soulignant que son dessin "n'était pas dirigé contre l'islam en tant que tel." Il avait d'ailleurs déjà dessiné un Mahomet avec une bombe dans son turban en 1994, pour dénoncer les attentats commis par les islamistes contre les Algériens sans provoquer de scandale.

 

Social-démocrate, plutôt de gauche, ayant été correspondant à Moscou, pendant des années, il était revenu viscéralement attaché à la défense des libertés et ne supportant plus la censure. Il avait d'ailleurs dénoncé le business chrétien au nom de Jésus et les créationnistes de la droite américaine comme d'ailleurs la politique israélienne. Ses dessins publiés dans le Jullands-Poste, un journal plutôt de droite mais ouvert, ont parfois choqué mais sans provoquer le tsunami des caricatures de Mohamet.

 

Que penser de tout cela ? Une fois de plus, toucher à l'Islam, c'est risquer la mort. Les intégristes sont très clairs. "Prochoix", (www.prochoix.org) dans son soutien à Kurt Westergaard, rappelle les menaces que continuent à subir des femmes comme Ayann Hirsi ou Tasima Nasreen.

 

Comment ne pas regretter qu'une fois de plus, les intellectuels musulmans se taisent dans toutes les langues ? En Belgique, les journalistes ne se privent pas de rapporter les propos du pape parfois de manière bien critique. Rappelons par exemple la récente polémique sur la béatification de Pie XII. Mais, que je sache, personne n'est excommunié. Dans les forums, les internautes s'expriment librement, (dans le respect de la charte du journal) sur tous les sujets, mais dès qu'il s'agit de l'islam, même dans un sujet qui nous concerne tous comme par exemple le port du voile dans la fonction publique, les messages sont censurés, le forum rapidement fermé. Et que dire des accusations de "raciste""  lancées constamment à la tête des interlocuteurs qui défendent un autre point de vue que ceux qui se présentent comme légitimes pour parler de l'islam ?

 

Chez nous aussi, les journalistes, les caricaturistes, les humoristes ne sont pas tendres avec les politiques. La liberté d'expression est respectée. Hélas ! dans d'autres pays, les journalistes sont emprisonnés. Même sans caricature...

 

Député et représentant de la communauté musulmane au Danemark, Naser Khader, a déclaré : "Il est très important que le monde musulman accepte les critiques faites à sa religion. Vous savez une religion qui accepte les critiques est une religion très puissante."

 

Dimanche dernier, l'émission "Islam" sur France2 avait comme thème : le pardon et la miséricorde...

06/01/2010

L'ACCORDEUR DE PIANO.


 

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DANIEL MASON est né et a grandi à Palo Alto en Californie. Il est diplômé en biologie de l'Université de Harvard et a passé une année à étudier la malaria à la frontière de la Birmanie et de la Thaïlande. Il y a écrit une grande partie de son roman, pour lequel il a obtenu le prix du "Roman Evasion". Il vit actuellement à San Francisco.

 

En 1886, à Londres, Edgar Drake reçoit une étrange requête du Ministère de la guerre. Il doit quitter sa femme et sa paisible vie londonienne pour partir dans la jungle de Birmanie, afin d'accorder un piano Erard. L'instrument appartient au médecin-général Anthony Carroll, qui a obtenu du Ministère de la guerre qu'on lui envoie un piano à Mae Lwin, dans les états Chan. Ensuite, il a réclamé un accordeur : "On déplace beaucoup plus facilement un homme qu'un piano."  

 

Comme Edgar Drake s'étonne qu'une telle requête soit acceptée, le Colonel, qui lui demande de partir, lui répond : "Les Etats Chan sont anarchiques. A l'exception de Mae Lwin. Carroll a fait plus et mieux à lui tout seul que plusieurs bataillons. C'est un homme indispensable, à la tête de l'un des postes les plus dangereux et les plus importants de nos colonies. ... S'il faut un piano pour maintenir Carroll en place, ce n'est pas trop cher payé."

