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20/07/2009

JOURNAL D'UNE BOURGEOISE.

 

gennari,féminisme,image de la femme

J'avais un peu d'appréhension en relisant ce roman de Geneviève Gennari, paru chez Grasset, en 1959. Je sais peu de chose sur l'auteur. Elle est née en 1920, morte en 2001. Elle a fait des études de lettres, a beaucoup voyagé et fait partie de "mes" féministes comme Betty Friedam, Evelyne Sullerot ou Kate Millet.

 

L'intrigue du roman est classique, toujours d'actualité. A quarante ans, Silvestre Fontaine perd son mari. Elle va prendre conscience qu'elle était une privilégiée. Mais, comme elle n'a jamais travaillé, elle va se heurter, à ce qu'elle ne connaissait pas, la difficile recherche d'un travail, les difficultés financières. Elle croit d'abord naïvement que ses amis, qui dirigent une maison de couture, où, avec condescendance, elle achetait ses robes, refusent de la prendre comme vendeuse :"Tu es trop bien pour cela.".Grâce à son ami Georges Höberlin, elle va travailler dans un cercle qui organise des voyages d'étudiants. Sa collègue Eliane lui fera découvrir une réalité sociale qu'elle ne soupçonnait pas.

 

Elle va retrouver un ami d'enfance, dont elle était amoureuse. Il est marié et elle devra admettre qu'on ne ressuscite pas son passé.

 

Son fils Christophe se marie, rendant sa solitude encore plus pénible. Le cercle fermé, elle  parcourra la France pour vendre du parfum. Et, pour la première fois, elle va éprouver une certaine fierté de s'assumer, d'être libre.

 

Son ami Georges Höberlin, lui propose un poste intéressant en Amérique. Mais son vieil ami, Martin, un amoureux de toujours, insiste pour qu'elle refuse et l'épouse. Elle hésitera : retrouver la sécurité, même sans amour ? Elle choisira la liberté et s'envolera pour l'Amérique.

 

Le livre est intéressant parce qu'il est bourré d'anecdotes qui nous apparaissent complètement dépassées. J'en citerai une : elle additionne les dépenses qu'elle ne fait pas, comme de réelles économies ! Un aperçu aussi, par les réflexions qu'elle fait sur sa vie ou celle de ses amies de ce que pensaient les femmes du début du siècle dernier : le mariage, seul salut, la religion, l'amour, le bénévolat qu'elle faisait pendant son mariage et dont elle était si fière...

 

Ce livre, qu'on pourrait penser dépassé, est plus consistant que certains romans actuels.

 

Le dossier de la femme, paru en 1965, est une histoire du féminisme depuis 1889. Il est intéressant parce que bourré de témoignages, de citations d'époque,de photos qui illustrent le combat des féministes, les difficultés auxquelles elles se sont heurtées, la conception de la femme, partagée aussi bien par les catholiques que par les athées, qui ne peut être qu'épouse et mère, les victoires : droit au travail, à la dignité, droit de vote, le combat pour la contraception ou la dépénalisation de l'avortement qui ne seront obtenus que beaucoup plus tard.

 

Ce qui m'a surtout intéressée c'est de relire à quel point les revendications féministes n'avaient pu aboutir que par leur mondialisation. Les mêmes aux Etats-Unis, en Angleterre, en France ou en Belgique.

 

Un aspect aussi auquel je n'avais pas tellement prêté attention, l'évolution vestimentaire, fruit elle-aussi, d'un long combat. Abandon du corset, des robes longues, la silhouette change tout au long du siècle. Les cheveux : peut-on imaginer que les femmes aient dû se battre pour pouvoir se couper les cheveux ? Etre coiffée "à la garçonne" ! Sortir "en cheveux" !

 

J'ai retrouvé ce qui réapparaît actuellement, d'une manière insidieuse : la femme, source de concupiscence pour l'homme ! Un concept que nous retrouvons déjà dans l'interprétation que certains faisaient de la Genèse, Eve, mère de tous nos maux.

 

Une citation,  faite aux Etats Généraux du Féminisme, en 1929 :

"Lorsqu'une jeune fille majeure entre à la Mairie, avant d'avoir prononcé le "oui" sacramentel, elle jouit encore de ses droits civils; elle peut, très vivement, s'empresser de signer un contrat, il est encore temps pour elle; mais aussitôt qu'elle a prononcé le "Oui, Monsieur le Maire" tous les droits qu'elle avait avant lui sont retirés.

Mariée, la femme ne peut plus signer un contrat, elle ne peut ni acheter ni vendre sans la signature de son mari, elle ne peut pas plaider en justice au point de vue civil, ni comme demanderesse, ni comme défenderesse, sans l'autorisation maritale. Elle est placée au même rang que les idiots, les fous, à qui l'on donne un conseil spécial."

 

Et Béatrice Beck, romancière belge :

"Que les hommes aient du génie et les femmes des enfants."

 

L'égalité hommes/femmes n'est toujours pas acquise, toutes les statistiques montrent que la femme est toujours moins payée qu'un homme et que peu accèdent à des fonctions de direction.

 

Si on peut regretter certaines dérives des féministes, qui ont parfois envisagé le combat pour les femmes comme un combat contre les hommes, il est juste de rendre hommage à toutes celles qui se sont battues pour que nous puissions jouir des droits qui nous paraissent actuellement tout à fait naturels.

 

Commentaires

... sans oublier le droit de porter un pantalon à l'école ! J'y pense en voyant certaines se mettre à la mode aujourd'hui en portant une jupe au-dessus d'un pantalon : l'horreur pour celles qui n'avaient alors que cette possibilité pour ne pas enfreindre le règlement - la jupe bien sûr ôtée dans les toilettes avant de sortir dans la rue.

Écrit par : Tania | 22/07/2009

Chère Tania,
C'est vrai, je me souviens très bien du temps où un prof ne pouvait pas porter un pantalon. J'ai acheté mon premier jeans, sous pression de mes filles, mais je ne l'ai jamais porté que le week-end.

Écrit par : mado | 23/07/2009

En complément de mon post, je voudrais signaler l'excellent édito de Frédéric Lenoir, paru en février 2009, dans "Le Monde des religions" sur le mépris de la femme, "qui surprend par son ancienneté, sa permanence et sa quasi-universalité"
"Pourquoi tant de mépris ?"
Son site :
http://www.fredericlenoir.com/

Écrit par : mado | 23/07/2009

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