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25/02/2009

LA BELGIQUE EXPLIQUEE A LA FRANCE.

La télévision nous réserve parfois bien des surprises. Sur la chaîne LCI, je suis régulièrement le débat hebdomadaire,  animé par Jean-François Rabilloud, intitulé Ferry- Julliard. La semaine dernière, Luc Ferry était remplacé par Jacques Marseille. Agrégé d'histoire, éditorialiste au Point, il s'intéresse surtout à l'économie. Comme c'est l'usage dans cette émission, elle se termine par une présentation de livres.  Jacques Marseille a choisi le livre de Claude Javeau "La France doit-elle annexer la Wallonie ?" Ce qu'il en dit me stupéfie : 50 % des Wallons veulent être annexés à la France, les Flamands sont bien contents d'en être débarrassés. Avec un large sourire, Jacques Marseille affirme qu'à Liège, on fête le 14 juillet plutôt que le 21 juillet.. Je sursaute et connaissant Claude Javeau, sociologue, professeur émérite de l'ULB, je me dis que c'est impossible qu'il ait tenu de tels propos.

 

Une recherche sur internet m'amène à visionner une vidéo, interview de Claude Javeau par une journaliste du Figaro. L'auteur explique que le titre, provocateur "annexion" lui a été imposé par l'éditeur et tient des propos très différents de ceux tenus par Jacques Marseille. J'ai donc décidé de lire le livre.

 

Première surprise : le livre est édité chez Larousse, dans une collection dirigée par Jacques Marseille. J'avais cru que, comme cela arrive souvent, Jacques Marseille n'avait pas lu le livre qu'il présentait. Bizarre pour quelqu'un qui dirige la collection et qui, de plus, l'a commandé. En réalité, il fait partie de ces Français, qui ne connaissant rien à la Belgique, affirment haut et fort que la Wallonie doit être "annexée" à la France, que les Wallons sont les bienvenus. De tels articles se retrouvent dans plusieurs journaux français : le Figaro, le Monde etc. Articles sans aucune nuance. J'ai même retrouvé le même discours sous la plume de Jacques Attali !

 

En réalité, le livre de Claude Javeau est un essai d'explication de ce qu'est la Belgique, livre destiné aux Français. Il retrace très brièvement l'histoire de la Belgique avec l'objectif de faire comprendre nos crises communautaires. Il rappelle les liens fort anciens entre la France et la Belgique : occupation, bataille des Eperons d'Or etc. Il rappelle l'évolution des langues, le français, langue officielle de la Belgique à sa création, parlé par la bourgeoisie en Flandre; le flamand, langue du peuple très longtemps, ayant gardé ses dialectes même quand le néerlandais est devenu une langue officielle en Belgique. L'Université de Gand ne fut flamandisée qu'en 1930. Rappel aussi du "Walen buiten" de 1967, du rôle joué par l'Eglise catholique très puissante en Flandre, de la collaboration pendant la guerre plus générale en Flandre qu'en Wallonie (Hitler a libéré les prisonniers flamands plus rapidement que les Wallons), de la question royale, du vote plus massif en faveur du retour de Léopold III en Flandre qu'en Wallonie, de la création du Mouvement populaire wallon d'André Renard, après les grèves de 1960, de la grande influence du socialisme en Wallonie.

 

Dans un chapitre intitulé "Une Belgique à deux vitesses" Claude Javeau explique comment les politiciens flamands ont dans les années 1990, dressé le profil d'une Flandre "travailleuse et sérieuse", opposée à la Wallonie "fainéante et frivole". C'est à partir de 1964, que la Flandre commencera à être plus prospère et plus peuplée que la Wallonie, mais le passé a été bien vite occulté.

 

L'auteur a renoncé à expliquer les accords constitutionnels, la fixation de la frontière linguistique mais évoque le problème BHV, qui nous empoisonne. Intéressant aussi, le changement vis-à-vis de la famille royale. Les "royalistes" étaient plus nombreux en Flandre qu'en Wallonie, ce n'est plus le cas.

 

Claude Javeau termine par le chapitre "Quel scénario choisir?"et souligne que le rattachement à la France, vieux rêve de Paul-Henri Gendebien, accueilli longtemps par un sourire narquois, n'est plus totalement rejeté dans les sondages réalisés en Wallonie. Mais si nous partageons la même langue, nous n'avons rien de commun avec les départements français. Bruxelles, capitale de l'Europe et de la Flandre, région entière, peuplée à 90 % de locuteurs français, mais multiculturelle, poserait un problème quasi insoluble. De plus, souligne l'auteur, les Belges ont toujours très mal vécu l'arrogance française. Ceux-ci ont en effet une fâcheuse tendance à s'approprier nos artistes ou nos écrivains qui, il est vrai, sont bien forcés de faire carrière en France, plus peuplée que la Wallonie.

 

Pour moi, je ne partage pas "l'idôlatrie française" de certains. Je suis amoureuse de ma langue, que je considère être le "français" et non le "belge" comme a osé le dire un journaliste français. Je ne me reconnais pas non plus, dans ce que les Français appellent "l'accent belge". Amoureuse de la culture française  je vis très mal le mépris qu'ils affichent envers nous.

 

Heureusement, nous ne sommes pas limités à la culture française. J'aime la littérature anglaise, américaine ou arabe, j'apprécie les films américains, israéliens ou anglais. Je suis la politique française avec un esprit critique et je me dis souvent qu'ils ont aussi de sérieux problèmes et des revendications nationalistes, pas seulement en Guadeloupe !

 

 

15:10 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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