Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

30/12/2009

LES RELIGIONS MEURTRIERES.

 

elie barnavi,carte des religions,fondamentalisme révolutionnaire,religions monothéistes,retour du religieux,multiculturalisme,dialogue des civilisations

ELIE BARNAVI est professeur d'histoire de l'Occident moderne à l'université de Tel-Aviv. Il a été ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002. Il dirige le comité scientifique du Musée de l'Europe, à Bruxelles. (voir le billet "Une histoire moderne d'Israël" 25/05/08)

 

Dans l'avant-propos, Elie Barnavi rappelle qu'on nous avait annoncé "la mort de Dieu". Pourtant en cette fin d'année ne constatons-nous pas son retour en force dans le fracas de bombes et la lueur des incendies ? Mais, dit très justement l'auteur, de Dieu, on ne sait rien. Le retour du religieux est en réalité le retour des religions. Ce qui est très différent.

 

Elie Barnavi nous invite à considérer la carte des religions du monde du XXème siècle. Quel bouleversement ! "Les Juifs ont émigré de l'Europe orientale vers l'Amérique, l'Europe occidentale et la Palestine/Israël, puis d'Afrique du nord et des pays musulmans de la Méditerranée orientale vers Israël, la France et le Canada. Dans le même temps, par vagues successives, des catholiques (irlandais, italiens, polonais, latino-américains) débarquaient aux Etats-Unis, jusqu'à compter pour une bonne moitié dans la mosaïque religieuse de ce pays à l'origine protestant. Hindous, bouddhistes et taoïstes ont essaimé dans le monde entier avec les fortes émigrations en provenance de l'Inde, de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, avec des concentrations particulièrement denses sur la côte des Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Enfin, avec quelque vingt millions de musulmans en Europe, l'islam y est désormais solidement implanté comme la deuxième confession en chiffres absolus. La religion s'est mondialisée."

 

La première réflexion de l'auteur porte sur ce que sont les religions. Même si on parle volontiers des trois religions monothéistes, il ne s'agit pas d'un bloc monolithique. Leur évolution a été très différente, les courants nombreux dans la même religion. Toute religion est une manière de structurer le monde, de donner une signification à l'existence humaine et d'organiser la communauté, mais elles n'ont pas le même rôle social ou le même fonctionnement. Pourtant toute religion est politique. "Toute religion révélée est une religion de combat ; seules les armes changent, et l'ardeur à s'en servir."

 

L'auteur rappelle la longue évolution du christianisme qui, en France, par exemple, aboutira à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, à la laïcité. Il rappelle aussi comment le communisme a un temps remplacé le christianisme mais en reprenant toutes les caractéristiques de religions sauf l'espérance dans l'au-delà. Une jeune femme belge, enceinte, expulsée du Parti communiste, murmurera éplorée : "Mon fils naîtra en-dehors du parti."

 

L'objectif d'Elie Barnavi est de tenter d'expliquer le fondamentalisme à fondement religieux, surtout l'islam, qui est devenu le phénomène le plus angoissant de notre temps. Pourquoi la tentation fondamentaliste révolutionnaire est-elle aujourd'hui, plus forte que dans d'autres systèmes religieux, tout aussi politiques que lui ? Comment la combattre ?

 

L'auteur va faire un long détour historique, essentiel pour comprendre. Il va rappeler que le fondamentalisme révolutionnaire n'est pas spécifiquement musulman, même si c'est surtout le cas de nos jours. Pour lui "c'est une attitude d'esprit, qui, selon les époques, s'est manifestée avec plus ou moins de vigueur dans toutes les religions révélées." Les religions monothéistes sont nées à un moment donné, l'une remplaçant l'autre, mais avec la conviction qu'elle est nécessairement supérieure à l'autre. Ainsi toute religion porte la violence comme "la nuée l'orage". Mais, ajoute-t-il, c'est vrai de toute institution humaine : l'Etat, la nation, la classe, le Parti.... Il y a les textes sacrés et il y a ce que les hommes en font. "Les Ecritures sont des auberges espagnoles, on y vient avec ce qu'on a et l'on y trouve ce qu'on veut." Ainsi est-il stupide d'aller glaner dans le Coran les sourates qui prêchent la guerre sainte, d'autres versets ou sourates diront exactement le contraire.

