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23/11/2009

ECOLO ET L'ENSEIGNEMENT.

Sarah Turine était l'invitée de Matin première, ce lundi. Je résume ce qu'elle a dit pour l'enseignement.

 

LE  VOILE.

 

Pas question de l'interdire. Pas question de laisser les écoles choisir. En réponse, à une question d'un auditeur, elle précise qu'il ne faut pas créer de "ghettos" ce qui serait le cas si on interdisait le voile partout. Bizarre. Evidemment, dit-elle, il faut que les élèves suivent les cours normalement.

 

Voilà la position d'Ecolo, qui était celle de leur programme électoral mais pas, nuance, de la campagne électorale, réaffirmée clairement. Je me souviens pourtant que, dans un forum, Jean-Michel Javaux et Isabelle Durant avaient dit qu'il fallait discuter... C'est fait.

 

Alors, je voudrais que Sarah Turine m'explique comment une jeune fille voilée peut valablement suivre le cours de gymnastique. De quel droit un parti politique peut-il supprimer ce qui se trouve depuis des années dans le règlement d'ordre intérieur des écoles, à savoir, pas de couvre-chef ? Les profs obtiennent, pas toujours facilement, que les garçons enlèvent leur casquette ce qui est une question de savoir-vivre même dans la religion musulmane. (cf. un film récent). Une nouvelle discrimination fille/garçon ?

 

Qu'on le veuille ou non, porter le voile est une manière "de se mettre à part", de former un groupe bien visible. Je précise que les autres élèves de la classe, non voilées, musulmanes ou non, se font traiter "d'impures". Je n'ai jamais entendu quelqu'un relayer leurs réactions qui sont pourtant bien connues des profs. Sur mon blog, quelqu'un m'a conseillé d'imiter la pudeur des femmes musulmanes ! Et oui, nous en sommes là.

 

Et je ne reprendrai pas tout ce que j'ai déjà dit sur la dignité de la femme, sur les combats des féministes, combien il est blessant de voir que la soi-disant "pudeur" est imposée aux femmes pour éviter la concupiscence masculine.

 

Tareq Oubrou, théologien et iman à Bordeaux, qui plaide pour un islam moderne, disait dans une interview : les partisans du port du voile, par leur position religieuse, réduisent la femme à un vêtement, et par leur fragilité, trahissent leur ignorance. Ou encore "Cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux filles qui  veulent étudier ou travailler." Tareq Oubrou participe régulièrement aux émissions religieuses "Islam" sur France2 mais n'est pas invité dans les débats télévisés....

 

Un dernier mot, je n'arrive pas à comprendre pourquoi Ecolo ne veut pas défendre les valeurs de la laïcité. Et, je rappelle que de très nombreuses écoles catholiques interdisent le port du voile en se basant sur le règlement d'ordre intérieur.

 

MIXITE  SOCIALE.

 

La position de Sarah Turin est très claire. Il faut 20 % d'élèves "défavorisés" dans toutes les écoles. Et en  réponse à un auditeur, "l'élève défavorisé" devient"la musulmane voilée" ! On appréciera. Et elle précise : "Les enfants qui sont actuellement inscrits en école primaire pourront avoir accès à l'école secondaire si l'école primaire est adossée mais ceux qui s'inscriront à partir de demain n'auront plus cet avantage."

 

La presse nous a largement informés que le projet de décret d'inscription était une proposition d'Ecolo. Le fameux formulaire...

 

Beaucoup pensaient qu'Ecolo au pouvoir signifiait le retour des taxes. Cela viendra sans doute. En attendant, ils ne respectent pas un droit constitutionnel qui est la liberté de choix des parents pour l'école de leurs enfants.

 

Ils ne sont pas conscients du tout que céder sur des valeurs essentielles c'est ouvrir la porte à des dérives qui pourront, dans l'avenir, être graves.

 

Isabelle Durant, s'était déjà exprimée : elles sont si mignonnes les jeunes filles voilées qu'elle rencontre dans le bus ! Comme s'il s'agissait de cela !

 

Regarde-t-elle ce qui se passe dans les pays où la charia est appliquée ? N'est-ce rien à ses yeux que les femmes fouettées ? Rien, le combat de beaucoup de musulmanes pour que leur dignité soit reconnue ? Rien, les larmes de celles qui racontent comment la police les traite ? A-t-elle oublié le combat de la jeune fille courageuse qu'on a surnommée "la fille au pantalon" ?

 

Désespérant.

