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28/05/2009

MICHEL GURFINKIEL ET ISRAEL.

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Michel Gurfinkiel est un historien, écrivain. Il est président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un institut européen d'études et de recherches spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Il a été rédacteur en chef de Valeurs actuelles et éditorialiste au Wall Street Journal. C'est un expert mondialement reconnu du Proche et Moyen Orient.

Parmi ses ouvrages récents La Cuisson du Homard, Réflexions intempestives sur la Nouvelle guerre d'Israël (2001), Le Retour de la Russie (2001), Un Devoir de Mémoire (2008). Dans ce dernier livre, il parle de son père, déporté à Auschwitz en 1942 et libéré par les Américains le 6 mai 1945. Il explique combien il était difficile de le faire parler de la Shoah et comment c'est seulement après sa mort qu'il a pu reproduire ses confidences et les réponses aux questions qu'il lui posait. Par exemple, comment avait-il pu garder la foi ?

LE ROMAN D'ISRAEL.

Ce livre a été publié en 2008. Le titre est particulièrement bien choisi. En effet, il comprend une partie historique, bien documentée mais aussi des dialogues imaginaires entre des personnages historiques ou fictifs.

L'auteur retrace l'histoire du peuple juif depuis ses origines. Il s'appuie, pour les événements très anciens, sur la bible, dont, dans une de ses conférences, il reconnaît qu'on n'est pas obligé d'y croire.

Le livre est très documenté mais vous n'y trouverez pas de longues descriptions sur l'histoire juive comme on les trouve dans d'autres essais par exemple les dominations des Assyriens, des Perses, d'Alexandre le Grand ou des Romains.

L'auteur ne s'étendra pas davantage sur les événements de l'ère chrétienne, les accusations comme la "diffamation du sang" en 1144, les expulsions d'Angleterre (1290) d'Espagne (1391) ou de France (1394) ou les pogroms du dix-neuvième siècle.

Il consacre un chapitre à Théodor Herzl connu comme père du sionisme. J'ai trouvé intéressant de me concentrer sur cette partie du livre.

Herzl est né à Budapest en 1860, dans une famille aisée mais peu pratiquante. C'est en ce moment que la Hongrie s'émancipe au sein de la monarchie des Habsbourgs et devient un royaume autonome, associé à l'Empire d'Autriche. Les Herzl se veulent autrichiens. En 1878, la famille s'installe à Vienne et Theodor s'inscrit à la faculté de droit. Il obtient son doctorat mais comme Juif, il ne peut accéder aux fonctions publiques. (Gustave Mahler devra se convertir pour être nommé à la tête de l'opéra de Vienne). Herzl devient journaliste, puis auteur de théâtre. En 1885, il s'enflamme un instant pour un projet délirant : la conversion des Juifs au christianisme ! Projet sans suite dont il aura honte. Il ne prête aucune attention au premier sionisme des années 1870-1880, du baron Rothschild notamment. Il se passionne plutôt pour la révolution technologique et industrielle : électricité, téléphone, automobile, avion, cinéma.

En 1891, il est le correspondant parisien d'un quotidien d'Autriche-Hongrie. En 1894, la dégradation publique de Dreyfus, est un choc, qui le décidera à estimer que la solution de la question juive est le regroupement des Juifs dans un seul pays. Il rédige "L'Etat juif".

Suivront une longue série d'entretiens. Appuyé par Frédéric Ier de Bade, il est reçu dans toutes les cours ou chancelleries d'Europe. Un congrès sioniste est prévu à Munich, mais la communauté juive s'y oppose, "par patriotisme allemand". Il aura lieu à Bâle, en 1897. Il est élu président de l'OSM. (Organisation sioniste mondiale). C'est à la requête de l'empereur allemand Guillaume II qu'il se rend en Terre Sainte. Le pays lui apparaît pauvre, sans verdure. Les communautés juives sont rongées par la fièvre venant des marais. Quand il se rend à Jérusalem, il écrit dans son journal : "Quand je me souviendrai de toi, Jérusalem, ce ne sera pas avec plaisir". Bien qu'ils forment plus de la moitié de la population, les Juifs endurent quotidiennement le mépris des musulmans et des chrétiens.

Revenu en France, il reprend son combat et accepte même la proposition de Chamberlain d'établir un Etat provisoire en Ouganda. Elle sera rejetée par son mouvement. Herzl est terrassé par une crise cardiaque le 3 juillet 1904, il venait d'avoir quarante-quatre ans. Ses restes seront réinhumés à Jérusalem, en 1949, quelques mois après l'indépendance d'Israël.

Les derniers chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la période précédant la déclaration d'Indépendance du 14 mai 1948. Le lecteur découvre des pages trop souvent ignorées de l'histoire de la communauté juive sous le mandat britannique, (1922/1948) depuis le double jeu des Anglais en passant par les conflits internes des mouvements sionistes et le refus de plus en plus violent des Arabes contre la présence juive en Palestine. (ghettos, émeutes). Jusqu'en 1939, les Britanniques n'accordent aux Juifs que des visas limités d'immigration. Tout le monde connaît l'odyssée de l'Exodus en 1947, le paquebot qui conduit 4500 rescapés de la Shoah vers la Palestine. La Royal Navy embarque les passagers sur des paquebots chargés de les ramener en Europe. Ils seront internés dans des camps près de Hambourg.

Quatre mois plus tard, l'Assemblée générale de l'ONU prend la décision de partager la Palestine en deux Etats : un Etat arabe et un Etat juif. Le Conseil de la ligue arabe s'oppose à cette décision et très vite les affrontements commencent entre Juifs et Arabes. Début d'une série de guerres et d'efforts pour la paix, jamais aboutis.

Il est intéressant en ce moment où il y a polémique sur Pie XII à propos de son silence sur la Shoah, de rapporter ce que dit Michel Gurfinkiel :"Le monde savait, Churchill, Roosevelt aussi, mais aucun n'envisageait de bombarder les voies de chemin de fer qui menaient vers les camps de concentration. Le seul moyen de sauver une partie du peuple juif était de gagner la guerre, fût-ce en oubliant, les Juifs qui mouraient".

Michel Gurfinkiel termine son livre en rappelant les droits des Palestiniens d'avoir un état, y compris la Palestine arabe mais rappelle que s'il y a beaucoup de pays arabes souverains, il n'y a qu'un pays juif, Israël.

L'auteur, sur son site internet, commente l'actualité. Dans un de ses articles, il se félicite de la déclaration de Benoît XVI, faite en Jordanie :"L'ancienne tradition du pèlerinage nous permet de nous rappeler le lien intangible qui existe entre l'Eglise et le peuple juif".

Le livre a été publié aux éditions du Rocher, dirigé par Vladimir Fédoroski qui vient de publier "Les amours de la Grande Catherine".

 

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