 

Un chapitre important est consacré à la vérité. Les religions apportent des réponses diverses. Affirmation théologique  d'une vérité absolue pour le christianisme. "La vérité est, indépendamment de nous, et il nous appartient de la découvrir. Le salut consiste précisément en cette découverte." Le Juif croit à la vérité objective mais ne se soucie point de l'atteindre. Il s'intéresse d'abord à l'action. La vérité est du ressort de Dieu mais la loi est absolue. Il rappelle comment Hannah Arendt, petite fille, voulant provoquer son maître lui avait annoncé qu'elle ne croyait pas en Dieu. "Mais...qui te le demande ? lui avait rétorqué le rabbin. "Un bon juif, un bon musulman est celui qui obéit à un ensemble de préceptes ; un bon chrétien est celui qui a la foi chevillée au corps."

 

L'auteur va consacrer un très long chapitre à l'islam d'aujourd'hui travaillé par le fondamentalisme révolutionnaire. "Une internationale terroriste musulmane a déclaré une guerre sans merci à l'Occident "athée". Pour Elie Barnavi, le bonheur de l'occident a été de faire la distinction entre le spirituel et le temporel ce que ne fait pas l'islam. "D'emblée, Mahomet est prophète et chef de guerre, fondateur de religion et législateur, dirigeant d'une communauté de croyants qui est en même temps le premier Etat musulman. Religion et empire ne font qu'un." Au contraire de l'occident, en islam, seul le pouvoir religieux est pleinement légitime. "Le Coran est incréé, c'est-à-dire existe de toute éternité."

 

Je renvoie le lecteur à l'analyse que fait Elie Barnavi de l'islam classique, sa science, sa philosophie, puis son évolution, les échecs des réformateurs occidentalisés comme Mustapha Kemal Atatürk ou d'autres, la montée du désir de reconquérir le monde, de reconstituer "l'oumma musulmane, la communauté des croyants".

 

Elie Barnavi n'hésitera pas à affirmer que "le combat contre le fondamentalisme révolutionnaire musulman est la grande affaire du XXIème siècle". L'occident doit réaffirmer ses valeurs, ne souffrir aucune compromission. "Ici, on ne bat pas sa femme, on n'excise pas sa fille, on ne tue pas sa soeur sous prétexte qu'elle a souillé l'honneur de la famille en refusant le mari qu'on voulait lui imposer. Ici, la conscience est autonome et la religion relève du libre choix de l'individu. Ici, on ne tolère aucune manifestation de sectarisme religieux, l'incitation à la violence est interdite par la loi." Ou encore : "l'interdiction du voile justement compris comme une agression contre les valeurs de la république dans les lieux mêmes où elles sont censées être le mieux défendues, est un bon début, mais ce n'est que cela. L"école doit redevenir le lieu où les enfants apprennent à se reconnaître dans un passé commun... Il faut réhabiliter l'héritage des Lumières."

 

Je voudrais insister que mon billet est un essai de résumé du livre d'Elie Barnavi. Je n'ai pas pu reprendre toute l'analyse historique qui permet de comprendre son combat, pourquoi il considère le multiculturalisme comme un leurre ou encore pourquoi il est contre le dialogue des civilisations.

 

Le grand mérite d'Elie Barnavi est d'essayer de nous convaincre. Au lecteur, le débat posé,  de se forger une opinion. 

 

09/12/2009

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

alain finkielkraut,un coeur intelligent,lectures,philosophie,racisme,définition de la race


Né à Paris, en 1949, Alain Finkielkraut est le fils d'un maroquinier juif polonais déporté à Auschwitz. Agrégé en Lettres modernes, il enseigne la philosophie à L'Ecole Polytechnique. Il  se fait connaître, à la fin des années 70, par sa collaboration avec Pascal Bruckner.  Intellectuel engagé, notamment lors de la guerre en ex-yougoslavie, il est reconnu comme un grand philosophe. Mais, ses prises de position, certaines déclarations, sa dénonciation des dérives du monde moderne suscitent chez certains une haine féroce, déversée sur le net. Il anime chaque semaine l'émission "Répliques" sur France Culture.

