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11/11/2009

LUC FERRY.

 

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Luc Ferry est né le 1er janvier 1951 à Colombes. Il a épousé Dominique Meunier, dont il a eu une fille Gabrielle, puis, après son divorce, Marie-Caroline Becq de Fouquières dont il a eu deux enfants. Il est agrégé de philosophie et docteur d'Etat en Sciences politiques. Il a enseigné à l'Université de Caen et de Paris VII-Denis-Diderot. Il a présidé le Conseil National des programmes au ministère de l'Education nationale et a été ministre de la Jeunesse, de l'Education et de la Recherche de 2002 à 2004 dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

 

LE  PHILOSOPHE.

 

Luc Ferry a écrit de nombreux ouvrages à partir de 1984. La question, qu'il se pose le plus souvent, se trouve dans "La Sagesse des Modernes" écrit avec André Comte-Sponville : "Comment vivre ? Ce que nous cherchons ? Une spiritualité pour notre temps : une sagesse pour les Modernes. ... Notre problème ? Il tient en une question : quelle sagesse après la religion et au-delà de la morale ? Et les auteurs vont préciser : "Nous ne sommes sûrs ni l'un ni l'autre de nos réponses. Mais nous sommes certains, l'un et l'autre, de la pertinence de la question."

 

Effectivement, Luc Ferry reposera la question dans son essai : "Qu'est-ce qu'une vie réussie ?". L'intérêt du livre réside dans l'analyse que fait l'auteur des philosophies et des religions. Une étude passionnante qui nous plonge dans la pensée d'Aristote, Saint Augustin, Saint Thomas ou Saint Paul. Mais aussi Socrate, les stoïciens, Maïmonide, Averroès et même Nietzsche. La religion sera longtemps considérée comme détenant seule "la vérité" même quand elle est contredite par la raison.

 

Dans le monde sans Dieu, les sociétés modernes vont parfois définir le bonheur comme synonyme de réussite, de performance ce que rejette Luc Ferry : "Sans cesse nous vivons dans la dimension du projet, assujettis à des finalités localisées  dans un futur plus ou moins lointain, et nous pensons, illusion suprême, que notre bonheur dépend de la réalisation enfin accomplie des objectifs, médiocres ou grandioses, peu importe, que nous nous sommes assignés. ... Au reste, l'objectif une fois conquis nous faisons presque toujours l'expérience douleureuse de l'indifférence, sinon de la déception ; la possession des biens si ardemment convoités ne nous rend guère meilleurs ni plus heureux qu'avant. Les difficultés à vivre et le tragique de la condition humaine n'en sont guère modifiés et selon la fameuse formule de Sénèque "tandis qu'on attend de vivre, la vie passe".

 

C'est dans "L'homme-Dieu ou le Sens de la vie" que Luc Ferry précisera le mieux sa pensée. A partir du XVIIIe siècle, s'accomplit la montée de la laïcité. Au nom de la liberté de conscience, du rejet des dogmatismes, le contenu de la Révélation chrétienne va être "humanisé". C'est aussi à partir du XVIIIe siècle qu'apparaît le mariage d'amour et de la famille moderne, avec l'amour des enfants : "Cette émergence a conduit à une véritable divination de l'humain – en parallèle avec l'humanisation du divin – et elle a fait descendre le sacré dans l'être humain lui-même."

 

Luc Ferry ne m'a pas convaincue. Pourquoi l'homme-Dieu ? Je serais plutôt d'accord avec André Comte-Sponville, pour un humanisme qui considère l'humanité comme une valeur suprême et réfléchit à l'héritage du passé. Je dirais que croyants ou athées peuvent parfois partager les mêmes valeurs, celles qui sont universelles.  Il s'agira alors plus de fidélité que de foi. Suivre sa conscience, vouloir le bien de l'humanité mais sans en espérer une récompense dans l'au-delà.

 

LE  POLITIQUE.

 

"Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties". Le titre est ambitieux et demanderait un long développement. Luc Ferry rappelle sa participation au gouvernement mais il y mêle des considérations philosophiques.

 

Il raconte d'abord pourquoi il a décidé d'accepter la proposition faite par Jean-Pierre Raffarin de devenir ministre. Il présidait la commission des programmes et pensait tout naturellement qu'il pourrait mettre en oeuvre le programme qu'il avait préparé. La première surprise sera celle de l'intrusion des journalistes dans sa vie privée. Avec humour, il raconte comment un journaliste du Canard enchaîné a voulu visiter son appartement de fonction. Il apprendra vite qu'il est impossible de répondre à toutes les fausses rumeurs répercutées dans la presse.

 

Seconde surprise : le peu de pouvoir d'un ministre. Il va se heurter aux manifestations, aux syndicats. Ainsi, par exemple, a-t-il tenté d'imposer ce qui lui semblait aller de soi : le retrait de traitements pour les jours de grève. Ce n'était pas la tradition à l'Education nationale...

 

Ses préoccupations en arrivant au ministère concernaient la lutte contre l'illettrisme, la question de la violence et des incivilités, la réorganisation du collège unique et, corrélativement, de la voie professionnelle, et l'échec dans les premièrs cycles des universités. Il se dit ausi opposé à la prolongation de la scolarité obligatoire jusque 18 ans.Luc Ferry s'apercevra vite de la difficulté qu'il y a à proposer le moindre changement. Son passage comme ministre lui a laissé une certaine amertume bien perceptible dans le livre.

 

FERRY-JULLIARD.

 

Chaque semaine, sur LCI, Luc Ferry et Jacques Julliard confrontent  leurs opinions sur des problèmes d'actualité. Jacques Julliard est un journaliste, historien de formation et ancien responsable syndical, de sensibilité socialiste. Luc Ferry est sarkoziste, la confrontation de leurs points de vue est toujours intéressante.

 

Personnellement, je préfère Jacques Julliard à Luc Ferry. Je trouve que ce dernier est souvent de mauvaise foi tant il a à coeur de défendre les réformes de "son président". Ce débat lui permet cependant de rappeler ses idées pour l'enseignement et combien la lutte contre l'illettrisme est importante.

 

Luc Ferry est certainement un intellectuel qui compte. Surprise, dans une interview, pour Nouvelles clés, il confiera au journaliste qu'il avait découvert depuis peu l'amour pour les enfants. Et cette déclaration un peu surprenante pour celui qui apparaît surtout comme un intellectuel, parfois un peu trop sûr de lui : "On ne vit pas du tout de la même façon les images de catastrophes ou de guerre, autour de quoi tourne l'humanitaire, selon que l'on a ou que l'on n'a pas d'enfants qu'on aime." Peut-être !

 

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