 

19/11/2009

LES TRIBULATIONS D'UNE CAISSIERE.

 

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Anna Sam qui est l'auteur de ce petit livre a été caissière de supermarché pendant huit ans. Elle avait exercé ce métier, comme beaucoup d'étudiants, pendant ses études : bac+5, DEA de littérature française. Après quelques stages dans des maisons d'édition, elle décide de faire de son travail d'étudiant son premier boulot. Comme les anecdotes qu'elle raconte à ses amis les font rire, elle décide d'en faire un blog. Un journaliste de la presse régionale le remarque, en parle et François Azouvi, des éditions Stock, lui demande d'en faire un livre. Elle troque son statut de caissière pour celui d'auteur. Elle est actuellement rédactrice en chef adjointe du site www.bdencre.com. Elle continue son blog, a ouvert un forum et se dit ravie d'avoir pu contribuer à faire mieux connaître les difficultés rencontrées par celles qu'on appelle "hôtesses de caisse".

 

Ce livre m'a fait beaucoup rire. L'auteur décrit avec beaucoup d'humour son travail de caissière et le comportement de certains clients. Défilent les malins, les bougons, les agressifs, les râleurs, les atteints de téléphonite aiguë, les gênés d'acheter des DVD porno, les dragueurs, les voleurs... Les dialogues entre Anna et les clients sont savoureux.

 

Ainsi cet exemple d'un client "malin".

 

" - Vous êtes ouverte ?
- Moi non, mais ma caisse oui. Bonjour !

- Super !

Les quatre articles sont scannés.

- 5,45 euros, s'il vous plaît.

- Attendez, ma copine a oublié un truc. Elle arrive tout de suite.

Cinq minutes plus tard, toujours pas de copine en vue et des clients qui attendent derrière.

- Je vous mets en attente ?
- Elle arrive ! Vous pouvez quand même attendre une seconde !

Et  c'est vrai, à ce moment-là, la caissière la voit qui arrive avec... deux paniers remplis à ras bord."

 

Un autre exemple parmi d'autres :

 

 "- Bonjour, vous avez moins de 10 articles ?
- Evidemment !
Nombre d'articles posés sur le tapis = 20.

- Merci de vous diriger vers une autre caisse.

- Feignante !"

 

N'allez pas croire que l'objectif de l'auteur est de se moquer de ses clients, non, elle veut faire comprendre combien le métier est difficile. Sourire, dire en une journée, 250 "Bonjour", 250 "Au revoir. Bonne journée", 500 "Merci", 200 "Avez-vous la carte fidélité?" 70 "Vous pouvez composer votre code", 70 "Vous pouvez retirer votre carte.", 30 "Les toilettes sont par là".

"Etre un robot ? Mais non. Un robot ne sourit pas."

 

Ce n'est pas tout. En-dehors du manque de considération ressenti, même quand il n'est pas voulu par les clients, vont s'ajouter bien des contraintes. Fatigue physique, pauses trop courtes, comptage et recomptage de la caisse, pression des chefs, plannings qui changent toutes les semaines etc.

 

Son livre a eu un grand succès. En juin 2009, elle a publié "Conseils d'amie à la cliente". Elle  écrira d'autres ouvrages. Peut-être sourira-t-elle en se rappelant  certains mots d'enfants :

 

Le petit Richard (sept ans) : Il est où ton lit ?

 

Le petit Nicolas (neuf ans) : Et à moi, tu m'en donnes des sous ?

 

Comme elle le dit :"il est loin le temps où avoir fait des études conduit à un emploi de rêve. Aujourd'hui, les diplômés universitaires occupent aussi bien souvent des petits boulots"

 

Et oui !

 

Anna Sam s'est battue contre l'ouverture généralisée des magasins le dimanche. Elle a pu expliquer l'illusion du volontariat, combien il est difficile de refuser 50 ou 100 euros quand on gagne peu.

 

13/11/2009

DECRET D'INSCRIPTION.

Lors de la campagne électorale, tous les partis ont répété qu'ils faisaient de l'enseignement une priorité. Et de citer la revalorisation de l'enseignement professionnel, une meilleure formation des élèves, la prise en compte des écoles défavorisées etc. sans jamais préciser comment atteindre ces objectifs. Le CDH a revendiqué le poste de ministre de l'enseignement, Joëlle Milquet estimant qu'il était temps que ce ne soit plus un socialiste. Je ne sais pas si elle a bien réfléchi aux difficultés qu'allait fatalement rencontrer la ministre.