 

Il a publié une douzaine de livres dont "Le Juif imaginaire" "La Sagesse de l'amour" "La défaite de la pensée" "Une voix qui vient de l'autre rive" "Au nom de l'Autre. Réflexions sur l'antisémitisme qui vient".

 

Alors qu'il était très présent dans les médias, gravement malade, il en a été absent pendant une année. "J'ai cessé d'être innoncent pour basculer dans le cauchemar. Je suis aujourd'hui sorti du tunnel. Qu'est-ce qui fait qu'on tombe malade ? Je peux tisser un lien, après trois années d'exposition maximale, entre le stress et la maladie. Je devrais tirer une sagesse de cette expérience. Etre moins actif, plus prudent. J'en suis incapable. Je ronge actuellement mon frein. Je ne veux pas que l'intellectuel que je suis, nuise à l'écrivain que j'essaie d'être."

 

UN  COEUR  INTELLIGENT.

 

Alain Finkielkraut sous-titre son livre d'un mot très simple "Lectures". Le titre est emprunté à une citation, reprise par Hannah Arendt :"Le roi Salomon suppliait l'Eternel de lui accorder un coeur intelligent."Il a choisi neuf livres dont il fait l'analyse. Ses lectures lui servent aussi de prétextes à des réflexions philosophiques sur le monde. C'est toute l'originalité du livre. On peut lire ses études sans connaître les livres car il les résume, fait vivre les personnages, mais à sa manière, qui n'est pas celle d'un critique littéraire.

 

Voici les titres des ouvrages choisis : "La Plaisanterie" de Milan Kundera, "Tout passe" de Vassili Grossman, "L'histoire d'un Allemand"de Sébastien Haffner, "Le Premier homme" d'Albert Camus, "La tache" de Philip Roth, "Lord Jim" de Joseph Conrad, "Carnets du sous-sol" de Fédor Dostoïevski, "Washington Square" de Henry James, "Le Festin de Babette" de Karen Blixen.

 

Nous croiserons Ludvik de Kundera et Yvan de Grossman, en pleine Allemagne hitlérienne;

Sébastien de Haffner, qui nous montre combien "l'encadrement" des hommes tend à rendre l'Etat totalitaire, le groupe fusionnel comptant plus que les principes moraux; Jim de Conrad, qui, vainement, veut créer sa vie; le narrateur de Dostoïevski, qui réussit à se rendre invivable.

 

Dans l'étude consacrée à l'ouvrage "Le Premier homme" de Camus, livre autobiographique, posthume,  Alain Finkielkraut relate la querelle entre Sartre et Camus. Il rappelle la fameuse phrase de Camus, prononcée à Stockholm, lors de la remise du prix Nobel de Littérature, à propos de la guerre d'Algérie et qui avait fait scandale : "J'aime la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice."  Propos déformés. En réalité, il avait dit : "En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela la justice, je préfère ma mère

 

Alain Finkielkraut a choisi "La tache" de Philip Roth, un livre que j'ai beaucoup aimé. Coleman Silk, professeur d'université, qui a caché qu'il était noir, est accusé de racisme et se dit juif, pour se marier. Cet ouvrage est le procès du consensus politiquement correct.

 

Alain Finkielkraut n'a pas choisi ses livres au hasard. S'il a une véritable amitié pour Milan Kundera et Philip Roth, qu'il connaît bien, les autres livres ont en commun d'être une réflexion sur la "Vérité absolue" que croient détenir certains personnages, sur leur bonne conscience, sur le totalitarisme, l'antisémitisme, le sens détourné du mot "race". "La race, ce n'est pas tel peuple ou telle civilisation, c'est l'humanité quand elle se désentrave de tout ce qui la distingue d'une espèce sanguinaire". Le père de Camus disait déjà : "Un homme, ça s'empêche."

 

"Un coeur intelligent" est un très beau livre, passionnant, dense, très bien écrit. Je me suis demandé pourquoi Alain Finkielkraut avait écrit un essai très différent de ceux que je connaissais. Mais il le dit : "On a besoin du détour de la littérature pour comprendre ce que l'on vit." Ou encore : "La philosohie n'est pas seule à penser. Il y a des romans qu'on ne ferme jamais, ils restent toujours ouverts".

