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03/09/2009

ANDREI MAKINE.

 

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Andreï Makine est né à Novgorod en 1957. Docteur ès lettres de l'université de Moscou, il a été professeur à l'Institut pédagogique de Novgorod et a collaboré à la revue Littérature moderne à l'étranger.

 

Ayant des ennuis sous Brejnev, il s'exile en France en 1987 et obtient l'asile politique. Il se consacre à l'écriture tout en donnant quelques cours de littérature et de culture russe à l'Ecole normale supérieure et à Sciences PO.

 

Il décide d'écrire en français "pour ne pas être poursuivi par les ombres trop intimes de Tchekhov, Tolstoï ou Dostoïevski". Il envoie ses manuscrits à plusieurs éditeurs, les présentant comme des traductions de romans écrits en russe, inventant un traducteur imaginaire. Il essuie des refus cinglants mais s'obstine, modifiant les premières pages, changeant les titres, il les réexpédie.

 

Son premier roman "La fille d'un héros de l'Union soviétique" est publié chez Robert Laffont en 1990. Pour le second "La Confession d'un porte- drapeau" l'éditeur Belfond, lui demande la version russe qu'il veut confier à un traducteur extérieur pour vérifier certains passages. Andrei Makine, réécrit le livre en russe ! Le livre sera finalement publié en 1992.

 

La gloire, il va la connaître en 1995 pour son roman "Le testament français", hymne à la civilisation française, pour lequel il reçoit les prix Goncourt, Médicis et Goncourt des lycéens. Les journalistes découvrent un homme pauvre, vivant dans une minuscule chambre de la butte Montmartre. Sa carrière littéraire est lancée. Il publiera plusieurs romans dont "Réquiem pour l'Est", "La musique d'une vie", " La Femme qui attendait", " Cette France qu'on oublie d'aimer", " L'amour humain", " L'Amour de la France" et cette année "La Vie d'un homme inconnu".

 

LA  FILLE  D'UN  HEROS  DE  L'UNION  SOVIETIQUE.

 

En 1941, Yvan Demidov s'échappe de son village, incendié par les Allemands. Caché, il a assisté à l'assassinat de sa mère et de son petit frère Kolka, embroché sur une baïonnette. Image horrible de celui qui "avait posé pour la photo, avec le corps de l'enfant au bout de sa baïonnette".

 

Il a dix-sept ans, il s'engage "pour Staline, pour la patrie." Après la bataille de Stalingrad, il reçoit l'Etoile d'Or du Héros de l'union soviétique. Plus tard, il est sauvé par une ambulancière, Tatiana, qui d'abord l'a cru mort, puis revenant sur ses pas, constate, en mettant un bout de miroir sur sa bouche, qu'il est vivant.

 

C'est d'ailleurs par ce récit qu'il débute son livre :

"Comme tout est fragile et étrange ici-bas...
C'est ainsi que sa vie n'avait tenu qu'à cet éclat de miroir terni et aux doigts bleuis par le froid d'une ambulancière mince comme une adolescente."

 

Il lui promet de l'épouser après la guerre. Quand il la retrouve, elle refuse de le suivre car elle est infirme :"J'ai un éclat sous la cinquième côte, Vania. Ils n'osent pas y toucher. Le médecin dit que cet éclat, c'est peu de chose – une pointe de cordonnier. Mais si on commence à trifouiller, ça risque d'être pire. Si on n'y touche pas, il restera peut-être tranquille."

 

Il réussira à la convaincre de le suivre dans son village natal et de l'épouser. Suit une vie tranquille mais dure, dans un village où tout est détruit, tout est à rebâtir.

 

La grande sécheresse de 1946, va bouleverser leur vie. Ils perdent leur fille et décident de s'installer à Baressova. Yvon travaille comme chauffeur, Tatiana, dans une fabrique de meubles. Ils occupent un appartement communautaire obtenu grâce à son Etoile d'Or. Il est souvent invité à raconter son passé glorieux aux jeunes générations.

 

Leur fille Olia, née en 1960, est devenue interprète auprès d'athlètes étrangers pour les jeux olympiques de 1980. Mais, surprise lors d'un flirt avec un étranger, le KGB l'oblige à travailler comme hôtesse auprès d'hommes d'affaires étrangers, couchant avec eux pour usurper des informations.

 

Tatiana meurt d'une bousculade dans une file d'attente devant les magasins. L'éclat d'obus a perforé son coeur. Yvan sombre dans l'alcoolisme mais une lettre d'Olia l'appelle à Moscou. Sa fille veut lui présenter les parents de celui qu'elle espère épouser. Son père va découvrir la véritable activité de sa fille, découverte fatale car il meurt d'une crise cardiaque.

 

Olia sera obligée de vendre l'Etoile d'Or de son père, pour payer les funérailles. Elle sera malheureusement obligée de regagner Moscou, après s'être fait avorter et de reprendre son ancien travail, avec l'espoir de pouvoir, un jour, racheter l'Etoile d'or.

 

C'est un très beau roman, réaliste mais empreint de poésie. L'Etoile d'Or, dont Yvon est si fier, suscite des jalousies par les privilèges qu'elle lui confère : appartement, magasins réservés, priorité pour l'achat de marchandises ou les études d'Olia. Mais, l'éloge du héros de guerre fait partie de la propagande soviétique. Comme dans le film réalisé pour le quarantième anniversaire de la bataille de Stalingrad :

 

"La terre natale... La terre de la Patrie... C'est elle qui rendait ses forces au soldat fatigué, c'est elle qui, avec une sollicitude toute maternelle, lui insufflait vaillance et bravoure. C'est dans cette source intarissable que le combattant soviétique puisait sa joie vivifiante, la haine sacrée de l'ennemi, la foi inébranlable en la Victoire...".

Commentaires

Lu "Le testament français" et entendu çà et là la voix d'Andreï Makine, qui vaut la peine d'être écoutée. Merci de nous faire connaître "La fille d'un héros..."

Écrit par : Tania | 04/09/2009

Comme Tania j'ai lu à l'époque "le testament français". A travers son récit des ses étés passés chesz sa grand-mère francaise dans la campagne russe on comprend bien le déchirement entre les deux cultures...et c'est amusant de voir ce qui se passe dans sa vie, combien les aléas (incroyables!) que Makine rencontre auprès de ses éditeurs concernant la traduction sont à l'image de cette blessure.
Contente aussi que vous nous racontiez lhistoire de la fille d'un héros, tragique récit d'étoile...ah, les étoiles!!
Merci Mado.

Écrit par : martine | 11/09/2009

Chère Martine,
Je ne connaissais pas l'auteur. Une amie me l'a recommandé et j'en ai pris un au hasard. J'ai bien aimé plus que Bret Ellis, recommandé aussi.

Écrit par : mado | 11/09/2009

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