 

Première étape : les économies dans l'enseignement. Une mesure parmi d'autres, l'extension de la charge horaire des enseignants du secondaire. Mesure retirée aussi vite après les protestations syndicales ou plus vraisemblablement parce que la mesure était inapplicable. Il y a peu de cours d'une ou deux heures dans le secondaire.

 

Et voilà, le décret d'inscription revient sur la table. Ce qui était convenu : partir d'une page blanche. La logique aurait été, après les décrets calamiteux précédents, de les abroger et de s'en tenir là. Mais, il y a l'obsession de "mixité sociale" acceptée, paraît-il, par tous comme une nécessité absolue.

 

Première remarque : la mixité sociale est un fait dans la très grosse majorité des écoles. Il suffit d'aller voir la sortie des écoles, par exemple, près du Botanique pour constater que la population scolaire n'est plus ce qu'elle était il y a dix ou vingt ans.

 

Deuxième remarque : les écoles visées pour leur "mauvais comportement" sont une dizaine. Fallait-il pour cela bouleverser tout l'univers scolaire comme cela a été fait ? Et, cerise sur le gâteau, on a épinglé ces écoles comme de très bonnes écoles à faire pâlir celles qui n'étaient pas dans la liste.

 

Troisième remarque : on a traité certaines écoles de "ghettos" de quoi faire bondir ceux qui n'ont pas oublié ce que ce nom a signifié dans l'histoire du vingtième siècle. Vouloir dix ou quinze % d'élèves "défavorisés" dans toutes les écoles comme le souhaitent les socialistes ou les écolos est-ce une mesure qui supprimera les écoles ZEP qualifiées honteusement de "ghettos" ? Certainement pas. J'admire d'ailleurs la sémantique. Qu'est-ce qu'un élève défavorisé ? Moins intelligent, ayant de moins bon résultat en primaire,  issu de  l'immigration,  venant  d'un milieu social qualifié d'inférieur ? Evidemment, le politiquement correct interdit de tenir des propos aussi "hard". Donc, pas de définition.

 

Quatrième remarque : le choix des parents est un droit. Et là réside le paradoxe. On affirme le respecter mais toutes les mesures envisagées sont contre ce choix. Elèves prioritaires ou pas, selon tel ou tel critère, on nage en plein délire. La dernière proposition, demander que chaque élève de 6ème primaire remplisse une fiche avec ses préférences ou  son droit à être prioritaire, est tout simplement aberrante. Si cela se fait, je souhaite bonne chance à ceux qui devront les dépouiller !

 

Quel gâchis ! S'insurger qu'un enfant de primaire puisse continuer dans l'école secondaire du même pouvoir organisateur sous prétexte que cela favorise l'enseignement catholique est-ce vouloir le bien de l'enfant ? N'est-ce pas légitime ? C'est vrai que l'enseignement primaire officiel est communal, l'enseignement secondaire provincial ou dépendant de la Communauté Française donc "l'adossement" (quel vilain mot !) n'existe pratiquement pas. Mais, que je sache, rien n'a jamais empêché un enfant sortant d'une école communale de s'inscrire dans un lycée.

 

L'absurdité est vraiment poussée très loin. J'entendais Proper Boulanger proclamer qu'il faudrait un décret d'inscription pour le primaire si la ministre ne changeait pas son projet ! Et d'ajouter qu'il était contre l'autonomie des directeurs ou des PO. Vraiment ? La CSC n'a-t-elle pas défendu fermement les projets pédagogiques ?

 

Cela me rappelle une époque très lointaine où les inspecteurs linguistiques faisaient le tour des écoles maternelles de Bruxelles pour voir s'il n'y avait pas de petits flamands égarés dans les écoles francophones. Cela m'avait beaucoup choquée. Justement, parce que le droit des parents de choisir l'école de leurs enfants n'était pas respecté. Comme maintenant.

 

Faut-il répéter que la meilleure école est celle où l'enfant se sent bien. Qu'il vaut mieux se trouver dans son quartier où les liens avec les autres enfants pourra être beaucoup plus fort. Qu'imposer aux enfants de longs trajets en voiture ou en bus, quand on pourrait l'éviter, est un scandale. Qu'enfin, quelle que soit l'école, les enfants qui veulent réussir s'en sortiront toujours.

 

Je terminerai avec un peu d'humour car je suis très en colère. Un des critères proposé est la distance entre les écoles "à vol d'oiseau". La ministre va-t-elle équiper des pigeons de puces électroniques pour être certaine qu'il n'y a pas cent mètres de trop ?