 

Après sa maladie, il revient déterminé à continuer à batailler pour ses idées : "Ma pensée avance par chocs successifs. J'ai besoin de la confrontation pour réfléchir. La liberté d'expression, c'est la possibilité qui m'est offerte d'entendre la réfutation de ma propre pensée."

 

Et cet aveu : "J'aime m'amuser mais je perds mon sens de l'humour quand on me traite de raciste." "Mon époque qui ne me trouve pas drôle, ne sait pas à quel point je la trouve drôle. Quand je constate la dévotion planétaire provoquée par la mort de Michael Jackson, je pleure et je ris. Mais, là encore, on va dire : qu'est-ce qu'il est pénible!"

 

Que dire de plus ?

 

02/12/2009

LES MINARETS : QUELLE TEMPETE !

 

suisse,votation,minarets,islam


La votation des Suisses pour l'interdiction des minarets a créé une véritable tempête. Les journaux ont orchestré une campagne unanime de désapprobation. En vrac : "Les minarets en Suisse par votation populaire : le choc !" "Vote de la honte." "Tremblement de terre démocratique en Suisse !" "Le vote de la peur." "Le monde musulman entre incompréhension et colère."

 

Par contre, dans les forums, les internautes, en grande majorité, se réjouissaient d'un vote démocratique et félicitaient les Suisses pour leur courage. (Réactions très vives parfois d'où la fermeture rapide des forums !)

 

Les débats se sont enchaînés et les Suisses ont été qualifiés de citoyens d'extrême droite. Rappelons que 57,5 % de la population s'est prononcée pour l'interdiction. S'il est vrai que la votation était organisée par un parti populiste, si l'affiche était provocante, en déduire que la majorité des Suisses sont d'extrême droite me semble un peu court.

 

J'aurais aimé qu'au lieu de revêtir la Suisse d'un manteau d'opprobre, les journalistes s'interrogent sur ce résultat inattendu. La Suisse a toujours pratiqué l'hospitalité. Les musulmans sont peu nombreux et, nous dit-on, bien intégrés.

 

Je suis étonnée qu'un vote démocratique, dans un pays démocratique,  ait suscité une telle campagne. Depuis quand, la France, la Belgique ou d'autres pays s'arrogent-elles le droit de s'ingérer d'une telle manière, à la limite de l'injure, dans ce qui ne les concerne absolument pas ? S'interroger, oui, critiquer de manière aussi véhémente, non.

 

Je ne suis pas qualifiée pour analyser les raisons de ce vote mais entendre parler de représailles, de demande d'annulation, me choque. J'ai suivi certains débats à la télévision et comme toujours, j'ai entendu les mêmes arguments. L'Islam est une religion qui prône la tolérance. Chaque fois qu'il s'agit de l'Islam, on fait des amalgames. On peut critiquer l'Islam, mais pas n'importe comment etc. Plus amusant : la tour Eiffel est le meilleur minaret en France !

 

Je serais plutôt d'accord avec Odon Vallet : la religion suscite toujours des passions : positives, c'est l'enthousiasme; négative, c'est le fanatisme. Ou encore : il est bien difficile de mettre la barrière entre un islam radical ou modéré.

 

J'ai retenu surtout qu'un minaret est un signe de visibilité. Comme un clocher, comme un phare. L'islam revendique cette visibilité comme les musulmanes le font en portant le voile...(dit par un musulman sur FR5).

 

Plus raisonnable, il s'agit d'architecture. Plus marrant, toujours dit par un musulman, les minarets devraient être construits comme les autres éléments architecturaux du pays, différents en Bretagne ou ailleurs. En briques rouges, par exemple...

 

Un paradoxe : la peur, nous dit-on, se trouve dans les deux camps. Je peux comprendre l'indignation des musulmans mais la peur ?

 

JORGE SEMPRUN.

 

jorge semprun,franco,guerre d'espagne,communisme,scénariste

Jorge Semprun est né à Madrid le 10 décembre 1923. Il est le fils d'un diplomate républicain espagnol. Sa famille s'exile en France pendant la Guerre d'Espagne. Il fait ses études secondaires au lycée Henri-IV à Paris, puis des études de philosophie à la Sorbonne. En 1942, il entre au Parti communiste espagnol et, en 1943, arrêté par la Gestapo, il est envoyé au camp de concentration de Buchenwald. Rentré à Paris en 1945, il s'engage dans la résistance clandestine contre le régime de Franco. Après avoir été exclu du parti communiste en 1964, il se consacre à l'écriture. De 1988 à 1991, il est Ministre de la culture du Gouvernement espagnol. En 1996, il est élu à l'Académie Goncourt. Il vit actuellement à Paris.

