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23/09/2009

LE VOILE : ENCORE ET TOUJOURS.

La lecture d'Alexandre Adler a renforcé mes convictions : les décisions prises par nos gouvernants sont souvent  inspirées par des croyances, valables ou non, auxquelles ils adhèrent mais hélas ! aussi par de l'opportunisme, le souci de leur électorat, sans préoccupation réelle des conséquences à court ou moyen terme.  J'ajouterai, et c'est ce qui m'apparaît le plus grave,  sans se soucier que toute décision, régionale ou nationale, est une pièce d'un puzzle mondial.

 

Nous avons vu comment l'obsession de mixité sociale a abouti à ce calamiteux décret d'inscription qui a raté son objectif, pire a bouleversé la communauté française, mécontenté les parents, les directeurs d'école, les enseignants et a finalement débouché sur l'inverse de l'objectif : la création de listes de bonnes et de mauvaises écoles.

 

La Communauté flamande constatant la difficulté entraînée par le port du voile dans les écoles s'est très vite prononcée pour son interdiction. On ne peut que s'en féliciter. Elle a résisté au chantage fait par un iman de créer des écoles musulmanes, en insistant bien qu'il en avait les moyens comme il les avait eus pour les mosquées.

 

La décision a été critiquée par la communauté française pas prête, une fois de plus, à regarder la réalité en face. Le statu quo, autonomie des écoles qui décident par le biais d'un règlement d'ordre intérieur de permettre ou d'interdire le voile, ne fonctionne plus. Les écoles qui permettent le voile voient un afflux de femmes voilées et les directeurs affirment qu'à long terme, ce n'est pas tenable. Dans d'autres écoles, même quand le règlement d'ordre intérieur prévoit l'interdiction des couvre-chefs, qui existe depuis longtemps, certaines musulmanes ne l'admettent pas, allant jusqu'à dire que le voile n'est pas un couvre-chef mais un vêtement !

 

Soit ! Réfléchissons à cette affirmation. Le vêtement a toujours revêtu une grande importance dans la société. Pendant longtemps, il était le signe d'une appartenance sociale. Il n'y a pas si longtemps que les écoles se battaient contre les anoraks de marque, qui suscitaient la jalousie et faisaient des jeunes qui le portaient un groupe à part, privilégié. 

 

Les mentalités évoluant, surtout chez les jeunes, la notion d'être comme tout le monde est devenue la préoccupation majeure d'où le succès du jeans. Et bien sûr, nous avons assisté aux réactions habituelles de vouloir quand même se distinguer ou braver l'autorité en portant des jeans volontairement troués ! Le souci de provoquer, de s'affirmer, de braver l'interdit ont toujours été une caractéristique des adolescents. Casquette, cagoule, boucles d'oreille pour les garçons, même combat. Nos notions de savoir-vivre leur sont totalement étrangères. Mais, nous avons réagi, interdit.

 

Un long détour pour parler du voile. J'ai écouté attentivement les deux jeunes filles invitées à "Controverse" dimanche dernier. (Je suis désolée d'avoir oublié leurs prénoms.) La musulmane voilée avait comme seul argument : "J'ai bien le droit de..." Affirmation courante chez les jeunes. L'autre, après une longue explication de son opportunisme, ne pas porter le voile pour ne pas handicaper son avenir, a attaqué ses compagnes qui portent des jupes courtes et à qui on ne dit rien.

 

Cette dernière remarque m'a fait réfléchir. C'est bien le reflet d'une conviction que notre civilisation est choquante. Et nous voilà dans le vrai débat. L'Islam défend des valeurs face à un occident corrompu. C'est ce qu'elles entendent à la mosquée, à la télévision, lisent sur Internet. Dans ce contexte, le voile devient un panache, qu'il soit ou non une prescription coranique. D'où leur affirmation, c'est mon choix, un choix qui leur apparaît juste, voire obligatoire.

 

Comment, dans ce contexte, pourraient-elles entendre nos arguments : dignité de la femme, luttes féministes ? Comment pourraient-elles comprendre que ce qu'elles appellent "pudeur" nous l'appelons soumission et résurgence d'une notion très ancienne : la femme objet de concupiscence pour l'homme ?

