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08/10/2009

INFORMER N'EST PAS COMMUNIQUER.

 

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Dominique Wolton est né le 26 avril 1947 à Douala. (Cameroun). Licencié en droit, diplômé de l'Institut d'Etudes politiques de Paris, docteur en sociologie, il dirige l'Institut des Sciences de la communication du CNRS et la revue Hermès éditée par le centre. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages portant sur les rapports entre culture, communication, société et politique. Je citerai : "Penser la communication", "Internet et après ?", "Petit manuel de survie", "L'Autre Mondialisation", "Télévision et civilisations", "Il faut sauver la communication", Demain la Francophonie".

 

INFORMER  N'EST  PAS  COMMUNIQUER.

 

Le titre m'avait intriguée. Je ne voyais pas bien la différence entre les deux termes. Nous parlons abondamment d'information et de communication. L'information a pris un essor inégalé avec l'apparition de la radio, de la télévision, de l'informatique. La télévision ne cesse de se développer, câble ou ADSL, les chaînes se multiplient. Internet est devenu une source très importante d'information. La perfection des moteurs de recherche nous donne accès à tout, dans tous les domaines. La communication, mieux "la com" est aussi bien de notre temps. Nous en parlons autant pour les communiqués des journalistes ou des politiques que pour la publicité.

 

Le livre s'ouvre sur une affirmation : "Informer n'est pas communiquer". Pour l'auteur, l'information c'est le message; la communication, c'est la relation. Celui qui reçoit l'information, le récepteur, y met du sens. Or, si l'information est devenue mondiale, les récepteurs sont multiples et souvent critiques. Nous sommes confrontés à une autre vision du monde : autres langues, autres cultures, autres philosophies, autres religions auxquelles nous n'adhérons pas nécessairement.

 

Pour l'auteur, l'enjeu est pourtant moins de partager ce que nous avons en commun que d'apprendre à gérer les différences qui nous séparent. Et ce, tant au plan individuel que collectif. C'est ce que l'auteur appelle la cohabitation. "Le défi de la communication est moins de partager quelque chose avec ceux dont je suis proche que d'arriver à cohabiter avec ceux beaucoup plus nombreux dont je ne partage ni les valeurs, ni les intérêts. Il ne suffit pas que les messages et les informations circulent vite pour que les Hommes se comprennent mieux. Transmission et interaction ne sont pas synonymes de communication."

 

L'auteur souligne aussi ce qui peut paraître paradoxal. S'il y a de plus en plus d'informations, il y a aussi de plus en plus "d'incommunication". Les récepteurs, individus et peuples, résistent aux informations qui dérangent et veulent pouvoir donner leurs visions du monde. "Produire de l'information, en échanger ou y accéder ne suffit plus à communiquer."

 

La communication est inhérente à la nature humaine. Nous souhaitons communiquer pour partager, convaincre mais nous buttons sur "l'incommunication", nous ne sommes pas toujours en phase avec le récepteur. D'où parfois la recherche de points d'accord par la négociation, qui, si elle aboutit, sera une cohabitation.

 

Communiquer c'est autant partager ce que nous avons en commun que gérer les différences qui nous séparent. Dominique Wolton en fait un enjeu essentiel du XXIième siècle. Le village global est une réalité technique qui attend un projet politique, car plus les techniques réduisent les distances géographiques, plus les distances culturelles prennent de l'importance et obligent à un projet humaniste pour que les hommes se tolèrent. Sinon, l'information et la communication qui ont été pendant des siècles des facteurs de liberté et de progrès peuvent devenir au XXIième siècle des facteurs de guerre."

 

Le livre est donc bien un appel à la tolérance. L'auteur développe ses arguments d'une manière bien plus large que ce que j'ai pu en dire. Il aborde d'autres domaines comme le rôle des journalistes et des politiques. Il souligne aussi combien il regrette que très souvent l'économie l'emporte sur l'humain.

 

Son raisonnement n'est pas toujours facile à suivre. Sa vision apparaît parfois utopique mais elle a le mérite de nous amener à réfléchir.

Commentaires

... et votre billet a le mérite de poser la 'question' de la communication dans un monde submergé par l'information, merci.

Écrit par : martine | 08/10/2009

la nuance entre ces termes est assez mince il faut le dire mais lorsque vous dites qu'interaction n"est pas synonyme de communication je me perd.

Écrit par : beniouga mouhamadou | 22/04/2014

Difficile, c'est vrai. Ce que j'ai compris : informer est dire quelque chose ; communiquer, c'est établir une relation. Nous sommes très informés de ce qui se passe dans le monde, mais nous recevons l'information de manière passive donc il n'y a pas de communication.

Écrit par : mado | 22/04/2014

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