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05/11/2009

LETTRE AUX PROGRESSISTES QUI FLIRTENT AVEC L'ISLAM REAC.

 

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Les auteurs sont bien connus : Alain Destexhe, sénateur libéral et Claude Demelenne, journaliste de sensibilité socialiste, rédacteur en chef du Journal du Mardi.

 

Mon premier étonnement a été la découverte de la Note des éditeurs, ceux-ci déclarent avoir choisi de publier le livre, même s'ils n'en partagent pas tous les termes ni tous les points de vue, notamment ceux exposés dans le chapitre 8 de l'ouvrage. Pour moi, c'est une première ! 

 

Les auteurs présentent leur livre comme un complément de la carte blanche publiée le 6 juillet 2009, dans Le Soir. Ils y exprimaient leur inquiétude face à l'offensive des musulmans rigoristes qui mettent en cause les conquêtes laïques et particulièrement les droits des femmes. Le titre peut apparaître comme une provocation. Je précise que par islam réac, les auteurs désignent les islamistes qui imposent une lecture rigoriste du Coran. Il ne s'agit donc ni d'une attaque de l'Islam, en tant que religion, ni de la majorité des musulmans "qui vivent leur foi de façon tranquille dans la sphère privée."

 

Un chapitre est consacré au port du voile, qui crée débat. "Dans cette offensive, le voile joue un rôle central car il est le signe visible de la domination de la femme, d'où l'insistance répétée sur son port, indispensable pour prouver la qualité de "bonne musulmane". Les auteurs rappellent que si en Belgique, certains politiques se prononcent contre l'interdiction du voile dans les écoles ou les lieux publics, dans les pays musulmans, des femmes se battent pour ne pas le porter. La déclaration de Radouane Bouhlal, président du MRAX, est proprement sidérante :"l'islam fait partie intégrante de l'Europe et de la Belgique, cela doit être banal et normal qu'il y  ait des musulmans qui portent le foulard dans le Parlement. C'est une réalité nouvelle, il faut s'habituer à cela et ne pas stresser."

 

La partie du livre qui suscitera certainement le plus de polémiques est le rappel des positions des politiques. Ainsi après la prestation de serment de Mahinur Ozdemir, première députée voilée d'Europe, Zoé Genot, députée fédérale écologiste, déclarait : "Elle peut être un modèle d'émancipation pour les femmes." Comment peut-elle tenir de tels propos ? Pour les auteurs, sa réaction est symptomatique de la capitulation d'une partie de la gauche". Ils rappellent que les socialistes ont toujours lutté pour l'émancipation des individus. Comment comprendre qu'ils puissent oublier la lutte des femmes pour la reconnaissance de l'égalité hommes/femmes ou de leur dignité ?

 

La réponse est dans ce que défend une partie des socialistes et surtout des écologistes, ce qu'ils appellent les accommodements raisonnables. De quoi s'agit-il ? Appliquée au Québec, elle est définie par Pierre Ansay, chercheur-associé à Etopia, le centre d'études d'Ecolo : Procédure extra ou intra-judiciaire, l'accommodement raisonnable est une obligation de l'Etat, des personnes et des entreprises privées à modifier, dans des cas liés essentiellement à la discrimination indirecte, des normes et des pratiques politiques légitimes et justifiées, qui s'appliquent sans distinction à tous, pour tenir compte des besoins particuliers de certaines minorités, à moins que l'adaptation requise n'entraîne une contrainte excessive."

 

Ce texte alambiqué permet n'importe quelle interprétation. Pour Alain Destexhe et Claude Demelenne : "cette "obligation" permettrait aux musulmans rigoristes de demander, en Belgique, outre l'autorisation quasi générale du port du voile islamique, des aménagements à la mixité dans les écoles, des heures d'ouverture distinctes pour hommes et femmes dans les piscines publiques, des dérogations permettant à certaines élèves de ne pas participer aux activités sportives, voire à des cours de musique, interdits selon une lecture stricte du Coran, l'ouverture de salles de prières dans les entreprises ou à l'université, la possibilité de manger halal dans toutes les écoles, l'adaptation des horaires de travail ou des jours de congé en fonction de convictions religieuses, l'assurance pour les musulmanes qui le souhaitent d'être soignées à l'hôpital par une femme médecin..."

 

Un chapitre entier est consacré à l'attitude ambiguë des écologistes. Je ne puis reprendre, dans le cadre de ce billet, l'analyse faite par les auteurs. Par contre, je puis affirmer que personnellement, j'ai remarqué que le discours électoral des écolos était fort différent de ce qu'ils disent actuellement. Ainsi cette déclaration, à tout le moins étonnante d'Isabelle Durant : "Les positions radicalement universalistes sont étriquées et mal adaptées aux évolutions du monde d'aujourd'hui". Si je comprends bien, nous devons mettre à la poubelle nos valeurs, nos principes, notre long combat féministe...

 

L'ouvrage d'Alain Destexhe et Claude Demelenne est très complet. Je ne puis, je leur demande de m'en excuser, en faire l'inventaire complet. Je relèverai quelques faits : la Grande-Bretagne reconnaît la légalité des tribunaux islamiques; à Bruxelles, certaines jeunes filles avouent porter le voile pour se protéger, comme le disait d'ailleurs, en France, Fadéla Amara; la manifestation propalestinienne du dimanche 11 janvier 2009, a été rythmée par des slogans religieux et des appels de "Mort aux juifs"...

 

Dans le chapitre 8, les auteurs analysent pourquoi la Belgique jouit d'une excellente réputation auprès des militants de l'islam rigoriste. Ils reprennent les arrestations, connues de tous, d'islamistes séjournant en Belgique.

 

Pour moi, cet ouvrage n'est pas un pamphlet comme le disent les auteurs. Le ton est modéré, on n'y trouve pas de haine mais une conviction que je puis résumer par la déclaration de Guy Haarscher, philosophe et professeur à l'ULB, mise en exergue de l'ouvrage : On ne dénoncera jamis assez l'entreprise d'intimidation visant à traiter de racistes ceux qui critiquent vivement la religion dans ses aspects les plus antidémocratiques."

 

Je ne résisterai pas à la tentation de citer la réflexion d'Elie Barnavi, reprise dans le livre : "Toute religion est un océan, une auberge espagnole. On y vient avec ce que l'on est et on y trouve ce que l'on veut. Ce qui importe, ce n'est pas le contenu de la religion, mais l'usage que les hommes en font à une époque donnée."

 

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