 

Même en sachant cela, nous ne pouvons pas admettre que nos valeurs  soient piétinées. Le "vivre ensemble" cher à nos politiciens, n'est possible qu'en ayant le courage d'interdire ce qui est bel et bien du communautarisme. Etre un groupe à part, bien visible, rend impossible toute vie commune.

 

Si je comprends que les musulmanes ne se sentent pas manipulées, qu'elles ferment les yeux sur ce qui arrive à leurs soeurs dans d'autres pays, je ne peux pas l'admettre de la part de nos gouvernants. Comment peuvent-ils oublier les "tournantes", la création de "Ni putes, ni soumises" ?

 

Les discours prosélytes des pays arabes sont une réalité. "L'atlas de la création" envoyé dans toutes les écoles par l'Arabie Saoudite était un signal fort, qui a interpellé nos gouvernants, mais, l'émotion passée, ils se sont empressés de le jeter aux oubliettes.

 

Discuter encore et encore ne servira à rien. Répéter que bien sûr, les cours doivent être suivis par tous, y compris les musulmanes, donne bonne conscience mais ne règle rien. C'est à l'avenir qu'il faut penser, pour nos enfants et, je l'affirme, aussi pour les musulmanes qui contribueront comme les autres jeunes à créer le monde de demain.   

21/09/2009

LE MONDE EST UN ENFANT QUI JOUE.

 

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"J'emprunte cette phrase à Héraclite. Le monde est innocent et naïf. Il titube, hésite, frappe, détruit. Il oublie sa propre histoire. Mais chacun de ses gestes est aussi une création et un apprentissage."

 

Ces quelques lignes résument bien le travail accompli depuis des années par Alexandre Adler. Observer, analyser, pointer les erreurs, voire les mensonges de ceux qui nous gouvernent puis proposer des hypothèses pour que le monde aille mieux.

 

La table des matières est éloquente : La fin du califat de papier et de cassettes vidéo – La guerre perdue de l'Amérique – L'islamisme en crise – Vers "le monde à l'envers" – Le piège – Le Janus iranien.

 

Ce que j'ai trouvé de plus intéressant dans le livre est qu'Alexandre Adler remonte parfois très loin dans l'histoire pour expliquer ce qui se passe actuellement. J'ai cru, et c'est nouveau chez lui, déceler des motifs d'espoir. Bien entendu, il n'est pas naïf, donc il émet des hypothèses et, pour chaque thèse, il donne le pour et le contre, et surtout les conséquences des décisions qui seraient prises.

 

J'ai aussi été très intéressée de constater quel poids ont ceux qui nous gouvernent. Comment, les décisions qu'ils prennent ne sont pas toujours innocentes, qu'elles sont prises parfois en toute bonne foi mais aussi hélas ! il faut bien le dire sans aucune vision de l'avenir ou sans compréhension du monde.

 

Je dirais que ce n'est pas le monde qui joue mais bien les gouvernants qui oublient les leçons de l'histoire, décident de ce qu'ils trouvent bien pour leur pays sans se préoccuper réellement de ce qu'est devenu le monde, un vaste puzzle où chaque pièce a une importance qui n'apparaîtra que quand il sera trop tard.

 

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, Alexandre Adler est chroniqueur sur France Culture et membre du comité éditorial du Figaro. Il est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique. Intellectuel brillant, il se distingue par son refus de parti pris, par son absence d'a priori moral et par sa volonté de cerner le monde tel qu'il est. Il ne cherche pas à plaire à l'opinion politique mais préfère l'hypothèse aux affirmations péremptoires.

 

Ses livres ont tous été des succès car il écrit bien et parvient facilement à nous intéresser à des sujets qui ne nous sont pas familiers. Les plus connus sont, je crois, "L'Odyssée américaine" (2004) et "J'ai vu finir le monde ancien" paru en 2002, qui a obtenu le prix du livre politique et coédité avec Gilles-William Goldnadel, en 2008, "Conversation sur les sujets qui fâchent".

 

D'origine juive allemande, sa famille maternelle réside en Turquie depuis le début du XXième siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. Par contre, tous les membres de sa famille paternelle à l'exception de son père, sont morts en déportation.

