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27/08/2009

PASCAL BRUCKNER.

 

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Pascal Bruckner est né à Paris le 15 décembre 1948. Il a passé son enfance en Autriche, en Suisse et en France où il a fait ses études. Il est diplômé d'une maîtrise de philosophie et d'un doctorat de lettres. En 1986, il a enseigné dans les universités américaines et depuis 1990, il est maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris. Il collabore au Nouvel Observateur et au Monde.

 

Romancier et essayiste, il est aussi un écrivain engagé. Il a milité contre les guerres en ex-Yougoslavie, en Croatie, en Bosnie, au Kosovo. Favorable à la destitution de Sadam Hussein,  il a défendu l'intervention militaire en Irak,  mais deux ans plus tard, critiqué l'impréparation de l'armée américaine et l'usage de la torture à Abou Graib.

 

Il a été membre du conseil d'administration d'Action contre la faim et signataire de l'appel de soutien de Genève, au plan de paix, prévoyant la création d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël.

 

"Les Voleurs de Beauté", paru chez Grasset en 1997 a obtenu le prix Renaudot. C'est un très beau roman, captivant, mais dont l'atmosphère est pesante et angoissante. Difficile d'en parler sans le déflorer car le suspense tient en haleine jusqu'à la dernière page. Je dirai simplement qu'un couple, pris dans une tempête de neige, se réfugie dans une ferme du Jura. L'accueil est chaleureux mais très vite leur séjour va se transformer en prison.

 

"L'Euphorie perpétuelle" est sous-titré "Essai sur le devoir de bonheur". Le premier intérêt du livre est  historique : le droit au bonheur a-t-il toujours existé ? Depuis quand est-il devenu "un devoir" ?

 

L'auteur rappelle que très longtemps, la religion catholique promettait le bonheur dans l'au-delà. Il rappelle toutes ces notions, véhiculées pendant des siècles : péché, expiation, peur de l'enfer, exaltation de la souffrance. Il cite la phrase de Karl Marx : "abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel".

 

La notion moderne du bonheur apparaît dans une phrase de Voltaire : "Le Paradis terrestre est où je suis". Les Lumières et la Révolution française sont entrées dans l'histoire comme une promesse de bonheur adressée à l'humanité entière. Et pourtant, déjà en 1929, Freud qualifiait le bonheur de chimérique alors qu"André Gide n'hésitait pas à dire : "Une somme de bonheur est due à chaque créature selon que son coeur et ses sens en supportent. Si peu que l'on m'en prive, je suis volé."

 

L'auteur va longuement montrer comment cette notion de bonheur va peu à peu devenir un poids, l'obligation pour tous d'être heureux. Or, le bonheur ne va pas de soi, l'homme est confronté à la maladie, la souffrance, bref, la réalité de la vie. Or, tout est fait, pour nous persuader qu'il suffit de le vouloir pour être heureux. "J'appelle devoir de bonheur cette idéologie qui pousse à tout évaluer sous l'angle du plaisir et du désagrément, cette assignation à l'euphorie qui rejette dans l'opprobre ou le malaise ceux qui n'y souscrivent pas."

 

Jusqu'où l'homme moderne n'est-il pas capable d'aller pour obtenir ce que lui promettent les gourous ou les magazines ? Quelle obsession de la santé, du bien-être, de la beauté du corps, du divertissement, de la consommation ! Que de souffrances n'est-il pas prêt à s'imposer ?

 

Le livre est aussi entrecoupé d'encadrés, amusants ou féroces. J'en cite quelques-uns : Sur la formule : ça va – La transfiguration de la routine – Fadeur des prières exaucées – Un gêne du bonheur ? – Toute une vie bien ratée – Médecins et patients – Succès du bouddhisme en Occident ?

 

Une citation vous rendra  mieux l'esprit du livre qu'un long commentaire : "Nous constituons probablement les premières sociétés dans l'histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux."

 

J'ai relu le livre avec beaucoup d'intérêt. Je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Pascal Bruckner. J'admets, oh combien ! que nous vivions dans la tyrannie du bonheur mais je ne partage pas sa conception, que je trouve très égoïste, d'une bonne vie. Comme le disait, Christian Makarian, journaliste à l'Express, l'auteur nous invite à refermer le "Petit traité des grandes vertus" d'André Comte-Sponville.

 

Pascal Bruckner termine son livre en disant : qu'il faut se moquer du bonheur, ne jamais le rechercher en tant que tel, ne pas le retenir, ne pas regretter sa perte, lui laisser son caractère fantasque qui lui permet de surgir au milieu des jours ordinaires ou de se dérober dans des situations grandioses.

 

Je terminerai par une anecdote personnelle. Le livre d'Alain "Propos sur le bonheur" paru en 1928, a longtemps été considéré comme un livre de référence. L'ayant relu récemment, je m'étais dit que c'était plutôt un livre de savoir-vivre, j'ai souri quand j'ai lu Pascal Bruckner affirmant exactement la même chose. Et pourtant, la phrase "Il faudrait apprendre aux enfants à être heureux" a toujours été, pour moi, une phrase fétiche. Mais, je dois reconnaître qu'elle n'est plus d'actualité. Quel parent aurait la prétention d'enseigner à ses enfants comment être heureux ?

 

Commentaires

Enseigner comment être heureux? Il n'y a pas de recette du bonheur, sans aucun doute. Mais je suis reconnaissante aux personnes qui m'ont montré certaines voies fécondes par leur sens de l'émerveillement, leur attention aux êtres, leur goût des choses simples, ou bien dont la curiosité passionnée pour la vie a nourri la mienne.
Le pire serait de ne montrer aucun chemin - débrouille-toi - ou de ne jamais exprimer son bonheur et faire ainsi de l'ombre au bonheur d'autrui.

Écrit par : Tania | 28/08/2009

Chère Tania,
Tu as sans doute raison mais je crois que je voulais dire qu'il est très difficile actuellement de parler aux jeunes qui vivent dans un monde difficile dont on ne sait guère ce qu'il va devenir.

Écrit par : mado | 28/08/2009

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