 

Edgar Drake accepte, encouragé par sa femme "c'est une très belle idée de se servir de la musique pour apporter la paix."

 

Edgar s'embarque pour un très long voyage à travers l'Europe, la mer Rouge, l'Inde pour atteindre enfin la Birmanie et les terres les plus reculées des Etats Chan. Sur le chemin, il croisera des soldats, des mystiques, des bandits, des conteurs. Il va être subjugué par l'exotisme des cultures dont il ignore presque tout, par la beauté des paysages, par la musique, des chants qu'il ne connaît pas et qui le bouleversent.

 

Il faudra longtemps avant qu'il ne rencontre Anthony Carroll, mais au cours de son voyage, il apprend que celui-ci est aussi "légendaire que la reine d'Angleterre". Un soldat lui raconte comment parti dans la jungle avec une dizaine de soldats, il est attaqué dans une clairière. Une flèche vient se ficher dans un arbre au-dessus de sa tête. Les soldats se cachent derrière les arbres, lui reste seul et commence à jouer de la flûte. Les assaillants sifflent le même air, répondant par trois fois au son de la flûte. Carroll peut repartir avec ses soldats. Il a traversé le territoire le plus dangereux sans avoir tiré un seul coup de fusil ! L'air était une chanson d'amour Chan et Carroll dira plus tard : "Un homme ne peut pas tuer quelqu'un quand il joue un air qui lui rappelle son premier amour."

 

Edgar Drake finira par connaître Antony Carroll. Médecin, il soigne comme il le peut, collectionnant les plantes. En secret, il essaie d'obtenir un traité de paix avec les chefs locaux.

 

Après avoir accordé le piano, Edgar Drake ne peut se résigner à quitter Mae Lwin. Il est tombé amoureux d'une jeune birmane, Khin Myo et du pays. Mais la fin de l'ouvrage est tragique et inattendue.

 

J'ai bien aimé le livre. L'auteur nous apprend beaucoup sur la Birmanie, le pays, les cultures mais aussi  le contexte historique : la pacification des Etats Chan a été une période critique pour l'expansion de l'Empire britannique. L'histoire se termine en avril 1887. Après une victoire militaire des Britanniques, la soumission des Etats Chan du sud fut obtenue rapidement.

 

L'auteur n'est pas tendre envers les officiers britanniques. C'est pourquoi, le personnage d'Anthony Carroll, qu'il a inventé et a réussi à nous rendre crédible est bien "une victoire de la musique sur les fusils."  Ainsi quand il invite un des chefs de la confédération du Limbin avec laquelle les forces anglaises sont en guerre, dans l'espoir d'obtenir une rencontre avec la confédération, il demande à Edgar Drake de jouer "un morceau qui éveillera chez le prince des sentiments de bienveillance et d'amitié, qui témoignera de nos bonnes intentions..."

 

Le livre est très poétique. Comme Edgar Drake, j'ai été envoûtée par le pays, les odeurs, la musique du vent, de l'eau, les oiseaux, les jolies birmanes maquillées au "thanaka".

 

Pour terminer, un extrait que je trouve révélateur de l'esprit du livre. Il s'agit d'une randonnée avec le médecin, à la recherche de plantes : "Au-dessus d'eux, un rapace qui volait en cercles fut pris par un courant ascendant ; Edgar se demanda ce que l'oiseau voyait de là-haut : trois silhouettes minuscules qui trottinaient sur une piste sinueuse encerclant les collines calcaires, les villages miniatures, la Salouen qui serpentait paresseusement, les montagnes à l'est, le plateau Chan, incliné jusqu'à Mandalay, et puis toute la Birmanie, le Siam, l'Inde, les armées rassemblées, des colonnes de militaires français et anglais en attente, invisibles les unes pour les autres mais que l'oiseau, lui, distinguait, et entre elles trois hommes occupés à cueillir des fleurs."