 

Je ne serais pas complète si je ne mentionnais pas qu'il est l'objet de critiques, parfois même de haine, de la part des islamistes puisqu'il est très attaché à Israël. Il a eu des mots très durs sur l'attitude des pays arabes ou sur Arafat, ce qui, on le sait, en France, est péché mortel. Ajoutons à cela son attachement à l'Amérique et on comprendra qu'il est  pour certains  "un individu peu recommandable" comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou Jacques Attali...

 

On lui reproche aussi son parcours politique, SFIO, PCF puis la droite. Pour ma part, je trouve qu'il est bien plus "glorieux" de quitter un parti dans lequel on ne se retrouve plus et de mettre ses actes en conformité avec ses convictions.

 

Il me semble intéressant de transcrire une grande partie de l'interview donnée à Gilles Sitruk :

"... L'opinion généralement exprimée et défendue par la diplomatie française selon laquelle toutes les difficultés du Moyen-Orient seraient dues à l'absence de solution du problème israélo-palestinien, est totalement fausse. De 1992 à l'an 2000, nous assistons au contraire à une montée en puissance et à une pression de l'islamisme qui a empêché précisément une solution du conflit."

 

"Il y a une évolution enthousiasmante d'Israël. En premier lieu, cette extraordinaire aptitude du pays à jouer du melting pot, c'est-à-dire cette assimilation de populations immigrées de diverses origines en une société homogène. Assimiler en effet un million d'immigrés russes représente près de 9 millions d'immigrés en France !"

 

J'ai tenu à présenter Alexandre Adler en étant bien consciente qu'il n'a probablement pas raison dans tout ce qu'il dit. Mais, l'insupportable, ce n'est pas de dire des choses qui fâchent, c'est de les présenter comme étant des vérités absolues auxquelles tout le monde doit souscrire. Ce n'est pas ce qu'il fait.

16/09/2009

ALEXIS SALATKO.

 

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Né dans les années soixante, Alexis Salatko est le petit-fils d'un émigré russe. Il a passé sa jeunesse à Cherbourg, où son père s'était établi comme médecin. Au cours des années quatre-vingt et nonante, il est journaliste et chroniqueur à "Ouest France" et La Presse de la Manche". Il est aussi directeur de la collection "Rivages d'encre" aux éditions Isoète.

 

Parallèlement, il a écrit des romans, notamment : "Le Tigre d'écume", "Le Couturier de Zviska", "S'il pleut, il pleuvra"," Vingt-deux nuances de gris", "La fille qui hurle sur l'affiche"

 

Il est aussi scénariste et co-scénariste de fictions pour la télévision et le cinéma avec Roman Polanski et Didier Decoin. Dans la préface de "Horowitz et mon père" Roman Polanski raconte sa rencontre avec Alexis Salatko, en 1978, sur le  plateau de tournage de "Tess", en Normandie. Observateur assidu, curieux, très vite, Alexis s'est intégré dans l'équipe. Ils se sont retrouvés pour le tournage de "Pirates".

 

HOROWITZ ET MON PERE.

 

Dimitri Radzanov, le père du narrateur, s'est souvent battu en duel au piano avec Vladimir Horowitz, au conservatoire de Kiev. Après la révolution d'octobre, Horowitz émigre aux Etats-Unis où il deviendra un pianiste virtuose de renommée mondiale.

 

Dimitri Radzanov sert dans la Garde blanche, puis, après la capitulation, il doit fuir la Russie Son père et son frère aîné ont été massacrés. Leurs biens ont été confisqués, ils sont ruinés. Ils rejoignent la France, exil rendu possible grâce aux origines françaises, d'Anastasie, la mère.

 

Dimitri continue à jouer du piano tout en faisant des études de chimiste. Sa mère espère que son fils deviendra un grand pianiste. Mais, Dimitri se marie avec Violette, une apprentie comédienne de 17 ans et il entre aux usines Pathé Marconi où il fabrique des disques, notamment ceux de son vieux rival Horowitz, en pleine gloire.

