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02/12/2009

JORGE SEMPRUN.

 

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Jorge Semprun est né à Madrid le 10 décembre 1923. Il est le fils d'un diplomate républicain espagnol. Sa famille s'exile en France pendant la Guerre d'Espagne. Il fait ses études secondaires au lycée Henri-IV à Paris, puis des études de philosophie à la Sorbonne. En 1942, il entre au Parti communiste espagnol et, en 1943, arrêté par la Gestapo, il est envoyé au camp de concentration de Buchenwald. Rentré à Paris en 1945, il s'engage dans la résistance clandestine contre le régime de Franco. Après avoir été exclu du parti communiste en 1964, il se consacre à l'écriture. De 1988 à 1991, il est Ministre de la culture du Gouvernement espagnol. En 1996, il est élu à l'Académie Goncourt. Il vit actuellement à Paris.

 

Romancier il a écrit de nombreux ouvrages dont "Autobiographie de Federico Sanchez" (son surnom dans la clandestinité) "L'écriture ou la vie" dans lequel il raconte sa déportation à Buchenwald,  "Mal et modernité" "Se taire est impossible" avec Elie Wiesel et "Adieu vive clarté".

 

Scénariste, il est surtout connu pour "La Guerre est finie" d'Alain Resnais, "Z", "L'Aveu", "Section spéciale" de Costa-Gavras, "L'Attentat"  d'Yves Boisset.

 

ADIEU,  VIVE  CLARTE...

 

Le titre est emprunté à un vers de Charles Baudelaire, "Chant d'automne"

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés si courts."

 

L'auteur présente son livre comme le récit de la découverte de l'adolescence et de l'exil, des mystères de Paris, du monde, de l'appropriation de la langue française.

 

La guerre d'Espagne étant "perdue" Jorge arrive à Paris début 1939 et est interne au lycée Henri-IV. Tout au long du livre il revient sur "Madrid était tombée et j'étais seul, foudroyé".

 

Un autre souvenir, reviendra aussi plusieurs fois. Il entre dans une boulangerie, commande un croissant. La boulangère ne le comprend pas. Le toisant, "elle invectiva à travers moi les étrangers, les Espagnols en particulier, rouges de surcroît, qui envahissaient pour lors la France et ne savaient même pas s'exprimer". Il décide alors que jamais plus personne ne pourra lui reprocher son accent. "J'ai pris la décision d'effacer au plus vite toute trace d'accent de ma prononciation française : personne ne me traitera plus jamais d'Espagnol de l'armée en déroute, rien qu'à m'entendre."

 

Les deux souvenirs sont liés, l'humiliation ressentie par un adolescent, blessé pour son pays et par ce qu'il est, un exilé.

 

Il parcourt Paris tout en récitant des poèmes. Il dévore Baudelaire, Rimbaud, Sartre, Nizan, Malraux, Giraudoux, Gide. Il s'approprie la langue comme il se l'était promis.

 

Il mélange le passé et le présent, regrette son passé communiste, critique l'idéologie marxiste et certains régimes comme Cuba.

 

J'ai été assez déroutée par le l'ouvrage. L'auteur n'est pas facile à suivre dans ses digressions, ses retours en arrière. Mais il est intéressant quand il parle de ses "auteurs", de l'influence de ses lectures sur sa vie. Ou encore de la fatigue à vivre qu'il éprouve : "la fatigue de vivre qui m'habite depuis lors, comme une gangrène lumineuse, une présence aiguë du néant. Et que je parviens généralement à dissimuler, de sorte que presque personne ne me croit quand j'y fais allusion. Ce que je fais, toutefois, toujours, et par pure courtoisie, sur le mode de la plaisanterie : pour que l'incrédulité que provoque habituellement ma sortie ne soit pas blessante. Ni pour moi ni pour celui ou celle qui aurait à l'exprimer."

 

En refermant le livre, je me suis dit, qu'une fois de plus un écrivain, se rappelant sa jeunesse ou son adolescence, soulignait leur importance sur sa vie. Il avait mal vécu son séjour en internat, mal digéré la "déroute" espagnole, "Franco, un général des guerres coloniales africaines, bedonnant, à voix de castrat, mais tenace, impitoyable et froid, qui régnerait sur l'Espagne, pendant près de quarante ans, contre tout espoir et toute prévision."

 

Mais il va réagir, faire en sorte qu'on ne le traitera plus comme un étranger, organiser la résistance contre le régime franquiste, devenir "Français" mais sans rien renier de ses origines. Il écrira des livres en espagnol et sera Ministre de la culture en Espagne.

 

Ses expériences renforceront sa conviction, il faut lutter pour que le monde soit plus humain.

 

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