 

Et dire qu'il y a tellement à faire pour rendre notre enseignement performant. Pour tous.

 

11/11/2009

LUC FERRY.

 

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Luc Ferry est né le 1er janvier 1951 à Colombes. Il a épousé Dominique Meunier, dont il a eu une fille Gabrielle, puis, après son divorce, Marie-Caroline Becq de Fouquières dont il a eu deux enfants. Il est agrégé de philosophie et docteur d'Etat en Sciences politiques. Il a enseigné à l'Université de Caen et de Paris VII-Denis-Diderot. Il a présidé le Conseil National des programmes au ministère de l'Education nationale et a été ministre de la Jeunesse, de l'Education et de la Recherche de 2002 à 2004 dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

 

LE  PHILOSOPHE.

 

Luc Ferry a écrit de nombreux ouvrages à partir de 1984. La question, qu'il se pose le plus souvent, se trouve dans "La Sagesse des Modernes" écrit avec André Comte-Sponville : "Comment vivre ? Ce que nous cherchons ? Une spiritualité pour notre temps : une sagesse pour les Modernes. ... Notre problème ? Il tient en une question : quelle sagesse après la religion et au-delà de la morale ? Et les auteurs vont préciser : "Nous ne sommes sûrs ni l'un ni l'autre de nos réponses. Mais nous sommes certains, l'un et l'autre, de la pertinence de la question."

 

Effectivement, Luc Ferry reposera la question dans son essai : "Qu'est-ce qu'une vie réussie ?". L'intérêt du livre réside dans l'analyse que fait l'auteur des philosophies et des religions. Une étude passionnante qui nous plonge dans la pensée d'Aristote, Saint Augustin, Saint Thomas ou Saint Paul. Mais aussi Socrate, les stoïciens, Maïmonide, Averroès et même Nietzsche. La religion sera longtemps considérée comme détenant seule "la vérité" même quand elle est contredite par la raison.

 

Dans le monde sans Dieu, les sociétés modernes vont parfois définir le bonheur comme synonyme de réussite, de performance ce que rejette Luc Ferry : "Sans cesse nous vivons dans la dimension du projet, assujettis à des finalités localisées  dans un futur plus ou moins lointain, et nous pensons, illusion suprême, que notre bonheur dépend de la réalisation enfin accomplie des objectifs, médiocres ou grandioses, peu importe, que nous nous sommes assignés. ... Au reste, l'objectif une fois conquis nous faisons presque toujours l'expérience douleureuse de l'indifférence, sinon de la déception ; la possession des biens si ardemment convoités ne nous rend guère meilleurs ni plus heureux qu'avant. Les difficultés à vivre et le tragique de la condition humaine n'en sont guère modifiés et selon la fameuse formule de Sénèque "tandis qu'on attend de vivre, la vie passe".

 

C'est dans "L'homme-Dieu ou le Sens de la vie" que Luc Ferry précisera le mieux sa pensée. A partir du XVIIIe siècle, s'accomplit la montée de la laïcité. Au nom de la liberté de conscience, du rejet des dogmatismes, le contenu de la Révélation chrétienne va être "humanisé". C'est aussi à partir du XVIIIe siècle qu'apparaît le mariage d'amour et de la famille moderne, avec l'amour des enfants : "Cette émergence a conduit à une véritable divination de l'humain – en parallèle avec l'humanisation du divin – et elle a fait descendre le sacré dans l'être humain lui-même."

 

Luc Ferry ne m'a pas convaincue. Pourquoi l'homme-Dieu ? Je serais plutôt d'accord avec André Comte-Sponville, pour un humanisme qui considère l'humanité comme une valeur suprême et réfléchit à l'héritage du passé. Je dirais que croyants ou athées peuvent parfois partager les mêmes valeurs, celles qui sont universelles.  Il s'agira alors plus de fidélité que de foi. Suivre sa conscience, vouloir le bien de l'humanité mais sans en espérer une récompense dans l'au-delà.

 

LE  POLITIQUE.

 

"Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties". Le titre est ambitieux et demanderait un long développement. Luc Ferry rappelle sa participation au gouvernement mais il y mêle des considérations philosophiques.