 

Romancier il a écrit de nombreux ouvrages dont "Autobiographie de Federico Sanchez" (son surnom dans la clandestinité) "L'écriture ou la vie" dans lequel il raconte sa déportation à Buchenwald,  "Mal et modernité" "Se taire est impossible" avec Elie Wiesel et "Adieu vive clarté".

 

Scénariste, il est surtout connu pour "La Guerre est finie" d'Alain Resnais, "Z", "L'Aveu", "Section spéciale" de Costa-Gavras, "L'Attentat"  d'Yves Boisset.

 

ADIEU,  VIVE  CLARTE...

 

Le titre est emprunté à un vers de Charles Baudelaire, "Chant d'automne"

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés si courts."

 

L'auteur présente son livre comme le récit de la découverte de l'adolescence et de l'exil, des mystères de Paris, du monde, de l'appropriation de la langue française.

 

La guerre d'Espagne étant "perdue" Jorge arrive à Paris début 1939 et est interne au lycée Henri-IV. Tout au long du livre il revient sur "Madrid était tombée et j'étais seul, foudroyé".

 

Un autre souvenir, reviendra aussi plusieurs fois. Il entre dans une boulangerie, commande un croissant. La boulangère ne le comprend pas. Le toisant, "elle invectiva à travers moi les étrangers, les Espagnols en particulier, rouges de surcroît, qui envahissaient pour lors la France et ne savaient même pas s'exprimer". Il décide alors que jamais plus personne ne pourra lui reprocher son accent. "J'ai pris la décision d'effacer au plus vite toute trace d'accent de ma prononciation française : personne ne me traitera plus jamais d'Espagnol de l'armée en déroute, rien qu'à m'entendre."

 

Les deux souvenirs sont liés, l'humiliation ressentie par un adolescent, blessé pour son pays et par ce qu'il est, un exilé.

 

Il parcourt Paris tout en récitant des poèmes. Il dévore Baudelaire, Rimbaud, Sartre, Nizan, Malraux, Giraudoux, Gide. Il s'approprie la langue comme il se l'était promis.

 

Il mélange le passé et le présent, regrette son passé communiste, critique l'idéologie marxiste et certains régimes comme Cuba.

 

J'ai été assez déroutée par le l'ouvrage. L'auteur n'est pas facile à suivre dans ses digressions, ses retours en arrière. Mais il est intéressant quand il parle de ses "auteurs", de l'influence de ses lectures sur sa vie. Ou encore de la fatigue à vivre qu'il éprouve : "la fatigue de vivre qui m'habite depuis lors, comme une gangrène lumineuse, une présence aiguë du néant. Et que je parviens généralement à dissimuler, de sorte que presque personne ne me croit quand j'y fais allusion. Ce que je fais, toutefois, toujours, et par pure courtoisie, sur le mode de la plaisanterie : pour que l'incrédulité que provoque habituellement ma sortie ne soit pas blessante. Ni pour moi ni pour celui ou celle qui aurait à l'exprimer."

 

En refermant le livre, je me suis dit, qu'une fois de plus un écrivain, se rappelant sa jeunesse ou son adolescence, soulignait leur importance sur sa vie. Il avait mal vécu son séjour en internat, mal digéré la "déroute" espagnole, "Franco, un général des guerres coloniales africaines, bedonnant, à voix de castrat, mais tenace, impitoyable et froid, qui régnerait sur l'Espagne, pendant près de quarante ans, contre tout espoir et toute prévision."

 

Mais il va réagir, faire en sorte qu'on ne le traitera plus comme un étranger, organiser la résistance contre le régime franquiste, devenir "Français" mais sans rien renier de ses origines. Il écrira des livres en espagnol et sera Ministre de la culture en Espagne.

 

Ses expériences renforceront sa conviction, il faut lutter pour que le monde soit plus humain.