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09/03/2009

BETTY FRIEDAN.

 

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La journée de la Femme a été occultée par l'actualité. Il est vrai aussi qu'il y a tellement de "journées" qu'elles n'ont plus grand intérêt. De plus, la Journée internationale de la Femme était importante pour les féministes, il y a de cela vingt ? trente ans ? Elle avait été officialisée par les Nations Unies en 1977.

 

J'ai repensé à toutes celles qui ont eu une grande importance pour moi. Leurs oeuvres sont en bonne place dans ma bibliothèque. Mon rayon "femmes" comme je l'appelle a fait sourire bien de mes amis. Elles sont pour la plupart oubliées : Betty Friedan, Evelyne Sullerot, Geneviève Gennari, Christiane Collange, Suzanne Lilar et d'autres...

 

Betty Friedan est une des fondatrices du mouvement féministe américain. Née en 1921, elle est décédée en 2006. Femme au foyer, maman, écrivain freelance, elle découvre que beaucoup de femmes partagent son insatisfaction d'une vie occupée uniquement par les tâches ménagères. Elle explique comment tout est fait pour que les femmes trouvent leur épanouissement et leur identité, uniquement grâce à leurs époux et leurs enfants. C'est dans sa cuisine, sur une vieille machine, qu'elle écrira ce qui deviendra une véritable bible du féminisme "La femme mystifiée" (1963) traduit en français par Yvette Roudy en 1964. Suite au succès du livre, elle fonde l'association NOW, dédiée au combat pour l'égalité des chances.

 

Dans Ma vie a changé sous-titré Ecrits sur le Mouvement de la libération de la femme paru en France en 1977, elle reprend certains de ses articles, discours, des interviews (Simone de Beauvoir, Paul VI, Gandhi), des souvenirs personnels. Elle révise aussi une partie de ses jugements antérieurs.

 

En 1981, elle écrit Femmes Le second souffle où elle part du constat d'un changement profond de la société. Les femmes travaillent et ont bien du mal à concilier vie professionnelle et vie familiale. Certaines sont tentées de renoncer à la maternité pour privilégier leur carrière. D'autres reprochent aux féministes de les avoir poussées à faire des études et à travailler, enviant celles qui se plaignaient "de rester à la maison".  Betty Friedan se posera la question : nous sommes-nous trompées en revendiquant le travail des femmes ? Mais n'est-ce pas plutôt l'égalité qui n'est toujours pas acquise ? Moins payées que les hommes, accès toujours difficiles à des postes à responsabilité, double journée, travail professionnel et ménager. "Même si nous avons pu nous défaire assez de la mystique de la féminité pour revendiquer un salaire égal et le droit de choisir, dans nos existences, le fait de rentrer dans cette même maison, que nous essayons peut-être de faire marcher de la même manière, nous impose aujourd'hui une double journée et nous oblige à être des super-femmes. Cela reste vrai même quand nos maris nous aident ou partagent les tâches, avec plus ou moins de réticence --et c'est encore plus vrai aujourd'hui quand il n'y a pas de mari mais une femme seule qui s'occupe de la maison et des enfants en plus de son métier".

 

Betty Fridan évoquera aussi les autres transformations de la société, le malaise homme/femme, la montée de la violence faite aux femmes, les attaques contre la libéralisation de l'avortement, contre le travail féminin etc. Pour elle, même si la société a changé, l'égalité de l'homme et la femme devrait être réelle et non un beau discours.

 

Ce livre a été écrit, je l'ai dit, en 1981. Les problèmes des femmes sont restés les mêmes et se sont peut-être aggravés. Travail à temps partiel imposé aux femmes, chômage, divorces plus nombreux, solitude, être femme aujourd'hui n'est pas facile. Je comprends que la génération actuelle n'ayant pas vécu ce qu'être femme dans les années soixante signifiait, soit très critiques vis-à-vis des féministes. Le droit à la contraception, à l'avortement, au divorce, au travail, le droit de voter, leur semblent tellement naturels qu'elles ont des difficultés à les admettre comme des victoires. Et elles paient lourdement l'indépendance acquise qui semblait aux féministes une garantie d'un plus grand bonheur.

 

En 1993, (paru en 1995 en France) Betty Fridan écrit La révolte du 3ème Age sous-titré Pour en finir avec le tabou de la vieillesse. Nous vivons toujours plus longtemps, pourtant la société continue à sacrifier au sacro-saint paradigme de la jeunesse."La vieillesse est taboue, niée, mise à l'écart". Betty Friedan plaide pour que la viellesse soit un troisième âge de l'existence, ayant son propre rythme, sa place dans le monde du travail, vivant une sexualité sans honte et bénéficiant d'une médecine qui soit, non la conservation de la vie à tout prix, mais un accompagnement vers sa fin, une vie aussi riche que toute période de l'existence.

 

Voici comment elle termine son livre :

"J'ai commencé cette quête en refusant et en redoutant mon propre vieillissement. Je la termine en l'acceptant, en le revendiquant et en le célébrant. En cours de route, j'ai constaté, soulagée et émue, que je m'étais affranchie du pouvoir politique du mouvement féministe... Je ne me suis jamais sentie aussi libre."

 

 

13:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Cette évocation de Betty Friedan rappelle un combat en effet sous-estimé par les plus jeunes aujourd'hui. "La liberté est toujours en vérité provisoire." (Prévert)
Je ne connais pas son livre sur la vieillesse, mais sa conclusion est admirable.

Écrit par : Tania | 10/03/2009

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