 

Il raconte d'abord pourquoi il a décidé d'accepter la proposition faite par Jean-Pierre Raffarin de devenir ministre. Il présidait la commission des programmes et pensait tout naturellement qu'il pourrait mettre en oeuvre le programme qu'il avait préparé. La première surprise sera celle de l'intrusion des journalistes dans sa vie privée. Avec humour, il raconte comment un journaliste du Canard enchaîné a voulu visiter son appartement de fonction. Il apprendra vite qu'il est impossible de répondre à toutes les fausses rumeurs répercutées dans la presse.

 

Seconde surprise : le peu de pouvoir d'un ministre. Il va se heurter aux manifestations, aux syndicats. Ainsi, par exemple, a-t-il tenté d'imposer ce qui lui semblait aller de soi : le retrait de traitements pour les jours de grève. Ce n'était pas la tradition à l'Education nationale...

 

Ses préoccupations en arrivant au ministère concernaient la lutte contre l'illettrisme, la question de la violence et des incivilités, la réorganisation du collège unique et, corrélativement, de la voie professionnelle, et l'échec dans les premièrs cycles des universités. Il se dit ausi opposé à la prolongation de la scolarité obligatoire jusque 18 ans.Luc Ferry s'apercevra vite de la difficulté qu'il y a à proposer le moindre changement. Son passage comme ministre lui a laissé une certaine amertume bien perceptible dans le livre.

 

FERRY-JULLIARD.

 

Chaque semaine, sur LCI, Luc Ferry et Jacques Julliard confrontent  leurs opinions sur des problèmes d'actualité. Jacques Julliard est un journaliste, historien de formation et ancien responsable syndical, de sensibilité socialiste. Luc Ferry est sarkoziste, la confrontation de leurs points de vue est toujours intéressante.

 

Personnellement, je préfère Jacques Julliard à Luc Ferry. Je trouve que ce dernier est souvent de mauvaise foi tant il a à coeur de défendre les réformes de "son président". Ce débat lui permet cependant de rappeler ses idées pour l'enseignement et combien la lutte contre l'illettrisme est importante.

 

Luc Ferry est certainement un intellectuel qui compte. Surprise, dans une interview, pour Nouvelles clés, il confiera au journaliste qu'il avait découvert depuis peu l'amour pour les enfants. Et cette déclaration un peu surprenante pour celui qui apparaît surtout comme un intellectuel, parfois un peu trop sûr de lui : "On ne vit pas du tout de la même façon les images de catastrophes ou de guerre, autour de quoi tourne l'humanitaire, selon que l'on a ou que l'on n'a pas d'enfants qu'on aime." Peut-être !

 

05/11/2009

LETTRE AUX PROGRESSISTES QUI FLIRTENT AVEC L'ISLAM REAC.

 

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Les auteurs sont bien connus : Alain Destexhe, sénateur libéral et Claude Demelenne, journaliste de sensibilité socialiste, rédacteur en chef du Journal du Mardi.

 

Mon premier étonnement a été la découverte de la Note des éditeurs, ceux-ci déclarent avoir choisi de publier le livre, même s'ils n'en partagent pas tous les termes ni tous les points de vue, notamment ceux exposés dans le chapitre 8 de l'ouvrage. Pour moi, c'est une première ! 

 

Les auteurs présentent leur livre comme un complément de la carte blanche publiée le 6 juillet 2009, dans Le Soir. Ils y exprimaient leur inquiétude face à l'offensive des musulmans rigoristes qui mettent en cause les conquêtes laïques et particulièrement les droits des femmes. Le titre peut apparaître comme une provocation. Je précise que par islam réac, les auteurs désignent les islamistes qui imposent une lecture rigoriste du Coran. Il ne s'agit donc ni d'une attaque de l'Islam, en tant que religion, ni de la majorité des musulmans "qui vivent leur foi de façon tranquille dans la sphère privée."

 

Un chapitre est consacré au port du voile, qui crée débat. "Dans cette offensive, le voile joue un rôle central car il est le signe visible de la domination de la femme, d'où l'insistance répétée sur son port, indispensable pour prouver la qualité de "bonne musulmane". Les auteurs rappellent que si en Belgique, certains politiques se prononcent contre l'interdiction du voile dans les écoles ou les lieux publics, dans les pays musulmans, des femmes se battent pour ne pas le porter. La déclaration de Radouane Bouhlal, président du MRAX, est proprement sidérante :"l'islam fait partie intégrante de l'Europe et de la Belgique, cela doit être banal et normal qu'il y  ait des musulmans qui portent le foulard dans le Parlement. C'est une réalité nouvelle, il faut s'habituer à cela et ne pas stresser."

