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10/08/2009

LA FEMME GELEE.

 

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Annie Ernaux est née à Lillebonne, le 1er septembre 1940. Elle a été institutrice, professeur de littérature, et, depuis 1974, écrivain. Elle a obtenu le prix Renaudot en 1984 pour "La Place" Ses romans sont autobiographiques mais se veulent aussi un reflet de la société. Cinquante ans d'évolution, de changements, de progrès techniques, qu'elle reflète dans son oeuvre. Elle s'est surtout intéressée à la condition de la femme à partir de son vécu, surtout dans "Ce qu'ils disent ou rien" ou "La femme gelée". La lecture du "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir, paru en 1959, l'a marquée.  

 

LA  FEMME  GELEE.

 

Le livre débute par le récit de son enfance. Ses parents sont commerçants et, ce qui n'est pas fréquent à l'époque, ont des rôles inversés. Sa mère fait la comptabilité pendant que son père lave la vaisselle. Sa mère accorde une grande importance aux études de sa fille, qui pense-t-elle, est le seul moyen d'accéder à une réussite sociale. L'héroïne fait ses études dans une institution religieuse et s'étonne de voir les parents de ses compagnes très différents des siens. Sa mère, en effet, n'attache aucune importance à la propreté alors qu'elle retrouve chez les parents de ses amis, des femmes ayant comme unique ambition d'avoir une maison impeccable, de plaire à leur mari, d'être "l'épouse idéale".

 

Bizarrement, même si elle admire sa mère, elle ne peut pas s'empêcher de penser que ce sont les autres qui ont raison, les femmes "féminines". Elle passera son adolescence avec des sentiments divers, faut-il pour plaire aux garçons "être mignonne, gentille, compréhensive ? Elle oscille entre des rêves romanesques, entretenus par la littérature de l'époque et l'ambition de poursuivre des études, quitte à rejeter l'idée du mariage et de la maternité.

 

Après le lycée, elle quitte ses parents et s'installe dans un foyer de jeunes filles à Rouen, s'inscrit à la fac de lettres "des études de filles" et apprécie la vie universitaire, les discussions entre copains, les sorties, une vie agréable.

 

Pourtant, elle va tomber amoureuse d'un garçon qui partage ses goûts et, à la grande stupéfaction de sa mère, elle se marie, persuadée de pouvoir continuer la même vie : finir leurs études, vivre en meublé, se débrouiller pour avoir un peu d'argent, chacun continuant à faire ce qu'il aimait, lui, le musique, elle, la littérature. Très vite, la réalité remplace le rêve. Le restau est trop cher, à elle de faire la cuisine, le ménage, "un homme ne fait pas cela" et peu à peu, l'amertume s'installe mais "Je n'ai pas regimbé, hurlé ou annoncé froidement, aujourd'hui c'est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l'écume d'un ressentiment mal éclairci."

 

Enceinte, elle vit mal sa grossesse : "Arrachée à moi-même, flasque. Je lisais que c'était mauvais signe d'avoir  mal au coeur, qu'au fond du fond, je ne devais pas le vouloir cet enfant, que c'était suspect."

 

Elle décrit l'accouchement comme une scène d'horreur avec les injonctions habituelles à l'époque : "Ne hurle pas ! Reprends-toi !"  Même son bébé, qu'on lui met dans les bras, ne lui apporte aucune joie.

 

Elle abandonne ses études et lorsque son mari a terminé les siennes, ils déménagent à Annecy. Pas question de travailler à l'extérieur. Elle s'installe peu à peu dans son rôle de mère, de "l'élevage" de son Bicou. Elle essaie bien de réagir, de ne faire que le minimum, de se remettre à étudier mais ses bonnes résolutions ne tiendront pas longtemps. "Mais rien n'est prêt. Il est midi vingt ! Il faut que tu t'organises mieux que ça. Il faut que le petit ait fini son repas quand j'arrive, je voudrais bien avoir la paix le temps du midi. Je TRAVAILLE, tu comprends, maintenant ce n'est plus la même vie !"

 

Elle arrivera pourtant à être prof, se culpabilise de mettre son enfant à la crèche, mais "revit" grâce à ses élèves. Ses vacances la replongent dans sa vie "d'avant" : "J'ai pris ma place parmi les femmes assises sur le sable, cernées de seaux et de pelles..."

 

Le livre se termine dans l'amertume :"Elles ont fini sans que je m'en aperçoive, les années d'apprentissage. Après c'est l'habitude. Une somme de petits bruits à l'intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue de Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée."

 

Une femme "gelée", elle aurait pu dire aussi, une femme devenue robot, automate, privée d'identité, une femme sans nom. Et c'est vrai, l'héroïne n'a pas de nom, son bébé non plus, le livre est un long monologue, sans chapitre, sans dialogue, un style parfois cru, des phrases hachées.

 

Un destin de femme, par bonheur pas vraiment représentatif de l'époque. Tout de même, il existait des femmes heureuses, que la maternité comblait. Les circonstances, un mariage d'étudiants, une adolescence nourrie de rêves romanesques, ne vous préparent pas à affronter ce qu'est parfois la vie de femme au foyer et la confrontation au machisme ambiant.

 

Si j'ai choisi de présenter ce livre, c'est parce qu'Annie Ernaux est un grand écrivain, qu'à l'époque où on nous parle constamment du "devoir de mémoire" il est peut-être bon de rappeler que ce n'est pas seulement chez Zola, qu'on trouve des femmes "sacrifiées" par une société qui exalte l'abnégation. "Mais, t'as tout pour être heureuse" comme le disait, avec humour, Nicole de Buron.

 

Commentaires

Annie Ernaux... voilà quelques années déjà !! j'ai dû lire deux trois bouquins d'elle, "la place" bien sûr, "perdition,se perdre"??et "la femme gelée",je m'en souviens à cause du titre assez flash. Ses livres se lisent facilement et certaines vérités sont bien dites, mais elle ne sort pas beaucoupde sa souffrance autobiographique et ne parle pas vraiment au nom de toutes les femmes, je me souviens que je m'ennuyais un peu, elle se plaint beaucoup ... mais bon on savait à quio s'attendre en ouvrant le bouquin. J'imagine que c'est le genre de livre que les bourgeoises cite volontiers auprès de leur psy :-))
Cela n'enlève rien au plaisir de vous lire Mado, votre billet parle à merveille du livre et c'est toujours gai de se remémorer un auteur qu'on avait oublié!! MERCI

Écrit par : Martine | 10/08/2009

Chère Martine,
Merci pour ce gentil commentaire. On a parfois envie de relire, puis de parler de livre lu il y a longtemps.
Il doit y avoir un ennui technique : j'ai reçu le mail avec le commentaire, il se trouve dans mes commentaires, mais il ne s'affiche pas même quand je clique dans mon tableau des commentaires où il se trouve bien. C'est bizarre.

Écrit par : mado | 10/08/2009

C'est arrangé !

Écrit par : mado | 10/08/2009

Les commentaires sont fermés.