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19/01/2010

PHILIPPE CLAUDEL : LE RAPPORT DE BRODECK

 

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PHILIPPE CLAUDEL est né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe. Il est agrégé de français et maître de conférence à l'université de Nancy. Ses oeuvres les plus connues sont : "Les Ames grises", prix Renaudot, adapté au cinéma en 2005, "La petite Fille deMonsieur Linh, et "Le Rapport de Brodeck" pour lequel il a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix des lecteurs du Livre de Poche. Réalisateur, son premier film "Il y a longtemps que je t'aime" a obtenu le César du meilleur film en 2009.

 

LE  RAPPORT  DE  BRODECK.

 

L'histoire se passe dans un village semblable à n'importe quel autre. Il a son maire, son instituteur, son curé ; une auberge, un café, un marché. Il va pourtant s'y passer des choses horribles.

 

Pendant la guerre, les Allemands débarquent et sèment la terreur. Leur capitaine leur ordonne d'aller chercher toutes les armes. Aloïs Collar, un peu par bravade, affirme qu'il n'en possède pas. Les soldats trouvent cependant un vieux fusil. Collar est emmené et le lendemain, devant tout le village convoqué par le capitaine Buller, il est abattu d'un coup de hache. Son corps restera là pour "l'exemple". Peu de temps après, Buller convoque le maire et lui ordonne de "purifier le village". Le maire lui livre Brodeck et Frippman, deux étrangers : "Frippman et moi avions en commun de ne pas être nés au village, de ne pas ressembler à ceux d'ici, yeux trop sombres, cheveux trop noirs, peau trop bistre...".

 

A la  surprise générale, Brodeck revient au village. Il reprend son travail qui consiste à  répertorier les plantes et à envoyer des rapports à l'administration. Un an plus tard, un étranger s'installe au village. Il ne dit pas son nom, ni d'où il vient, ni pourquoi il est là. Peu à peu il suscite la suspicion. Que fait-il ? Pourquoi se promène-t-il dans la montagne ? Pourquoi écrit-il ?

 

L'étranger, "l'Anderer"convie les villageois à une exposition intitulée "Portraits et Paysages" et les villageois, se voient dans les portraits qu'il a fait d'eux "comme dans un miroir". Ils ne le supportent pas et détruisent les tableaux. Leur haine augmente. Ils vont s'emparer du cheval et de l'âne de l'étranger, les noyer dans des conditions horribles, devant tout le village qui ne dit rien. L'horreur ne s'arrêtera pas. Ils vont tuer l'étranger dans l'auberge. Brodeck qui est venu chercher du beurre, découvre le meurtre. Les notables vont lui demander d'écrire un rapport pour les disculper. C'est ainsi que commence le livre :

 

"Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi, je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m'ont forcé : "Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études."

 

Brodeck va écrire son rapport en y mêlant ses souvenirs du camp de concentration. "Parfois, lorsque les gardes étaient ivres ou désoeuvrés, ils s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck, mais Chien Brodeck".

 

En écrivant son rapport, il y mêle ses réflexions : "On ne se rend jamais trop compte combien le cours d'une vie peut dépendre de choses insignifiantes, un morceau de beurre..."
Depuis ce qu'il appelle "l'Ereignies"," la chose qui s'est passée", il vit dans la peur. "Le plus bizarre, c'est que lorsque je me trouvais au camp, que j'étais devenu Chien Brodeck, je n'avais plus peur. La peur n'existait pas là-bas, j'étais très au-delà d'elle. Car la peur appartient encore à la vie." "Je sais comment la peur peut transformer un homme ... C'est parce que la peur avait saisi quelques-uns à la gorge, que j'avais été livré aux bourreaux, et ces mêmes bourreaux, qui jadis avaient été comme moi, c'est aussi la peur qui les avait changés  en monstres, et qui avait fait  proliférer les germes du mal qu'ils portaient en eux, comme nous le portons tous en nous."

 

Revenu au village, après le camp, Brodeck va retrouver le mal. Les notables, qui ne supportent plus l'Anderer, parce qu'il est différent, vont se transformer en monstres.

 

Le roman est très noir. Pourtant, Philippe Claudel, va aussi y introduire la bonté. Le curé, alcoolique,  qui reçoit les plus noires confidences et se traite "d'homme-égout", même s'il ne croit plus en Dieu, reste parce qu'il se sent utile. "Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait. Il faut qu'ils  s'en débarrassent. Alors ils viennent me voir..." Et en parlant de l'Anderer : "Moi je suis l'égout, mais lui, c'était le miroir. Et les miroirs, Brodeck ne peuvent que se briser."

 

Il y a aussi, la femme qui l'a recueilli, amené au village, et l'a élevé, Fédorine. Sa femme Emélia et sa fille Poupchette. L'instituteur qui avait été bon pour lui lorsqu'il était arrivé au village. Et même l'étranger, que Brodeck admire, avec qui il partage l'amour des plantes et qui va lui montrer un livre magnifique, qu'il avait en cherché en vain quand il était étudiant. "Son visage avait toujours un grand sourire qui remplaçait souvent les mots dont il était économe. Ses yeux étaient très ronds, d'un beau vert jade, et sortaient un peu de sa face ce qui rendait son regard encore plus pénétrant. Il parlait très peu. Il écoutait surtout."

 

Le roman est magnifique. Le lecteur sera peut-être gêné par les allers et retours que fait l'auteur entre le camp et le village et par certaines similitudes. L'Ereignies se produit parce que le village a été traumatisé par la guerre. Brodeck doit écrire le rapport pour que ceux qui ont commis ces choses horribles puissent oublier.

 

Je ne sais pas quel message Philippe Claudel veut nous livrer par son roman. J'y ai trouvé la dualité de l'homme chez qui le bien et le mal coexistent. Son libre arbitre lui permet de choisir de faire le bien ou le mal, ou plutôt ce qu'il considère comme étant le bien ou le mal. C'est la condition humaine. C'est elle qui nous donne des héros, des saints mais aussi des monstres.

Commentaires

Livre très interpellant, c'est vrai, qui ne se laisse pas oublier.

Écrit par : Tania | 20/01/2010

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