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09/12/2009

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

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Né à Paris, en 1949, Alain Finkielkraut est le fils d'un maroquinier juif polonais déporté à Auschwitz. Agrégé en Lettres modernes, il enseigne la philosophie à L'Ecole Polytechnique. Il  se fait connaître, à la fin des années 70, par sa collaboration avec Pascal Bruckner.  Intellectuel engagé, notamment lors de la guerre en ex-yougoslavie, il est reconnu comme un grand philosophe. Mais, ses prises de position, certaines déclarations, sa dénonciation des dérives du monde moderne suscitent chez certains une haine féroce, déversée sur le net. Il anime chaque semaine l'émission "Répliques" sur France Culture.

 

Il a publié une douzaine de livres dont "Le Juif imaginaire" "La Sagesse de l'amour" "La défaite de la pensée" "Une voix qui vient de l'autre rive" "Au nom de l'Autre. Réflexions sur l'antisémitisme qui vient".

 

Alors qu'il était très présent dans les médias, gravement malade, il en a été absent pendant une année. "J'ai cessé d'être innoncent pour basculer dans le cauchemar. Je suis aujourd'hui sorti du tunnel. Qu'est-ce qui fait qu'on tombe malade ? Je peux tisser un lien, après trois années d'exposition maximale, entre le stress et la maladie. Je devrais tirer une sagesse de cette expérience. Etre moins actif, plus prudent. J'en suis incapable. Je ronge actuellement mon frein. Je ne veux pas que l'intellectuel que je suis, nuise à l'écrivain que j'essaie d'être."

 

UN  COEUR  INTELLIGENT.

 

Alain Finkielkraut sous-titre son livre d'un mot très simple "Lectures". Le titre est emprunté à une citation, reprise par Hannah Arendt :"Le roi Salomon suppliait l'Eternel de lui accorder un coeur intelligent."Il a choisi neuf livres dont il fait l'analyse. Ses lectures lui servent aussi de prétextes à des réflexions philosophiques sur le monde. C'est toute l'originalité du livre. On peut lire ses études sans connaître les livres car il les résume, fait vivre les personnages, mais à sa manière, qui n'est pas celle d'un critique littéraire.

 

Voici les titres des ouvrages choisis : "La Plaisanterie" de Milan Kundera, "Tout passe" de Vassili Grossman, "L'histoire d'un Allemand"de Sébastien Haffner, "Le Premier homme" d'Albert Camus, "La tache" de Philip Roth, "Lord Jim" de Joseph Conrad, "Carnets du sous-sol" de Fédor Dostoïevski, "Washington Square" de Henry James, "Le Festin de Babette" de Karen Blixen.

 

Nous croiserons Ludvik de Kundera et Yvan de Grossman, en pleine Allemagne hitlérienne;

Sébastien de Haffner, qui nous montre combien "l'encadrement" des hommes tend à rendre l'Etat totalitaire, le groupe fusionnel comptant plus que les principes moraux; Jim de Conrad, qui, vainement, veut créer sa vie; le narrateur de Dostoïevski, qui réussit à se rendre invivable.

 

Dans l'étude consacrée à l'ouvrage "Le Premier homme" de Camus, livre autobiographique, posthume,  Alain Finkielkraut relate la querelle entre Sartre et Camus. Il rappelle la fameuse phrase de Camus, prononcée à Stockholm, lors de la remise du prix Nobel de Littérature, à propos de la guerre d'Algérie et qui avait fait scandale : "J'aime la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice."  Propos déformés. En réalité, il avait dit : "En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela la justice, je préfère ma mère

 

Alain Finkielkraut a choisi "La tache" de Philip Roth, un livre que j'ai beaucoup aimé. Coleman Silk, professeur d'université, qui a caché qu'il était noir, est accusé de racisme et se dit juif, pour se marier. Cet ouvrage est le procès du consensus politiquement correct.

 

Alain Finkielkraut n'a pas choisi ses livres au hasard. S'il a une véritable amitié pour Milan Kundera et Philip Roth, qu'il connaît bien, les autres livres ont en commun d'être une réflexion sur la "Vérité absolue" que croient détenir certains personnages, sur leur bonne conscience, sur le totalitarisme, l'antisémitisme, le sens détourné du mot "race". "La race, ce n'est pas tel peuple ou telle civilisation, c'est l'humanité quand elle se désentrave de tout ce qui la distingue d'une espèce sanguinaire". Le père de Camus disait déjà : "Un homme, ça s'empêche."

 

"Un coeur intelligent" est un très beau livre, passionnant, dense, très bien écrit. Je me suis demandé pourquoi Alain Finkielkraut avait écrit un essai très différent de ceux que je connaissais. Mais il le dit : "On a besoin du détour de la littérature pour comprendre ce que l'on vit." Ou encore : "La philosohie n'est pas seule à penser. Il y a des romans qu'on ne ferme jamais, ils restent toujours ouverts".

 

Après sa maladie, il revient déterminé à continuer à batailler pour ses idées : "Ma pensée avance par chocs successifs. J'ai besoin de la confrontation pour réfléchir. La liberté d'expression, c'est la possibilité qui m'est offerte d'entendre la réfutation de ma propre pensée."

 

Et cet aveu : "J'aime m'amuser mais je perds mon sens de l'humour quand on me traite de raciste." "Mon époque qui ne me trouve pas drôle, ne sait pas à quel point je la trouve drôle. Quand je constate la dévotion planétaire provoquée par la mort de Michael Jackson, je pleure et je ris. Mais, là encore, on va dire : qu'est-ce qu'il est pénible!"

 

Que dire de plus ?

 

Commentaires

J'ai lu presque tous les romans de Pascal Bruckner, ainsi que les livres choisis par Finkelkraut mais je n'ai jamais lu quio que ce soit de l'auteur... lecture à la perspective trop ardue. Avec "Un coeur intelligent "vous me donnez une belle occasion de me rattraper, merci Mado !

Écrit par : martine | 09/12/2009

Merci à vous.

Écrit par : mado | 10/12/2009

Oui, "On a besoin du détour de la littérature pour comprendre ce que l'on vit."
Je lirai ces "Lectures", votre billet m'y encourage.

Écrit par : Tania | 10/12/2009

Les commentaires sont fermés.