 

Sa mère, qui n'a jamais accepté ce mariage, qu'elle considère comme une mésalliance, va monter un véritable complot, pour que son fils revienne au piano, abandonné affirme-t-elle à cause de sa belle-fille. Elle se sert de la gloire d'Horowitz, pour piquer l'orgueil de son fils. "Je découvrais ma grand-mère emmitouflée dans son renard bleu, coiffée de sa chapka aux oreilles de caribou, les mains gantées de léopard, chaussée de ses bottines à boutons, prête à monter dans sa troïka, autrement dit son vieux lit à ressorts ... Sa principale occupation était d'inventorier des coupures de presse sur Horowitz. Elle ouvrait son album et me faisait voyager dans une vie qui n'était pas la mienne et qui, petit à petit, allait me phagocyter."

 

Dimitri reviendra à sa musique, jouant tout en écoutant les disques des grands interprètes, dont ceux de son ancien rival. Les duels reprennent, à distance, pour le grand bonheur de son fils. "Tandis que le géant Horowitz bataillait en scène, en pleine lumière, son obscur compatriote rendait coup pour coup dans un pavillon de banlieue aux volets clos. De part et d'autre de l'Atlantique, les deux hommes reliés par un fil invisible, rivalisaient de brio, frappant les blanches, cognant les noires jusqu'au K.O. Horowitz, groggy, saluait un parterre en liesse. Du fond de sa bicoque en meulière, son fantomatique challenger, tout en chancelant, savourait sa victoire."

 

Le livre se terminera par la victoire de Dimitri. Son fils, devenu chirurgien, selon les désirs de son père, l'emmène à New York pour assister au jubilé d'Horowitz à Carnegie Hall. Dimitri n'assiste pas au concert mais son fils, en l'écoutant, n'a aucun doute, le meilleur, c'est son père.

 

Au-delà de la chronique familiale, Alexis Salatko dépeint la vie d'émigrés russes réfugiés en terre parisienne, leur lutte quotidienne pour s'adapter à leur nouvelle vie tout en conservant le lien avec la patrie perdue.

 

Dimitri est un personnage haut en couleurs. Ses répliques sont péremptoires. "Si les Français avaient le courage de dire tout haut, ce qu'ils pensent tout bas, nous n'en serions pas là". Et à propos de l'instituteur :"Un jour il faudra que ton instituteur passe prendre l'apéritif à la maison. Je lui expliquerai qui est Lénine.

-Il le sait.

- Non, il ne le sait pas.

-Mais si, il porte la même barbiche que lui.
- Tout homme intelligent sachant qui est Lénine ne porte pas la barbiche de Lénine !"

 

Le narrateur nous fait voyager dans la France du siècle dernier. Si Anastasie et Dimitri, par leur carrure, dominent l'ouvrage, c'est lui qui lui donne un sentiment d'amour, de chaleur humaine qui en fait un livre attachant. L'humour est aussi un élément clé de cette autobiographie.

 

10/09/2009

BRET EASTON ELLIS.

 

 

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Ecrivain américain, il est né le 7 mars 1964, à Los Angeles, dans une famille aisée. Ses parents divorcent en 1982. Après des études secondaires dans une école privée, il suit un cursus musical à Bennington Collège et parallèlement joue dans divers groupes musicaux, dont The parents.

 

Il est toujours étudiant, a vingt ans, quand il publie son premier livre "Moins que zéro". Bien accueilli par la critique, 50.000 exemplaires sont vendus dès la première année. En 1987, il est adapté au cinéma "Less Than Zero".

 

En 1987, il s'installe à New York. C'est dans son deuxième roman "Les Lois de l'Attraction" qu'il crée le personnage Bateman qu'on retrouvera dans "American psycho". Ce dernier ouvrage est sans doute  le plus contesté. Le roman est considéré par certains comme très misogyne, son héros, Patrick Bateman comme une caricature du yuppie matérialiste. C'est un sérial-killer, le plus affreux qui n'ait jamais été imaginé. Il n'a aucun scrupule, peu lui importe la souffrance inimaginable qu'il inflige à des dizaines d'inconnus.

 

" Les Lois de l'Attraction" (The Rules of Attraction) et "American Psycho" seront  portés  l'écran en 2002 et 2000. Il publiera aussi "Glamorama" en 1998.

 

MOINS  QUE  ZERO.

 

Clay rentre à Los Angeles pour les vacances de fin d'année. Son amie Blair vient le chercher à l'aéroport et murmure "Les gens ont peur de se retrouver sur les autoroutes de Los Angeles". Cette phrase, qui, comme il le dit, ne devrait pas l'ennuyer s'incruste dans son esprit. Elle reviendra comme un leitmotiv tout au long du roman.