 

La partie du livre qui suscitera certainement le plus de polémiques est le rappel des positions des politiques. Ainsi après la prestation de serment de Mahinur Ozdemir, première députée voilée d'Europe, Zoé Genot, députée fédérale écologiste, déclarait : "Elle peut être un modèle d'émancipation pour les femmes." Comment peut-elle tenir de tels propos ? Pour les auteurs, sa réaction est symptomatique de la capitulation d'une partie de la gauche". Ils rappellent que les socialistes ont toujours lutté pour l'émancipation des individus. Comment comprendre qu'ils puissent oublier la lutte des femmes pour la reconnaissance de l'égalité hommes/femmes ou de leur dignité ?

 

La réponse est dans ce que défend une partie des socialistes et surtout des écologistes, ce qu'ils appellent les accommodements raisonnables. De quoi s'agit-il ? Appliquée au Québec, elle est définie par Pierre Ansay, chercheur-associé à Etopia, le centre d'études d'Ecolo : Procédure extra ou intra-judiciaire, l'accommodement raisonnable est une obligation de l'Etat, des personnes et des entreprises privées à modifier, dans des cas liés essentiellement à la discrimination indirecte, des normes et des pratiques politiques légitimes et justifiées, qui s'appliquent sans distinction à tous, pour tenir compte des besoins particuliers de certaines minorités, à moins que l'adaptation requise n'entraîne une contrainte excessive."

 

Ce texte alambiqué permet n'importe quelle interprétation. Pour Alain Destexhe et Claude Demelenne : "cette "obligation" permettrait aux musulmans rigoristes de demander, en Belgique, outre l'autorisation quasi générale du port du voile islamique, des aménagements à la mixité dans les écoles, des heures d'ouverture distinctes pour hommes et femmes dans les piscines publiques, des dérogations permettant à certaines élèves de ne pas participer aux activités sportives, voire à des cours de musique, interdits selon une lecture stricte du Coran, l'ouverture de salles de prières dans les entreprises ou à l'université, la possibilité de manger halal dans toutes les écoles, l'adaptation des horaires de travail ou des jours de congé en fonction de convictions religieuses, l'assurance pour les musulmanes qui le souhaitent d'être soignées à l'hôpital par une femme médecin..."

 

Un chapitre entier est consacré à l'attitude ambiguë des écologistes. Je ne puis reprendre, dans le cadre de ce billet, l'analyse faite par les auteurs. Par contre, je puis affirmer que personnellement, j'ai remarqué que le discours électoral des écolos était fort différent de ce qu'ils disent actuellement. Ainsi cette déclaration, à tout le moins étonnante d'Isabelle Durant : "Les positions radicalement universalistes sont étriquées et mal adaptées aux évolutions du monde d'aujourd'hui". Si je comprends bien, nous devons mettre à la poubelle nos valeurs, nos principes, notre long combat féministe...

 

L'ouvrage d'Alain Destexhe et Claude Demelenne est très complet. Je ne puis, je leur demande de m'en excuser, en faire l'inventaire complet. Je relèverai quelques faits : la Grande-Bretagne reconnaît la légalité des tribunaux islamiques; à Bruxelles, certaines jeunes filles avouent porter le voile pour se protéger, comme le disait d'ailleurs, en France, Fadéla Amara; la manifestation propalestinienne du dimanche 11 janvier 2009, a été rythmée par des slogans religieux et des appels de "Mort aux juifs"...

 

Dans le chapitre 8, les auteurs analysent pourquoi la Belgique jouit d'une excellente réputation auprès des militants de l'islam rigoriste. Ils reprennent les arrestations, connues de tous, d'islamistes séjournant en Belgique.

 

Pour moi, cet ouvrage n'est pas un pamphlet comme le disent les auteurs. Le ton est modéré, on n'y trouve pas de haine mais une conviction que je puis résumer par la déclaration de Guy Haarscher, philosophe et professeur à l'ULB, mise en exergue de l'ouvrage : On ne dénoncera jamis assez l'entreprise d'intimidation visant à traiter de racistes ceux qui critiquent vivement la religion dans ses aspects les plus antidémocratiques."

 

Je ne résisterai pas à la tentation de citer la réflexion d'Elie Barnavi, reprise dans le livre : "Toute religion est un océan, une auberge espagnole. On y vient avec ce que l'on est et on y trouve ce que l'on veut. Ce qui importe, ce n'est pas le contenu de la religion, mais l'usage que les hommes en font à une époque donnée."