 

Clay retrouve ses amis, Trent, Kim, Alana, Julian et d'autres jeunes qu'il ne connaît pas. Riches, beaux, ils comblent leur ennui par des fêtes arrosées, des concerts, le cinéma, regardent des films insipides à la télévision, fument des joints, prennent de la cocaïne, boivent beaucoup, font l'amour. Ils ne ressentent plus rien, ne réagissent même pas devant le viol d'une mineure ou à la vue d'un cadavre.

 

Clay semble anesthésié, assiste à tout sans réaction, se drogue, prend du valium pour dormir, ne désapprouve pas la vie de ses amis, y participe mais comme un zombie. Il écoute de la musique, sans émotion apparente.

 

L'auteur, on l'aura compris, dresse un portrait très peu reluisant de la jeunesse californienne des années quatre-vingt. Bret Ellis a choisi des personnages qui apparaissent bien réels et sont le reflet d'une société absurde, bien loin de l'Amérique triomphante. "Des moins que zéro."

 

Le roman est une suite de dialogues, une description minutieuse des personnages, leur accoutrement, leur fausse cordialité. Aucune intrigue, des scènes souvent à la limite du soutenable mais admirablement décrites.

 

Le livre est entrecoupé par des souvenirs de Clay, des passages en italique, complètement en décalage avec le reste du livre.

 

On sent le désarroi de Clay qui est hanté par la phrase "Les gens ont peur de se retrouver" ou encore "On peut disparaître ici sans même s'en aperçevoir". On a l'impression qu'il ressent peu à peu le non-sens de la vie qu'il mène avec ses amis mais ce n'est jamais explicité. Il nous apparaît pourtant différent des autres, suivant le mouvement comme si rien d'autre n'était possible.

 

Je ne connaissais pas l'auteur. J'avais lu qu'il était considéré comme un grand écrivain. Après quelques pages, j'avais envie de m'arrêter. Et pourtant, j'ai continué, preuve sans doute que l'auteur a un sens poussé de la narration. Peut-être espérais-je aussi qu'il se passerait enfin quelque chose.

 

Je n'entrerai pas dans la polémique des critiques qui le classent comme "moraliste" ou "nihiliste". Je pense que Bret Ellis met son talent, son écriture, au service d'une description pessimiste de la société qui l'entoure.

 

Clay à son amie Blair, avant de la quitter pour rejoindre la fac :

"Qu'est-ce qui t'intéresse ? Qu'est-ce qui te rend heureux?
Rien. Rien ne me rend heureux. Rien ne me plaît."

03/09/2009

ANDREI MAKINE.

 

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Andreï Makine est né à Novgorod en 1957. Docteur ès lettres de l'université de Moscou, il a été professeur à l'Institut pédagogique de Novgorod et a collaboré à la revue Littérature moderne à l'étranger.

 

Ayant des ennuis sous Brejnev, il s'exile en France en 1987 et obtient l'asile politique. Il se consacre à l'écriture tout en donnant quelques cours de littérature et de culture russe à l'Ecole normale supérieure et à Sciences PO.

 

Il décide d'écrire en français "pour ne pas être poursuivi par les ombres trop intimes de Tchekhov, Tolstoï ou Dostoïevski". Il envoie ses manuscrits à plusieurs éditeurs, les présentant comme des traductions de romans écrits en russe, inventant un traducteur imaginaire. Il essuie des refus cinglants mais s'obstine, modifiant les premières pages, changeant les titres, il les réexpédie.

 

Son premier roman "La fille d'un héros de l'Union soviétique" est publié chez Robert Laffont en 1990. Pour le second "La Confession d'un porte- drapeau" l'éditeur Belfond, lui demande la version russe qu'il veut confier à un traducteur extérieur pour vérifier certains passages. Andrei Makine, réécrit le livre en russe ! Le livre sera finalement publié en 1992.

 

La gloire, il va la connaître en 1995 pour son roman "Le testament français", hymne à la civilisation française, pour lequel il reçoit les prix Goncourt, Médicis et Goncourt des lycéens. Les journalistes découvrent un homme pauvre, vivant dans une minuscule chambre de la butte Montmartre. Sa carrière littéraire est lancée. Il publiera plusieurs romans dont "Réquiem pour l'Est", "La musique d'une vie", " La Femme qui attendait", " Cette France qu'on oublie d'aimer", " L'amour humain", " L'Amour de la France" et cette année "La Vie d'un homme inconnu".

 

LA  FILLE  D'UN  HEROS  DE  L'UNION  SOVIETIQUE.

 

En 1941, Yvan Demidov s'échappe de son village, incendié par les Allemands. Caché, il a assisté à l'assassinat de sa mère et de son petit frère Kolka, embroché sur une baïonnette. Image horrible de celui qui "avait posé pour la photo, avec le corps de l'enfant au bout de sa baïonnette".

 

Il a dix-sept ans, il s'engage "pour Staline, pour la patrie." Après la bataille de Stalingrad, il reçoit l'Etoile d'Or du Héros de l'union soviétique. Plus tard, il est sauvé par une ambulancière, Tatiana, qui d'abord l'a cru mort, puis revenant sur ses pas, constate, en mettant un bout de miroir sur sa bouche, qu'il est vivant.

 

C'est d'ailleurs par ce récit qu'il débute son livre :

"Comme tout est fragile et étrange ici-bas...
C'est ainsi que sa vie n'avait tenu qu'à cet éclat de miroir terni et aux doigts bleuis par le froid d'une ambulancière mince comme une adolescente."

 

Il lui promet de l'épouser après la guerre. Quand il la retrouve, elle refuse de le suivre car elle est infirme :"J'ai un éclat sous la cinquième côte, Vania. Ils n'osent pas y toucher. Le médecin dit que cet éclat, c'est peu de chose – une pointe de cordonnier. Mais si on commence à trifouiller, ça risque d'être pire. Si on n'y touche pas, il restera peut-être tranquille."

 

Il réussira à la convaincre de le suivre dans son village natal et de l'épouser. Suit une vie tranquille mais dure, dans un village où tout est détruit, tout est à rebâtir.

 

La grande sécheresse de 1946, va bouleverser leur vie. Ils perdent leur fille et décident de s'installer à Baressova. Yvon travaille comme chauffeur, Tatiana, dans une fabrique de meubles. Ils occupent un appartement communautaire obtenu grâce à son Etoile d'Or. Il est souvent invité à raconter son passé glorieux aux jeunes générations.

 

Leur fille Olia, née en 1960, est devenue interprète auprès d'athlètes étrangers pour les jeux olympiques de 1980. Mais, surprise lors d'un flirt avec un étranger, le KGB l'oblige à travailler comme hôtesse auprès d'hommes d'affaires étrangers, couchant avec eux pour usurper des informations.

 

Tatiana meurt d'une bousculade dans une file d'attente devant les magasins. L'éclat d'obus a perforé son coeur. Yvan sombre dans l'alcoolisme mais une lettre d'Olia l'appelle à Moscou. Sa fille veut lui présenter les parents de celui qu'elle espère épouser. Son père va découvrir la véritable activité de sa fille, découverte fatale car il meurt d'une crise cardiaque.

 

Olia sera obligée de vendre l'Etoile d'Or de son père, pour payer les funérailles. Elle sera malheureusement obligée de regagner Moscou, après s'être fait avorter et de reprendre son ancien travail, avec l'espoir de pouvoir, un jour, racheter l'Etoile d'or.

 

C'est un très beau roman, réaliste mais empreint de poésie. L'Etoile d'Or, dont Yvon est si fier, suscite des jalousies par les privilèges qu'elle lui confère : appartement, magasins réservés, priorité pour l'achat de marchandises ou les études d'Olia. Mais, l'éloge du héros de guerre fait partie de la propagande soviétique. Comme dans le film réalisé pour le quarantième anniversaire de la bataille de Stalingrad :

 

"La terre natale... La terre de la Patrie... C'est elle qui rendait ses forces au soldat fatigué, c'est elle qui, avec une sollicitude toute maternelle, lui insufflait vaillance et bravoure. C'est dans cette source intarissable que le combattant soviétique puisait sa joie vivifiante, la haine sacrée de l'ennemi, la foi inébranlable en la Victoire...".